Les sept avantages d'une gestion autonome de son portefeuille boursier

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(Crédits : Reuters)
Les analystes de l'Investisseur Français (*) soulignent l'intérêt de s'occuper soi-même de son épargne. Démonstration en sept points.

Confier la gestion d'une partie (ou de la totalité) de son patrimoine aux traditionnels relais d'épargne grand public (gestion sous mandat bancaire, assurances-vie, etc.) est une pratique courante. Hélas, la performance est rarement au rendez-vous. Ou plutôt, disons les choses comme elles sont : la performance n'est jamais au rendez-vous.

Gestion déléguée, pilotée, profilée, équilibrée... Les publicitaires s'en donnent à cœur joie, et pour cause : sans maquillage, la réalité serait invendable - car cette réalité, c'est que l'immense majorité des maisons de gestion sous-performent un banal indice diversifié.

Autrement dit : à long-terme, et en moyenne, un particulier qui achète un produit répliquant l'évolution d'un indice boursier à moindres frais (une gestion passive à l'extrême) fait mieux qu'un particulier qui place son capital chez un gérant « actif », supposé capable de trier le bon grain de l'ivraie, et de sélectionner quoi acheter et quoi vendre au bon moment - en théorie.

Pourquoi l'industrie de la gestion est l'une des plus lucratives au monde

En pratique, une seule chose est garantie : peu importe la réussite des intéressés, des frais de gestion seront dûment prélevés pour le « service ». Pourquoi l'industrie de la gestion est-elle l'une des plus lucratives au monde ? Parce que les gestionnaires sont payés même s'ils perdent votre argent !

Le business est décidément merveilleux : pile, vous perdez (pas de chance) et ils empochent leurs frais de gestion ; face, vous gagnez (un peu) et ils empochent leurs frais de gestion doublés de généreuses (d'aucuns diraient prohibitives) commissions de performance.

Ne tournons pas autour du pot - car tout ceci est bien connu - et venons-en au fait : point de salut sans prendre ses affaires financières en main. A chacun d'entreprendre de se former sur l'investissement et la gestion de portefeuille s'il (ou elle) veut capitaliser efficacement. Après tout, à part quelques exceptions (par exemple, les actionnaires historiques de L'Oréal, ou les investisseurs restés fidèles à Warren Buffett depuis ses premiers pas), personne n'a jamais fait fortune en laissant les autres s'y prendre à sa place...

Ni fantasme, ni exploit

Investir avec succès n'est pas un fantasme ni un exploit - on ne parle jamais que de mettre un peu de capital au travail, pas de révolutionner le décryptage du génome ou de courir le cent mètres en moins de huit secondes.

Ce que la réussite financière exige, l'expérience nous l'a appris, c'est (un peu) de technique et (beaucoup) de courage. La première s'acquiert rapidement, mais trop souvent le second fait défaut.

Ne pas se laisser porter par le vent, ni par les promesses de tierces parties (rémunérées à la collecte de votre épargne). Ne pas laisser la terreur de prendre un risque vous paralyser - certains pensent que le risque s'évite, quand d'autres pensent qu'il se gère : choisissez votre camp, sans perdre de vue que l'un des deux sera assurément perdant.

Vous l'avez remarqué : plus un individu convoite la sécurité, plus il abandonne sa liberté et le contrôle de son destin. Si vous souscrivez à un tel sacrifice, vous pouvez stopper ici la lecture de cet article. Sinon, sachez qu'une démarche autonome et entrepreneuriale de la gestion de  son épargne (et par extension de son portefeuille boursier) comporte de nombreux avantages, parmi lesquels :

(1) Savoir précisément ce que vous faites, et pourquoi : lorsque vous faites l'acquisition d'un actif productif (par exemple des actions de l'entreprise IBM), vous connaissez ses mérites intrinsèques, vous savez pourquoi la valorisation est attractive (pour vous), et vous comprenez pourquoi elle est susceptible de s'apprécier. Vous êtes en terrain connu, maître de vos faits et gestes (et en l'occurrence de votre argent). En attendant l'heureux développement, vous encaissez un sympathique dividende - dans le cas d'IBM, un dividende  confortablement couvert par les cash-flows de la société.

