Union européenne

Pourquoi l'Allemagne peut encore remettre en cause le plan de sauvetage de l'euro

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Romaric Godin, à Francfort | 13/04/2011, 13:47 - 858 mots

Deux rapports dévoilés outre-Rhin insistent sur la perte de souveraineté budgétaire du Bundestag dans le cadre du mécanisme de stabilité de l'euro qui devra entrer en vigueur en 2013. Le texte pourrait échouer à Karlsruhe devant la cour constitutionnelle.

L'Allemagne est encore loin d'accepter entièrement la création du mécanisme européen de stabilité. Certes, la chancelière Angela Merkel a donné son accord et elle dispose en théorie d'une majorité confortable au Bundestag. Mais l'affaire n'est pas si simple. La popularité chancelante de la coalition au pouvoir à Berlin, les réticences persistantes de la population et l'épée de Damoclès de la cour constitutionnelle de Karlsruhe représentent des obstacles bien délicats à franchir pour le gouvernement fédéral. Deux rapports viennent de le rappeler et de donner un sérieux avertissement à Angela Merkel.

La constitution allemande interdit à Berlin de signer un chèque en blanc à Bruxelles

Le message de ces deux rapports, le premier de la cour fédérale des comptes, le second des services scientifiques du Bundestag, peut se résumer en un mot : l'Allemagne risque, avec ce nouveau mécanisme, de signer un chèque en blanc à l'Europe, ce qui est inconstitutionnel. Les deux documents s'inquiètent du mécanisme lié au risque de défaut de l'ESM si le fonctionnement de ce dernier est calqué sur celui de son prédécesseur l'EFSF.

En ce cas, en effet, c'est le conseil d'administration de l'entité européenne, formé des représentants des pays membres, qui décide de son renflouement. Or, souligne le rapport parlementaire dévoilé ce mercredi par le quotidien économique allemand Handelsblatt, "un contrôle par les législateurs nationaux ou la participation de ces derniers à la décision n'est pas prévu". Et le rapport de poursuivre : "Au final, cette procédure placerait l'Allemagne dans la position de devoir accepter des obligations, sans pouvoir déterminer de façon autonome la hauteur de ses engagements et leurs conditions". Du coup, "le législateur national se verrait limiter son pouvoir de décision sur l'endettement de l'Etat". Même constatation de la cour des comptes qui insiste sur le fait que cette décision de renflouer l'ESM pourrait être prise à la majorité simple, c'est-à-dire même contre l'avis du représentant allemand.

Et que se passera-t-il si une nouvelle crise oblige les Etats européens à dépenser plus que prévu ?

Cette analyse pose deux problèmes. Le premier est d'ordre budgétaire. La cour des comptes met en garde contre le montant des sommes mises à la disposition de l'ESM par l'Allemagne. Officiellement, il s'agira de 22 milliards d'euros de numéraire et de 168 milliards d'euros de garanties. Des sommes que la Cour juge déjà considérables : "Cela représente jusqu'à deux tiers des revenus fiscaux de la Fédération" souligne-t-elle. Mais elle met en garde. En théorie, la constitution du fonds en numéraire de l'ESM, 80 milliards d'euros au total, durera cinq ans à partir de sa création en 2013. Mais que se passera-t-il s'il y a durant cette période une crise qui oblige l'ESM à intervenir au-delà de ses capacités alors constituées ? "Si le capital en numéraire ne suffit pas, s'inquiète la cour des comptes, du capital supplémentaire sera automatiquement transféré depuis les Etats membres". Et la Cour de prévenir Angela Merkel : s'il faut payer les garanties accordées, alors le gouvernement devra faire son deuil de la règle constitutionnelle qui, à partir de 2016, limite à 0,35 % du PIB le déficit budgétaire de l'Etat fédéral.


