"Value investing" (1/16) : une certaine philosophie de l'investissement

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(Crédits : Reuters)
[ Série d'été ] Tout au long de cet été, les experts de l'Investisseur Français proposent une série en plusieurs volets pour comprendre ce qu'est l'"investing value". Aujourd'hui, définition et contours de l'approche de "l'investissement dans la valeur".

 Le "value investing" - l'investissement dans la valeur en Français - consiste à acheter un actif mobilier (par exemple une action) ou immobilier (par exemple un appartement) à une fraction de sa valeur intrinsèque. En somme, à investir comme (idéalement) on aimerait faire son shopping : durant les soldes.

Balisée une première fois par Benjamin Graham dans les deux ouvrages Security Analysis et The Intelligent Investor, la méthode a été adoptée, perfectionnée puis popularisée par Warren Buffett - sans doute son plus célèbre pratiquant.

Concept imprécis, sibyllin et (trop) facilement manipulable par une partie naïve ou intéressée, la valeur intrinsèque d'un actif est - en théorie - la somme actualisée du cash qu'il rapportera à son propriétaire le temps de son usage.

En pratique, on fonctionnera davantage à l'intuition, par exemple en achetant les actions d'une entreprise profitable qui cote sous sa trésorerie nette de toutes ses dettes et créances, ou un appartement agréable et parfaitement situé lorsque son rendement locatif permet de l'amortir en quatre ou cinq ans.

Pour reprendre la formule chère à Benjamin Graham, « il n'est pas nécessaire de savoir le poids exact d'un homme pour reconnaître qu'il est obèse ».

Obtenir une marge de sécurité

Une fois en mesure d'identifier et de définir (approximativement, mais mieux vaut être à peu près dans le vrai que précisément dans le faux) la valeur d'un actif, on exigera pour l'acquérir un prix qui sous-estime dramatiquement celle-ci. On obtiendra ainsi une marge de sécurité - l'écart entre le prix et la valeur - capable d'absorber nos erreurs d'analyse, ou des développements défavorables (sinon les deux cumulés).

Bien sûr, rien n'est jamais facile ni donné, et seules des circonstances exceptionnelles permettront à ce type d'opportunités de faire surface. Le plus souvent, il s'agira de capitaliser sur une palpable irrationalité du marché - résultant traditionnellement d'une négligence ou d'une panique, lorsqu'une actualité pessimiste prévaut (comme ces derniers mois avec la chute du prix du pétrole).

Cupides quand la foule est craintive, craintifs quand la foule est cupide : le biais de gestion est fondamentalement contrarien. Les investisseurs dans la valeur ne craignent pas de produire une pensée différente, ni d'avoir le courage d'agir selon cette dernière - conscients que le seul moyen d'obtenir une performance atypique est d'agir suivant une réflexion atypique.

Mr. Market, incurable maniaco-dépressif

Le marché est là pour les servir, pas pour les commander. Incurable maniaco-dépressif, ce drôle de partenaire (personnifié en « Mr.Market » par Benjamin Graham) propose chaque jour des prix différents pour des actifs pourtant identiques. Le bon sens commande donc de lui acheter des actions ou des obligations soigneusement sélectionnées durant ses phases de déprime, et de les lui revendre durant ses phases d'euphorie. Et surtout pas l'inverse, comme la majorité des investisseurs est intuitivement tentée de le faire !

Indéboulonnable objectif de gestion des investisseurs dans la valeur : assurer d'abord la préservation du capital investi, et s'offrir ensuite une probabilité de le démultiplier dans le temps.

Assimiler la (subtile mais essentielle) différence entre investir et spéculer est un prérequis de la méthode. Dans le premier cas (investir), on devient propriétaire d'un actif productif (qui génère un rendement). L'objectif est alors d'identifier un rendement pérenne (idéalement en croissance), et d'acquérir l'actif à un prix bradé : payez cent pour un rendement de dix et vous obtenez un retour sur investissement de 10%; payez cinquante pour ce même rendement, un retour de 20%.

Rester concentré sur les fondamentaux

Dans le deuxième cas (spéculer), on mise sur un ticket de loto (par exemple une action) en espérant que son prix de marché va filer à la hausse (que les prochains jours seront verts plutôt que rouges).

Rester concentré sur les fondamentaux et les mérites de l'actif désiré (par exemple les actions d'une entreprise rentable, supérieurement gérée et en forte croissance) permet de mieux supporter la volatilité inhérente à tous les instruments cotés - et même mieux, d'en profiter.

Faire du marché son serviteur, et non son maître...

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