(2) Ne pas être obligé de souscrire à ce que vous ne comprenez pas : vous pouvez sélectionner vos opportunités d'investissement parmi ce qui vous convient - c'est à dire ce qui orbite autour de votre cercle de compétence, en plus d'être conforme à vos objectifs de préservation de capital et de rendement - et superbement ignorer tout le reste. Exposer son capital à des dynamiques dont on ignore tout ne produira pas de bons résultats, c'est l'évidence. Si IBM ne vous inspire pas, d'autres investissements le feront. Dans le Club de l'IF, nous parlions récemment d'une société de production de gaz naturel avec un monopole national et un entrepreneur d'exception à sa tête, valorisé en Bourse pour une fraction de la valeur de ses réserves prouvées ; ou d'un opérateur de câble nord-américain qui paie un dividende de 10% par an ; ou d'une discrète (mais efficace) entreprise industrielle belge, supérieurement gérée et capable de gagner de l'argent sous toutes les conjonctures... Bref, c'est un monde d'opportunités : la difficulté n'est pas de trouver, plutôt de trier.

Le dindon de la farce

(3) Vous ne vous faites plus dépecer : les frais de gestion vous coûtent généralement 2% du capital confié chaque année... Indépendamment de la performance, et sans même mentionner les frais d'entrée, de sortie, d'opération, de virement, de garde, etc. Conséquence : si votre gérant fait moins bien que l'indice (hypothèse la plus probable), vous êtes le dindon de la farce. Si votre gérant fait aussi bien que l'indice (à long-terme, celui-ci retourne 6% annualisés), une fois retranchés les frais, les taxes et l'inflation, vous êtes à zéro. Si votre gérant fait mieux que l'indice (hors-du-commun, du moins parmi les solutions d'investissement traditionnellement proposées au grand public) vous obtiendrez après avoir retranché les frais une performance passable, inapte à justifier le risque encouru. Votre gérant, lui, a pris plus de frais que de risques : face, c'est un homme riche et un génie ; pile, c'est un homme riche et la faute du marché/de la conjoncture/de la volatilité/de l'économie/de la météo/du gouvernement/de la banque centrale, etc. (rayer la mention inutile).

(4) Vous contrôlez vous-même votre dynamique d'investissement, plutôt que dépendre des aléas de collectes et de décollectes du fonds, et ainsi vous exposer dangereusement à l'impératif institutionnel des maisons de gestion. En effet, acheter au plus haut et vendre au plus bas est une tradition tristement séculaire chez les clients des fonds - c'est vrai pour les particuliers comme pour les professionnels. Un gérant même bien intentionné est ainsi naturellement contraint à prendre des risques : lorsque la Bourse monte, personne ne voudrait le payer pour qu'il décide de rester à l'écart ; lorsque la Bourse baisse, personne ne voudrait le payer pour qu'il décide d'y entrer... Cruel dilemme ! Gérer soi-même, c'est rester maître de son destin et de son patrimoine : votre portefeuille ne risque pas de subir de décollecte, et se retrouver contraint de liquider ses investissements (et ainsi encaisser ses pertes) pour faire face aux rédemptions des clients désenchantés.  Mieux : si vous êtes sûr de votre fait, vous pouvez capitaliser sur la tendance, et effectivement profiter d'une baisse des cours pour renforcer vos participations dans ces entreprises que vous jugez injustement sous-valorisées et/ou promises à un bel avenir (les deux vont souvent de pair) ! Les actions sont la seule marchandise au monde que les gens aiment moins quand leurs prix baissent... C'est leur choix. Vous, vous pouvez vous offrir d'être rationnel et opportuniste !

Certains gérants sont authentiquement intègres et compétents

(5) Qualifié, vous êtes en mesure d'évaluer le processus d'investissement de votre gérant - du moins si vous décidez de placer une partie de votre épargne dans des fonds... Après tout, certains gérants sont authentiquement intègres et compétents (par exemple Amiral Gestion ou Moneta Asset Management).  S'assurer de la compétence de votre mandataire est aussi important que de s'assurer qu'un investissement dans une entreprise donnée vous convient - dans les deux cas, vous confiez votre capital à un tiers, et lui attribuez un double mandat : un, le préserver ; deux, l'apprécier. Quand on y pense, c'est extraordinaire comme le public est aussi unanimement prêt à confier son patrimoine et son épargne d'une vie à de parfaits inconnus (les gérants de fonds de leurs assurances-vie et assimilés) !

