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Nous sommes à la croisée des chemins !

Jean-Luc Stalon

Publié le 27 mai 2020 à 15:43 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 06:38

Représentant Résident du PNUD au Cameroun, Jean Luc Stalon est doctorant sur la croissance élitiste.

Représentant Résident du PNUD au Cameroun, Jean Luc Stalon est doctorant sur la croissance élitiste.

DR.

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Le système de croissance élitiste va vraisemblablement se consolider, car cette crise est l'occasion de voir émerger une nouvelle classe d'élites.

La crise mondiale de la Covid-19 arrive à un moment où le système de croissance élitiste a atteint son paroxysme. La domination des élites sur l'appareil politique et l'activité économique s'accélèrent, ces derniers capitalisent leurs privilèges dans tous les domaines et contrôlent l'appareil productif. A ce moment précis, les inégalités persistent : les 1% les plus riches possèdent 45% de toute la richesse mondiale.

En 2019, l'investissement public dans la santé pour les pays de l'OCDE ne représente en moyenne que 8,8 % du PIB. Une tendance relativement stable depuis 2013. Notre mode de production et de consommation s'acharne sur les ressources naturelles et accélère le dérèglement climatique. Les émissions de gaz à effet de serre liées aux activités humaines représentaient un peu plus de 53,5 milliards de tonnes de Co2 il y a deux ans.

Pourtant, pour faire face à la pandémie de la Covid-19, les élites du monde industrialisé ont fait un choix courageux : mettre en pause l'économie pendant quelques mois pour sauver des vies humaines ! Jamais cela ne s'était produit depuis que le capitalisme existe. Le monde a traversé des épidémies plus meurtrières : le choléra au XIXe siècle (15 millions de morts), la grippe espagnole au XXe siècle (entre 20 et 50 millions de morts selon l'Institut Pasteur). De cette décision découle une crise économique et sociale sans précèdent, une chute du PIB mondial évaluée par les experts entre 10% à 15%, la perte de millions d'emplois et une précarisation encore plus forte des plus démunis.

Pendant la période de confinement,plusieurs voix se sont levées pour questionner l'avenir de notre développement : allons-nous prendre du recul et modifier la trajectoire, ou poursuivre, voire accélérer un capitaliste devenu risqué ?

En effet, que le coronavirus tire son origine d'un laboratoire médical ou du marché de Wuhan, il caractérise un mode de consommation du profit à tout prix, pour la domination du marché économique mondial ou la consommation à grande échelle d'espèces jadis consommées de manière artisanale.

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Quoi qu'il en soit, nous allons aujourd'hui vers une conscience de classes qui nous oblige à nous rendre compte de notre exposition commune aux dangers et aux nouvelles menaces. Ainsi, se développe-t-il indubitablement le défi de forger la conscience d'un modèle de croissance plus équitable, plus juste et plus distributif.

Il me semble peu probable que cette inversion se produise. Le système de croissance élitiste va vraisemblablement se consolider, car cette crise est l'occasion de voir émerger une nouvelle classe d'élites. Des entreprises, toutes catégories confondues, mettent en congé leurs personnels profitant du confinement et recommandent l'outil numérique comme base de travail.Une nouvelle vague de délaissés voit le jour. Dans les pays pauvres et fragiles, où l'accès à Internet et à un débit de qualité n'est pas assuré, cela va renforcer l'enclavement et l'éloignement aux nouveaux marchés.

Pourtant, des solutions existent. D'abord, il faut rendre effectives la croissance verte et la transition énergétique en mettant l'accent sur les énergies renouvelables et sur une consommation moins abusive des ressources naturelles.Ensuite, l'atteinte des objectifs du développement durable, comme l'élimination de la pauvreté ou l'atteinte de la sécurité alimentaire permettra de prendre en charge les 815 millions de personnes qui souffrent de la faim aujourd'hui et les 2 milliards de personnes supplémentaires qui seront sous-alimentées d'ici 2050. Enfin, la croissance inclusive, celle qui remet l'humain au centre du développement : éducation et santé doivent devenir des piliers de l'investissement public qui ont été trop longtemps négligés. L'économie de la santé qui exigera plus de moyens pour la recherche,les infrastructures pour démocratiser l'accès aux soins, entre autres.

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Maintenant que le capitalisme apparaît seul comme le système dominant, il faut renforcer ses atouts et rectifier ses anomalies. Il apparaît peut-être risqué, mais c'est un système humain dont la justesse dépendra de nos choix stratégiques. Si nous ratons collectivement le coche actuel, un choc d'autant plus fracassant sera nécessaire pour opérer un changement de direction.

Jean-Luc Stalon

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