L'ESM posera donc un second problème, constitutionnel celui-là. D'autant que l'absence de contrôle budgétaire par le parlement pourrait attirer l'attention de la Cour de Karlsruhe. Cette dernière avait, en effet, indiqué, lors de sa décision sur le Traité de Lisbonne le 30 juin 2009 que "le transfert de compétence vers l'UE est conditionné à la souveraineté constitutionnelle de l'Allemagne". La Cour constitutionnelle avait même explicitement précisé que la "constitution n'autorise pas les organes d'Etat allemands à transférer des droits souverains qui pourraient donner lieu de façon autonome à de concessions ultérieures" (voir le document original en allemand). Voilà qui ressemble étrangement au cas de l'ESM. En cas de plainte à Karlsruhe, nul doute que ce mécanisme européen pourrait donc être remis en cause.

Si les parlementaires ont leur mot à dire, les marchés risquent de ne plus avoir confiance

Du coup, la cour des comptes invite le Parlement à poser ses conditions et à réclamer le droit de donner son feu vert à tout paiement supplémentaire ou non prévu. Mais cela reviendrait à placer l'ESM sous la dépendance du Bundestag ou, si le système est élargi à l'ensemble de l'Europe, des parlements des grands Etats. Une telle incertitude nuirait à la confiance que se propose justement de rétablir le mécanisme. Le SPD a déjà déposé une motion pour réclamer le "respect du droit du parlement" par le gouvernement. Et au sein de la coalition, les dents commencent à grincer. Selon le Handelsblatt, le président CDU du Bundestag Norbert Lammert aurait écrit à Angela Merkel pour réclamer plus de transparence sur sa politique européenne et ses conséquences.

Pour la chancelière, l'affaire est délicate. Céder aux exigences des parlementaires reviendrait à fragiliser l'accord européen sur l'ESM. Mais les ignorer pourrait conduire à des difficultés dans l'adoption de la loi, d'autant que le Bundesrat est désormais sans majorité fixe. Et, au final, le risque serait de voir le texte rejeté à Karlsruhe, ce qui pourrait également dans ce cas déclencher une nouvelle crise européenne. Bref, Angela Merkel pourrait bien être perdante à tous les coups. Et l'Europe avec elle.

Commentaires

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Macchiavelli a écrit le 15/04/2011 à 10:29 :

Ce qui est surprenant (je vis en Allemagne mais passe 5 mois par an en France) c'est de constater qu'en France on est fixé sur l'Allemagne comme pays de référence alors qu'il y a 17 pays dans la zone euro et 27 dans l'UE. Alors cette espèce d'engouement pour l'Allemagne est pour le moins bizarre. Le système même est a mettre en cause et non pas la France. D'autres pays de la zone euro ont encore plus de difficultés que la France. Nous avons dans la zone euro le libre échange sans union fiscale, il est bien évident que dans ces conditions le divergences ne peuvent qu'augmenter. (je tiens à rappeler que la France a appuyé l'Allemagne pour imposer ce système aux autres pays alors que ce système ne peut fonctionner dans une zone de libre échange entre pays aussi diffèrent que l'Allemagne et la Grèce s'il n'y a pas d'union fiscale) Si nous voulons sauver l'Euro et donc l'UE il faut apporter des changement au système pour que les économies les plus faibles puissent survivre. Nous assistons actuellement a une désertification industrielle des pays périphériques de la zone euro au profit des économies fortes et centrales. Avec des conséquences imprévisibles et qui peuvent causer à moyen terme l'éclatement de l'UE. Pour mémoire, la balance commerciale allemande affiche un excèdent commercial de 154 Milliards pour la seule année 2010, obtenu principalement dans la zone euro. Ce capital manque dans les pays déficitaires qui ne peuvent en aucun cas tenir tête à la concurrence de l'industrie allemande et même française.

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JCM132 a écrit le 14/04/2011 à 10:02 :

En ce moment a lieu en Chine le sommet des BRICS (Brazil, Russia, India, China & South-Africa). Tous les chefs d'états de cette union étudient l'avènement d'une autre devise internationale pour remplacer le dollar (et aussi l'euro). L'Allemagne étant très proche de cette union et de l'un de ses instigateurs (Vladimir Poutine) va bientôt en avoir assez de trainer ce "boulet européen. Donc, ne soyons pas surpris si bientôt elle nous envoie "paître". Je pense que cela se produira en 2012. Jean-Claude Meslin PS: La Tribune: Apprenez l'anglais, cela vous rendra plus utile...