(6) Le savoir-faire acquis avec votre expérience d'allocation du capital vous servira dans votre vie professionnelle : vous comprendrez notamment la dynamique financière de l'entreprise où vous travaillez (ou que vous projetez de lancer), et pourrez ajuster les risques et retours attendus sur les projets qui vous sont confiés. Des connaissances en finance doublées d'une gestion pragmatique et rationnelle du capital sont de très sérieux atouts quand on prétend aux responsabilités... Au niveau privé, les meilleures entreprises vous inspireront sans doute dans la gestion de vos finances quotidiennes : comme elles maximisent leurs profits, vous apprendrez à maximiser votre épargne à mettre au travail - vous développerez ainsi votre patrimoine, ce qui vous génèrera toujours plus de revenus passifs. Bref, vous parlerez couramment le langage du business, et ce talent vous sera (sans doute) d'un secours inestimable tout au long de votre vie.

Apprendre de ses erreurs

(7) Vous apprendrez de vos erreurs, et vous améliorerez en conséquence. Si quelque chose ne fonctionne pas comme prévu (ne nous leurrons pas : cela arrivera tôt ou tard), vous saurez ce qui a cloché et apprendrez de l'expérience, ce qui vous permettra de progresser et d'agrandir votre cercle de compétence. Si c'est votre gestionnaire qui perd votre argent, vous ne saurez même pas pourquoi c'est arrivé, et vous n'apprendrez rien (mais rassurez-vous : lui encaissera toujours ses frais de gestion). En prenant en main la gestion de votre patrimoine, vous créez une entreprise : la sensation de liberté, l'excitation de mener à bien votre propre projet, apprendre, découvrir, expérimenter, progresser, s'accomplir... Tout cela mérite d'être vécu !

Prêt à commencer ? Devenir Riche : Un Mode d'Emploi Clair et Pratique et Comment Bien Investir en Bourse ? vous attendent.

 >> (*) Pour aller plus loin, retrouver toutes les analyses de L'Investisseur Français sur son site.

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Commentaires
a écrit le 27/12/2015 à 11:30 :
Article conforme à ma pensée. Perso, je n'ai jamais gagné d'argent en l'ayant placé selon les conseils de mon conseillé. Le seul placement rentable est le PEL.
a écrit le 11/12/2015 à 19:52 :
La finance est aujourd'hui beaucoup trop complexe pour que le particulier y comprenne quoi que ce soit.
Les marketeurs de la finance disent au particulier vous êtes "libre" de choisir parmi nos centaines unités de compte "gratuitement", c'est une façon de le valoriser en lui donnant l'impression qu'il maitrise le jeu avec une certaine liberté d'action, en réalité choisir une unité de compte, c'est comme jouer à la roulette, et au final le "croupier" n'oublie pas de compter les frais de gestion sur l'ensemble du capital.
"Les performances passées ne préjugent pas ...... etc etc"
a écrit le 11/12/2015 à 17:23 :
Les contrats d'assurance vie internet qui intègrent des trackers (ETF) sans frais d'achat ni de vente comme Darjeeling (le seul à ma connaissance) et avec une large gamme sont une avancée en gestion libre et à signaler. Les autres type Linxea Vie, Linxeavenir, Puissance Sélection, Puissance Avenir etc prennent 0,1% à l'achat puis 0,1% à la vente c'est trop quand on fait plusieurs allers-retours dans l'année donc à améliorer. C'est aussi aux particuliers de ne souscrire qu'auprès des contrats et comptes les moins chargés en frais pour ne pas encourager les dérives.
a écrit le 11/12/2015 à 16:38 :
"ne crois rien que tu ne puisses verifier toi-meme" R.Kipling, le livre de la jungle,
valable pas seulement pour gerer ses affaires.

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