Chypre pourrait avoir besoin de 10 milliards d'euros pour ses banques

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Selon un quotidien de Nicosie, la république insulaire devrait réclamer 56 % de son PIB pour sauver son système financier. Pendant ce temps, la Troïka tente de négocier avec le gouvernement dans une ambiance tendue.

Chypre pourrait finalement avoir besoin de 10 milliards d?euros pour recapitaliser son secteur bancaire. C?est ce que prétend le quotidien de l?île Phileleftherios ce mercredi matin qui s?appuie sur un rapport préliminaire du FMI qu?il s?est procuré. Si ce chiffre est confirmé, il s?agirait d?un coup dur pour la petite république dont le PIB ne dépasse pas 18 milliards d?euros. Si ce chiffre de 10 milliards d?euros circulait déjà, il s?agissait du « scénario du pire ». L?agence de notation Fitch avait évoqué la semaine dernière 6 milliards d?euros, et Nicosie n?a jamais parlé que de 3 milliards d?euros au maximum pour renflouer ses banques.

Des banques à la dérive

Depuis mardi, la Troïka formée du FMI, de la BCE et de l?UE examine la situation de Chypre afin d?établir non seulement l?ampleur des besoins financiers du pays, mais également les conditions de cette aide. Afin de satisfaire aux normes de solvabilité européenne, la banque populaire chypriote (Laïki Bank, aussi connue sous le nom de Marfin) a dû accepter une aide d?urgence de l?Etat de 1,8 milliard d?euros, ce qui l?a de facto nationalisée. La Banque de Chypre a également déjà réclamé 500 millions d?euros à Nicosie. Les deux établissements ont subi de fortes pertes sur leurs titres grecs après la restructuration de la dette publique hellénique au printemps dernier.

La Troïka est arrivée

Mais ce qui inquiète le plus les Chypriotes, ce sont évidemment les conditions qui seront posées par la Troïka. Cette dernière devrait réclamer des réformes structurelles importantes : relèvement du taux d?imposition, qui est un des plus faible de l?UE et qui a permis de faire de l?île une plate-forme financière importante, fin de l?échelle mobile des salaires, réforme de la formation professionnelle pour mieux adapter l?offre à la demande et, évidemment, réduction drastique des dépenses publiques. Dans un éditorial paru ce mercredi, le quotidien anglophone de l?île, le Cyprus Mail, fait part de cette inquiétude, mais prévient : « nous faisons une grande erreur en tentant d?obtenir des conditions les plus douces possibles et la Troïka ferait une grande erreur en entrant dans notre jeu car nous avons besoin de réformes ».

Négociations tendues

Evidemment, ce point de vue n?est pas celui du gouvernement d?alliance entre les communistes de l?AKEL et les centristes qui est actuellement au pouvoir à Nicosie. Et les négociations avec la Troïka s?annoncent très difficiles. Car le gouvernement ne veut pas trancher dans la masse salariale des fonctionnaires, première source de dépenses du budget de l?Etat. Surtout, l?Europe et le FMI s?irritent de façon à peine voilée contre le jeu de Nicosie qui attend de connaître les conditions posées tout en cherchant de l?aide ailleurs, en Russie, dont le système financier dépend beaucoup des banques chypriotes, ou en Chine, qui serait fort heureuse de prendre pied dans cette île stratégiquement importante. Moscou, qui a déjà prêté de l?argent à Nicosie à l?automne dernier, pourrait accorder à nouveau un prêt à Chypre. Le gouvernement pourrait donc jouer sur cette aide extérieure pour faire pression sur la Troïka. Ou les conditions sont avantageuses et Chypre demeure dans le giron européen, ou elles sont trop contraignantes et le pays se tourne vers Moscou ou Pékin et souligne l?échec de l?UE. Un jeu dangereux pour un pays qui, depuis trois jours, préside officiellement l?Union.

 

 


 

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