Compétitivité : pour France Stratégie, le salut est dans la modération salariale

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Le secteur manufacturier a vu sa production augmenter de 0,8 % au mois de janvier
Le secteur manufacturier a vu sa production augmenter de 0,8 % au mois de janvier (Crédits : Reuters)
Malgré les nombreuses mesures prises pour abaisser le coût du travail, des efforts doivent encore être menés, estime France Stratégie. Le think tank gouvernemental chargé de la prospective propose notamment de modérer les salaires. Au risque de casser la faible reprise et de favoriser la déflation ?

La partie n'est pas gagnée. Certes, la production industrielle a fait un bond de 1,3 % en janvier. Et l'industrie manufacturière a progressé de 0,8 %, stimulée par un net regain de l'activité dans le secteur des transports.

Mais il faut malheureusement se garder de toute euphorie. Pour de très nombreuses raisons. Concomitante à celle observée en Allemagne, cette reprise industrielle intervient après un mois de décembre médiocre au cours duquel l'industrie avait vu sa production céder 0,6 %. Celle du secteur manufacturier avait stagné.

Les mesures gouvernementales prises pour réduire le coût du travail portent-elles enfin leurs fruits ? Le paquet d'allègements contenus dans le Pacte de responsabilité, qui sera complété le 1er avril par d'autres réductions de cotisations familiales, et la montée en puissance du crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE) ont en effet permis de réduire le coût du travail et donc d'améliorer le taux de marge des entreprises passé de 29,5 % à 31,2 % entre 2014 et 2015 selon l'Insee. Il devrait atteindre 31,7 % cette année.

Suivre les exemples espagnol et italien

" Nos parts de marché se sont stabilisées, notre déficit commercial a diminué, l'écart de compétitivité-coût avec l'Allemagne, notre principal concurrent sur les marchés tiers, s'est réduit, et les entreprises reconstituent leurs marges ", en conclut France Stratégie, le think tank gouvernemental chargé de la prospective dans une étude dévoilée ce jeudi. Une étude qui sera suivie de beaucoup d'autres, le think tank ayant décidé de publier chaque semaine une note sur des enjeux pour la décennie 2017-2027 à l'approche de l'élection présidentielle.

Néanmoins, des efforts doivent encore être fournis, estime France Stratégie qui préconise une série de mesures, et notamment de poursuivre la modération salariale, en prenant exemple sur les exemples espagnols et italiens. Ainsi, la France espère que la recette qui a marché en Allemagne fonctionnera également en France. Ces propositions sont-elles sérieuses ? Ou le remède risque-t-il d'être pire que le mal.

Un copié-collé risqué

Le think tank oublie une chose : dans la première moitié des années 2000, notre voisin était le seul à suivre cette politique déflationniste. C'est la raison du succès de cette stratégie, jugée déloyale par certains économistes, notamment ceux de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Aujourd'hui, cette politique a été suivie par de nombreux pays européens dont aucun ne peut se targuer d'avoir une situation économique plus enviable que celle de la France.

En outre, alors que la déflation menace, que la consommation des ménages est le seul moteur un peu vaillant de l'économie - comme on le rappelle au ministère des Finances -, que le gouvernement dépense des milliards via le CICE dont l'un des objectifs est de donner les moyens aux entreprises de revaloriser les salaires, est-il raisonnable de vouloir modérer davantage ? A titre indicatif, le salaire net moyen a augmenté de 1,5 % en 2015 selon l'Insee. Certes, l'inflation a été nulle en 2015, mais cette stagnation de l'indice des prix à la consommation trouve essentiellement son origine dans la chute des prix de l'énergie consécutive à celle des cours du brut. Et surtout de l'essence.La facture d'électricité n'a-t-elle pas progressé de 2,5% en moyenne le 1er août ?

En revanche, les prix hors énergie ont progressé de 0,5 %, ce qui limite le gain de pouvoir d'achat procuré par l'absence d'inflation. Notons par ailleurs que les tarifs des produits frais ont fait un bond de 5,3 % entre 2014 et 2015,

Des pressions déflationnistes s'exercent déjà

France Stratégie semble par ailleurs oublier que la dégradation du marché du travail - six millions de personnes sont inscrites à Pôle emploi sans compter les 800.000 personnes environ qui constituent le halo du chômage - exerce de très fortes pressions à la baisse sur les salaires.

Par ailleurs, comme l'ont déjà noté les très nombreux rapports consacrés à ce sujet, France Stratégie souhaite que l'exécutif parvienne à résoudre les difficultés des entreprises à se développer et la " perception négative des investisseurs étrangers " sur des sujets tels en se penchant sur " le coût du travail, la complexité administrative et fiscale, la conflictualité du dialogue social, la rigidité du temps du travail ".