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romatou a écrit le 14/04/2011 à 07:16 :

Si la gross Allemagne ne veut plus banquer il ne nous restera que la solution de l'achat par les banques chinoises de nos obligations comme viennent de la faire la Grèce et tout récemment l'Espagne. Ensuite une fois le loup entré dans la bergerie la Chine nous tiendra par la barbichette pour nous contraindre à délocaliser et à acheter leurs produits

EIFFEL a répondu le 14/04/2011 à 07:36:

En effet, ce risque est entrain de devenir une réalité et il faut donc trouver une autre solution, celle préconisée par le FN par exemple !

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Arminius a écrit le 14/04/2011 à 07:15 :

@Alrix , Si l'Allemagne revenait au Deutsche Mark ce serait ce qui pourrait arriver de mieux à l'UE. Les règles actuelles favorisent l'économie allemande et ils le savent. Alors n'y comptez pas trop. Le capital allemand fera tout pour garder l'euro. Ce que l'Allemagne paye réellement n'est rien par rapport à l'excèdent commercial qu'ils ont, 154 Milliards en 2010, la dix-septième année de file, surtout par rapport aux autres pays de la zone euro. En fait grâce à l'euro ils sont en train de s'emparer de toutes les industries de pointe. Vous pensez bien qu'ils ne vont pas tuer la poule aux oeufs d'or. Il ne faut pas confondre entre ce qu'ils payent dans les caisses de l'UE et ce qu'ils prêtent a des taux usuriers aux pays qui sont en train de se noyer et qui n'ont pas d'autres choix que d'accepter les conditions imposées. Sur ces sommes prêtées ils font même un bon bénéfice puisque ils empruntent à 3% et prêtent à 5% ou 6%. Alors vous parlez d'une aide!

Macchiavelli a répondu le 15/04/2011 à 08:15:

En vérité nous devons nous en prendre à nous même, nous avons imposé avec l'Allemagne des règles dans la zone euro qui favorisent les plus forts parce-que nous pensions pouvoir aussi en profiter. Nous avons étés bien naifs et peut-être aussi un peu lâche.

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EIFFEL a écrit le 14/04/2011 à 07:14 :

Quand on voit la tête d'Angela Merkel on a envie de lui prescrire des dragées Fuca et l'on voit bien que l'affaire est mal partie. Il faut faire comprendre à l'Allemagne qu'il faut faire un peu d'inflation, seule porte de sortie pour combattre les déficits astronomiques. Et il faut faire vite pour nous sauver de la bombe que confectionnent les Etats européens en faisant tourner de suite la planche à billets comme les USA de manière à faire baisser l'euro beaucoup trop fort pour les pays faibles. Continuer à pratiquer la politique de l'Allemagne est suicidaire et fera éclater l'euro !

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landruc a écrit le 13/04/2011 à 19:44 :

L'Allemagne a UN problème, un UNIQUE problème : qu'aucun homme politique ne puisse gérer la monnaie. C'est son OBSESSION, une obsession maladive qui la ronge, qui guide TOUTES ses décisions, qui représente un POISON, un danger mortel... Donner la gestion de la monnaie au pouvoir politique c'est la MORT assurée ! Quand vous donner les clefs de l'Euro à un MALADE comme l'est l'Allemagne, vous savez que vous allez au devant de graves blocages qui sont d'abord d'ordres psychologiques... Il faut rapidement un référendum dans TOUS les pays de la zone Euro avec comme question : "OUI ou NON acceptez vous que le pouvoir politique gère la monnaie." Tous les pays qui répondront NON à cette question devront sortir de l'Euro...

