Immobilier : ces villes du littoral normand à qui la crise redonne du tonus

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Marqueurs de l'embellie, les recettes des droits de mutation (appelés à tort « frais de notaire ») ont augmenté de 85.000 euros en 2020 dans l'agglomération fécampoise
Marqueurs de l'embellie, les recettes des droits de mutation (appelés à tort « frais de notaire ») ont augmenté de 85.000 euros en 2020 dans l'agglomération fécampoise (Crédits : Normandie Tourisme)
Le coronavirus et la démocratisation du télétravail précipitent vers les villes moyennes du littoral de nouveaux acheteurs en mal d’espace. Proches de Paris et plus abordables que les stations de la côte fleurie, Fécamp et Dieppe tirent les marrons du feu.

« La semaine dernière, j'ai rentré une maison à 9 heures. A midi, elle avait trouvé un acheteur. » Bruno Rioult, gérant de la plus vieille agence immobilière de Fécamp, a presque les bras qui lui en tombe. Jamais, en plus de vingt ans d'exercice, il n'avait connu une telle affluence. L'intéressé le confesse pourtant. Bien que natif de la cité portuaire, il a failli plier bagage il y a quelques années. « Le marché était atone. Fécamp était une grande endormie », se souvient-il. Aujourd'hui, l'homme se dit heureux en affaires. « Les petites maisons de pêcheurs par exemple se vendent dans la minute et j'exagère à peine », assure-t-il. Pour ce professionnel de l'immobilier, cela ne fait aucun doute : «Il y aura un avant et un après Covid ».

La cité des terre-neuvats hameçonne les Parisiens

L'affirmation ne tient pas de la prophétie auto-réalisatrice. Un indicateur donne le ton. Les recettes des droits de mutation (appelés à tort « frais de notaire »), dont les variations dépendent des achats de biens immobiliers, ont augmenté de 85.000 euros en 2020 dans l'agglomération. « C'est une hausse très sensible sans être spectaculaire », commente Marie-Agnès Poussier Winsback, maire de Fécamp et patronne de l'interco. Pas suffisant pour regonfler les comptes de la Ville lestés par la fermeture du casino, Covid oblige. Mais de quoi regonfler le moral de l'équipe municipale. « Il y a un an, je m'inquiétais de voir des biens acquis uniquement pour des locations Airbnbn, raconte l'édile. Depuis le premier confinement, nous voyons au contraire arriver des Parisiens qui s'installent ici et ne conservent qu'un pied à terre à Paris. Je le constate chez les commerçants qui me disent avoir du monde toute la semaine. »

« A Fécamp, vous êtes le roi du pétrole »

Il faut dire que la cité des anciens terre-neuvats et de la Bénédictine jouit d'un bon nombre d'atouts pour qui aime les climats vivifiants. La gare, sauvée in extremis en 2001, met sa plage et son port de plaisance sans contrainte de marée à seulement deux heures de Paris. L'agglo bénéficie en outre d'un bon maillage de services publics. « On se bat bec et ongles pour garder nos hôpitaux, nos classes et même notre centre de vaccination », insiste sa présidente. Résultat, beaucoup de télétravailleurs en mal de grand air choisissent d'y poser leurs valises, attirés par des prix raisonnables parmi les plus bas de la France littorale. « Si vous vendez un appartement à Paris, à Fécamp vous êtes le roi du pétrole et il vous en reste sous le pied », s'amuse Bruno Rioult. Même les biens d'exception « avec vue sur mer » qui peuvent atteindre, ici, 4.000 euros le m2 trouvent preneur. « Je pensais que les grandes propriétés seraient divisées en appartements mais non. Elles sont achetés telles quelles », relève Marie Agnès Poussier Winsback.

La demande explose à Dieppe

Fécamp n'est pas la seule ville de la côte d'Albâtre à profiter de vents favorables. A quelques dizaines de kilomètres de là, Dieppe enregistre aussi une vigoureuse embellie immobilière. En fin d'année, Se Loger signalait une hausse de la demande de 66% et une dégringolade simultanée de l'offre de 44%. « Pour un bien, j'ai dix candidats qui attendent , confirme Marion Saint Amaux, conseillère transaction dans l'agence dieppoise de Square Habitat. Il y a eu incontestablement un nouvel engouement dans la période post-confinement en particulier pour les appartements avec balcon et les petites maisons de ville. »

Signe qui ne trompe pas. Le dernier baromètre des notaires de Normandie notait, cet été, une hausse du prix des maisons anciennes proche de 15% dans l'agglomération. Pour Marion de Saint Amaux, « l'augmentation globale est plus proche de 5% mais la principale différence est que nous avons maintenant des offres au prix demandé ».

Une aubaine pour les vendeurs

Cet afflux de nouveaux acheteurs s'est révélé une divine surprise pour les vendeurs. « Les appartements ici ont longtemps eu la réputation de se vendre autant que des cercueils à deux places », ironise Guillaume, fraichement délesté d'un cinq pièces de 100 m2 en centre-ville. « Nous l'avons mis en vente en 2019 avec zéro visite ou presque pendant un an, raconte-t-il. Cela a commencé à exploser à la rentrée. En l'espace de quelques jours, nous avons eu vingt visites et quatre offres. » Aujourd'hui, en quête d'une maison avec jardin autour de Dieppe, il sait qu'il va devoir prendre son mal en patience. « Je cherche dans l'arrière-pays parce que ce type de produit est devenu introuvable à proximité du centre », indique-t-il.

Là encore, ce sont essentiellement les Franciliens télétravailleurs, attirés notamment par un accès facile à la gare Saint Lazare, qui ont stimulé la demande. « Leurs premières interrogations portent sur l'espace disponible bien sûr mais aussi sur  l'accès à la fibre. On voit qu'ils souhaitent passer des semaines complètes ou des week-ends à rallonge », constate-t-on chez Square Habitat. La municipalité, qui a annoncé la remise à neuf de plus de 150 logements d'ici 2024 dans le cadre de l'OPAH Renouvellement Urbain, pourrait avoir eu le nez fin.

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