Selon France Stratégie, ces éléments expliquent la dégradation de l'attractivité du site France par rapport à celle de l'Allemagne et du Royaume-Uni, bien que la France reste la première destination des investissements industriels en Europe selon le tableau de bord 2015 de l'attractivité de Business France.

France Stratégie souhaite par ailleurs que la France renforce sa " compétitivité hors coût ", via une amélioration de la productivité et un accent mis sur l'innovation. " La concurrence exercée par les économies émergentes va s'accentuer car elles vont poursuivre leur montée en gamme ", souligne l'étude qui relève également un déficit dans les qualifications et les compétences requises dans le cadre professionnel et une "qualité du management" insuffisante.

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Commentaires
a écrit le 14/03/2016 à 7:16 :
Ce think tank a les idées courtes. L'emploi devrait être la première considération de toute décision politique nationale, régionale...municipale. Une considération transversale.

Est-ce qu'investir dans une nouvelle piscine municipale est bénéfique à l'emploi ? Est-ce qu'autoriser l'hypermarché bidule à s'agrandir va créer des emplois ?

Si la réponse n'est pas clairement oui, c'est simplement qu'on a pas les moyens de ces dépenses qui ne profitent pas à l'emploi et donc à toute la société puisque c'est le problème n 1
a écrit le 13/03/2016 à 18:17 :
Ce think tank est intéressant. Est-il une sorte de laboratoire au service du gouvernement pour lancer des ballons d'essais et tester les réactions ? Quoi qu'il en soit le gouvernement serait avisé de suivre ses recommandations.
Reste à savoir s'il en aura le courage. A lire les réactions rétrogrades de ce forum, ça va être difficile !
a écrit le 12/03/2016 à 8:53 :
et que croyait vous pour resoudre le plan travail
de la hollandie la sortie prevu est une taxes de plus
le remede miracle de m hollande
qui de sait rien faire d'autre
il inventera une taxes pour etre reelu
et une autre pour enlever le mot chomeur du dictionnaire
l'imcompetences a ses limites
mais vous pouvez acheter la legion d' honneur
pour quelque petro dollards
a écrit le 11/03/2016 à 9:36 :
Le coût du travail, c'est avant tout le coût des charges. L'état devrait d'abord réduire son appétit avant d'attaquer le pouvoir d'achat des salariés. L'état veut imposer des réformes qu'il n'est pas capable de s'appliquer à lui-même.
a écrit le 11/03/2016 à 8:01 :
Il faut impérativement basculer la fiscalité du travail sur la fiscalité énergétique. Qui a dit ça?
a écrit le 10/03/2016 à 22:01 :
Clair qu'il faut diminuer les salaires. Sinon les rentiers gagneraient moins. Pardon : les zinvestisseurs.
a écrit le 10/03/2016 à 21:24 :
Réduire la masse salariale de la fonction publique de 1 million emploi temps plein . Il faut 10 ans ...
a écrit le 10/03/2016 à 21:24 :
Réduire la masse salariale de la fonction publique de 1 million emploi temps plein . Il faut 10 ans ...
a écrit le 10/03/2016 à 21:22 :
Réduire la masse salariale de la fonction publique de 1 million emploi temps plein . Il faut 10 ans ...
a écrit le 10/03/2016 à 20:16 :
il faut bien dégager des marges pour les actionnaires !
a écrit le 10/03/2016 à 18:53 :
Le think tank gouvernemental : Il est payé par qui? De quelles subventions?

Une mission au frais des contribuables?

Si l'état supprimait tous ces organismes nébuleux, mission, rapporteurs et tous les noms possibles et inimaginables de ces "boites a caser les amis": Les charges des entreprises, les impôts, et les taxes fonderaient.
Vu l'impression d'amateurisme du gouvernement, le think tank devrait revoir sa copie!
a écrit le 10/03/2016 à 18:04 :
M. PILIU qui donne dans le KEYNES à plein bord, on aura tout vu. Néanmoins, ceci est en accord avec les économistes médiatiques, qui avant 2012, faisaient du KEYNES, et n'ont pas vu les trous laissés par Paul BISMUTH, mais qui les ont trouvé intolérables le 6 mai 2012 à 20 h.
Tout en prétendant qu'il était possible de les baisser en augmentant la croissance....
Les mêmes, en prévision de l'après 2017 retournent leur veste une nouvelle fois.