Alrix a répondu le 14/04/2011 à 05:02:

Et en même temps, je comprends tout à fait que les Allemands, que vous décriez tant, ne veuillent payer éternellement pour des pays ayant des politiques aussi irresponsable comme la Grèce, le Portugal, l'Espagne, l'Italie et la France. L'Euro n'est qu'un bout de papier, qui ne vaut rien, en raison de la disparité des économies qui le composent. En un mot, l'Allemagne va préférer revenir au DeutschMark plutôt que de nourrir les cigales dans notre genre, et elle aura parfaitement raison !

vido a répondu le 14/04/2011 à 14:56:

Si l'Allemagne avait le DeustchMark, sa monnaie serait tellement forte qu'elle ne pourrait plus exporter (comme les Suisses qui sont étranglés par la force du franc suisse). Et puis si l'euro n'est qu'un bout de papier pour vous, je veux bien que vous me donniez quelques billets!

ludo31 a répondu le 14/04/2011 à 18:18:

je ne crois pas mon cher vido , l'Allemagne à certain temps avec l'Euro fort ne se plaind pas et son économie basée sur le commerce roule à plein régime . Mais ce qui choque les allemands dans cet europe c'est qu'ils font des énormes efforts depuis des années afin d'arriver à ce stade , et tandis que ses voisins (France et Compagnie ..) continuent de faire l'Etat providence et sans compter les grêves incessantes . C'est normal à mon sens s'ils sont réticents à un sauvetage , car imaginer , à chaque fois qu'un pays sera en difficulté , on leur demande de faire l'effort

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Arminius a écrit le 13/04/2011 à 17:37 :

Les Allemands savent que l'Euro est une mine d'or pour eux. Je fais confiance à leur cupidité. Ils feront le nécessaire pour garder et sauver l'Euro. Entre ce qu'ils disent et ce qu'ils font il y a une belle différence. Aucun autre pays européen ne profite de l'euro autant que l'Allemagne et si la majorité des Allemands ne le sait pas l'élite qui contrôle les médias le sait. Et c'est ça qui compte. L'élite ne répétera pas la faute que elle a faite il y a 70 ans environs.

Yves a répondu le 13/04/2011 à 19:03:

@ Arminius : Facile d'accuser sans réfléchir, les autres de cupidité !

Arminius a répondu le 13/04/2011 à 21:57:

@ Yves, je n'accuse pas, je constate! Il n'y a pas a reflechir il suffit de lire les chiffres; 154 Milliards d'excédent commercial en 2010, le dix-septième d'affilée. Il ne vont pas tuer la poule aux ?ufs d'or, ne vous en faites pas. Cupides mais pas ...! Et ils sont parmis les Européens qui travaillent le moins.

Perso a répondu le 14/04/2011 à 07:19:

Vous avez tord l'Allemagne n'est pas aussi cupide que ça, si le prix à payer est de perdre ce que l'on "a de bon" alors pas la peine de continuer. Ca marche en ce moment parce que l'Allemagne a eu la "grande sagesse" de garder son industrie. Il faut aussi constater qu'ils ont bien vu le grand coup d'arnaque avec la Libye, ne vous y trompez pas l'Allemagne la joue perso et le couple Franco Allemand est totalement bidon.

Nanano a répondu le 14/04/2011 à 14:46:

D'accord avec Perso, l'allemagne en est là car elle a su faire les réformes nécessaires au moment où il le fallait.

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Bastien a écrit le 13/04/2011 à 16:51 :

Il n'ont qu'à faire comme les dirigeants français : s'assoir sur la constitution et la démocratie. Après tout, on veut une Europe de tyrans ou pas ...

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PetitLeçon a écrit le 13/04/2011 à 15:16 :

« le transfert de compétence vers l'UE est conditionné à la souveraineté constitutionnelle. (...) La constitution n'autorise pas les organes d'Etat allemands à transférer des droits souverains qui pourraient donner lieu de façon autonome à de concessions ultérieures. ». C'est pas notre soit-disant cour constitutionnelle qui aurait dit ça. Bravo, l'Allemagne.

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Ce qui est surprenant (je vis en Allemagne mais passe 5 mois par an en France) c'est de constater qu'en France on est fixé sur l'Allemagne comme pays de référence alors qu'il y a 17 pays dans la zone euro et 27 dans l'UE. Alors cette espèce...

par Macchiavelli le 15/04/2011 à 10:29

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