La Tribune

En avril, les élections ne tiennent qu'à un fil

L'ancien président Georges Pompidou Copyright Reuters
L'ancien président Georges Pompidou Copyright Reuters
Jean-Christophe Chanut  |   -  550  mots
Riches en jours fériés et vacances scolaires, les mois d'avril et de mai ne sont pas les plus favorables pour l'organisation du scrutin présidentiel. A l'origine, la France devait voter en décembre mais un "accident" de l'histoire a déplacé le scrutin au printemps

Une rapide enquête dans quelques commissariats le confirme : le nombre de demandes de procuration pour voter est en très nette progression. Et pour cause, cette année, le premier tour de l'élection présidentielle tombe le dimanche 22 avril... En pleine période de vacances scolaires pour l'ensemble de la France métropolitaine. Le deuxième tour, lui, le 6 mai, se situe au milieu du "pont" du 8 mai pour ceux qui ont la chance de pouvoir le prendre... Bref, autant de dates peu commodes susceptibles de faire chuter le taux de participation.


Constitutionnellement l'élection présidentielle devait se tenir en décembre

Initialement, au début de la Vème République, il n'était absolument pas prévu que les opérations électorales en vue de l'élection présidentielle se déroulent au printemps : elles étaient programmées en... décembre. Il a fallu deux "accidents" de l'histoire pour que tout soit chamboulé. Une fois adoptée le 4 octobre 1958, la Constitution prévoyait l'élection du Président de la République au suffrage universel indirect. Le président était élu par un collège électoral composé de 81.764 "grands électeurs" (parlementaires, conseillers généraux, représentants élus des conseils municipaux, etc.) Le premier scrutin eut lieu le 21 décembre 1958. Charles de Gaulle fût élu pour un mandat de 7 ans. Avec le référendum du 28 octobre 1962 modifiant la Constitution, le président est désormais élu au suffrage universel direct. Etant entendu que cette nouvelle règle s'appliquerait dès le prochain scrutin, soit les 5 et 19 décembre 1965. Le Général de Gaulle fût réélu face à ... François Mitterrand, pourtant farouche opposant à la modification constitutionnelle de 1962.

Le décès de Georges Pompidou à l'origine du décalage au printemps

Le premier "accident" intervient en avril 1969. Le 27 avril de cette année, le "non" l'emporte au referendum sur la création des régions et la réforme de l'Etat voulu par le général de Gaulle. Il démissionne aussitôt les résultats connus. Un nouveau scrutin présidentiel est alors organisé les 1er et 15 juin, Georges Pompidou en sort vainqueur. Cinq ans plus tard, se produit le deuxième "accident". Malade, le président Pompidou s'éteint le 2 avril 1974. Constitutionnellement, un nouveau scrutin présidentiel doit être organisé dans les trente-cinq jour suivant la vacance du poste. Les deux tours ont lieu les 5 et 19 mai qui verront l'élection de Valéry Giscard d'Estaing. Voilà pourquoi, depuis, l'élection présidentielle a lieu au printemps...

C'est donc le décès de Georges Pompidou qui constitue le fait générateur du décalage du scrutin présidentiel... Heureusement que la disparition de l'ancien président n'est pas intervenue en août ! Mais, avant cela même, si le général de Gaulle n'avait pas démissionné en avril 1969, il aurait terminé son deuxième mandat de sept ans - sauf problème de santé - en décembre 1972... Georges Pompidou, déjà malade, se serait-il alors présenté ? Personne ne le sait. Mais si on retient l'hypothèse qu'il aurait renoncé, il est alors fort probable que l'élection présidentielle de 2012 se serait tenue en décembre. Un mois peut-être moins favorable à l'abstention.
 

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Commentaires

Totor  a écrit le 13/04/2012 à 16:26 :

Pas de bol pour Sarko. Ceux qui vont partir en vacances et ne pas voter sont ceux qui ont de l'argent et donc ceux qui votent traditionnellement pour lui. Trop dommage.

baba  a répondu le 20/04/2012 à 17:20:

Voilà un commentaire à mettre au Panthéon du crétinisme...

Laurent  a écrit le 12/04/2012 à 17:11 :

L'élection en avril/mai pose aussi problème parce que les législatives arrivent en juin et qu'il y a les vacances scolaires juste après, c'est des mois perdus pour l'action d'un nouveau gouvernement.