Mais la loi EL KHOMRY, justement, en baissant les heures supplémentaires, baissera un peu les coups salariaux, mais supprimera des emplois qui étaient faits en intérim.

Le surcroît de compétitivité sera mince, car une entreprise qui ne voulait pas payer d'heures supplémentaires avait toujours le loisir d'embaucher des salariés en CDD et en intérim. Par contre, le chômage va augmenter. En outre, le pouvoir d'achat global, diminuera.
a écrit le 10/03/2016 à 17:46 :
Pourquoi n inclue t on pas les salaires des middle et top managers dans le calcul des coûts du travail?
C est quoi le but? Le retour de l esclavage? On s en rapproche tous les jours un peu plus...
a écrit le 10/03/2016 à 17:40 :
Il ne s'agit pas de réduire le revenu disponible en dessous de 2 SMIC. Il s'agit de réduire le coût du travail (en CDI). Pour cela existent beaucoup d'instruments non encore mis en oeuvre : déjà affecter le CICE à la baisse réelle de charge sur les salaires (et non à un crédit d'IS), la TVA sociale sur les produits, le revenu de base (qui fait baisser mécaniquement le coût du SMIC à revenu disponible constant). Tout cela reste à faire mais aurait dû être fait depuis 15 ans...
Réponse de le 10/03/2016 à 18:17 :
Tout e que vous décrivez, c'est du baratin idéologique coupé de la réalité. Ce qui est important c'est de vendre des produits de qualité, à hauts contenus technologiques et adaptés au marché. Et d'avoir des implantations à l'étranger. Tout ce qu'on ne fait pas.
Votre modèle de société nous pousse vers la médiocrité, et à être en compétition avec le Bangladesh, et le pouvoir d'achat qui va avec.

Pour vos connaissances générales,, il y avait des pays où on ne payait aucun ou peu d' impôts : la GRECE et l'URSS...
Toujours pour vos connaissances générales, les charges, se sont la retraite et l'assurance santé.
Si vous n'en voulez pas, cesser de payer vos charges, mais ne venait pas réclamer après.
Réponse de le 11/03/2016 à 10:28 :
@Réponse de René MONTI
Produire des produits de qualité est nécessaire (et non exclusif de ce que j'écris) mais insuffisant. On a aussi besoin de baisser les coûts sur les services à plus faible valeur ajoutée (dont profitent d'ailleurs les entreprises se positionnant sur la valeur). C'est d'ailleurs comme cela que l'Allemagne réussit : elle développe les deux aspects (ouvriers et ingénieurs qualifiés bien payés....et minijobs). Quand au social je ne propose pas de le supprimer mais de le financer autrement...
a écrit le 10/03/2016 à 17:30 :
"" le coût du travail, la complexité administrative et fiscale, la conflictualité du dialogue social, la rigidité du temps du travail "." Il est clair que c'est plus facile d'investir dans pays comme la Chine, le Bengladesh, le Viet-nam, le Cambodge...Et pourtant la France reste en Europe une destination privilégiée pour les investisseurs étrangers. Il doit bien y avoir une raison. Un Etat fort, une démocratie, une "vraie République, des infrastructures en bon état (même si ça se dégrade...), une administration parfois tâtillone, mais capable de faire respecter les lois, recouvrer les impôts et les charges. Bref, un cadre rassurant pour un investisseur et son argent.
On ne peut jamais avoir le beurre, l'argent du beurre... et la suite... en même temps.
Réponse de le 11/03/2016 à 10:16 :
tout à fait juste, mais les beaufs de l'économie préfèrent le french bashing, c'est plus simple
a écrit le 10/03/2016 à 17:17 :
Notre problème est que les politiques préfèrent financer le chômage par la dette, les impôts
et les charges . Notre modèle social est à bout de souffle , il pénalise la croissance et l'emploi. Nous dépensons 600 milliards d'euros dans ce système.
Pour retrouver de la croissance , il faut tout bouleverser, baisser les dépenses sociales, alléger les charges , baisser les impôts, simplifier le code du travail. En contrepartie , donner des garanties aux chômeurs en obligeant les entreprises à embaucher et assurer
une formation professionnelle. Une bascule sur plusieurs années , un vrai changement de paradigme.
Réponse de le 11/03/2016 à 9:42 :
600 Milliards d'Euro sur un PIB de 2000 Milliards. La vraie question à se poser est : Ou va la différence des 60% restant ?
Réponse de le 11/03/2016 à 10:17 :
je mets un billet sur le fait que votre potion n'assurera pas notre prospérité...c'est du tout cuit de bfm business, le comptoir de bar de l'économie

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