Le capitalisme familial est-il le modèle idéal ?

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Cette année, c'est l'entreprise familiale autrichienne Swarovski qui été honorée par l'association internationale des Hénokiens, les entreprises bicentenaires toujours détenues par les descendants des fondateurs.
Cette année, c'est l'entreprise familiale autrichienne Swarovski qui été honorée par l'association internationale des Hénokiens, les entreprises bicentenaires toujours détenues par les descendants des fondateurs. (Crédits : Swarovski.)
L'Association internationale des Hénokiens, qui regroupe les entreprises bicentenaires, a décerné le Prix Leonard de Vinci à l'entreprise autrichienne Swarovski lors de son congrès annuel. Avec cette récompense, les Hénokiens honorent les valeurs portées par ces entreprises familiales : tradition, créativité, transmission, innovation et excellence. Quels enseignements tirer de ces épopées entrepreneuriales ?

Les ors et les stucs du Palais Liechtenstein de Vienne ne leur vont pas si mal. Tels des aristocrates de la banque ou de l'industrie, les Hénokiens se sont retrouvés cette semaine pour leur congrès annuel dans la capitale autrichienne. Au programme, quelques visites, quelques conférences, dont une sur la transmission et l'évolution moléculaire, et l'élection d'un nouveau président. Le japonais Tokuichi Okaya de l'entreprise éponyme a succédé au néerlandais Willem van Eeghen, pour un mandat de deux ans, reconductible une fois.

Qui sont les Hénokiens ? Lancée en 1981, l'association internationale des Hénokiens regroupe 47 entreprises européennes et japonaises bicentenaires encore contrôlées par les descendants en ligne directe ou indirecte du fondateur. Parmi les membres les plus connus du grand public, citons les établissements Peugeot qui ont vu le jour en 1810, Mellerio dits Meller le bijoutier (1613), l'armurier Beretta (1526), les soieries Jean Roze (1650).

Ce club très restreint peut-il s'élargir ? Les révolutionnaires ayant exproprié et /ou éliminé la classe dirigeante, il y peu de chance de voir une entreprise russe intégrer les Hénokiens. En revanche, des entreprises américaines et britanniques pourraient un jour grossir leurs rangs.

L'acmé de ce séjour viennois ? La cérémonie de remise du Prix Léonard de Vinci. Créée en 2011 par l'association et le Château du Clos Lucé, à Amboise, où le protégé de François Ier passa ses dernières années. Cette récompense honore chaque année une entreprise familiale fidèle à ses traditions, à son savoir-faire, à son histoire de famille et à sa volonté de transmettre ces valeurs aux générations futures. Cette année, c'est Marisa Schiestl-Swarovski, descendante de l'industriel et bijoutier Daniel Swarovski, son grand-père, qui a reçu le prix, succédant au chausseur italien Ferragamo. Détenue à 100% par les membres de sa famille, l'entreprise créée en 1895 fabrique l'intégralité de ses œuvres et bijoux en Autriche. Présente dans 170 pays, elle a réalisé un chiffre d'affaires de 3,37 milliards d'euros en 2016. Elle compte 32.000 personnes dans ses rangs. La prochaine édition de ce prix se déroulera à moins de 500 kilomètres, à Munich.

Des enseignements à tirer

Alors que la sinistralité des entreprises reste élevée, particulièrement en France où le nombre de défaillances peine à descendre sous la barre des 60.000 unités, ce prix, ce congrès annuel, interpelle. Quelle est le secret de cette longévité hors norme ô combien symbolisée par l'aubergiste japonais Hoshi, qui perpétue l'activité familiale née en 718 ?

« Il n'y a pas de profil type. Toutes les histoires des Hénokiens sont différentes », assure François Saint Bris, le président du Château du Clos Lucé. « Il n'y a donc pas de recette magique. La seule chose dont nous sommes sûrs, c'est qu'elles partagent certaines valeurs, valeurs qu'honorent le prix Léonard de Vinci », prolonge Gérard Lipovitch, le secrétaire général des Hénokiens.

Convié à participer à cet événement, le cardinal Christoph Schönborn, archevêque de Vienne enfonce le clou. « C'est un subtil équilibre entre tradition et modernité, au sein duquel l'empathie pour les salariés est très forte », indique celui qui, dans ses jeunes années, œuvra dans une entreprise familiale de textile à Freiberg, en Allemagne, qui fête cette année ses 199 bougies. Alors que l'épuisement ou burn-out, qui trouve le plus souvent son origine dans la singulière médiocrité de l'environnement managérial, est en passe d'être reconnu comme une maladie professionnelle, ces paroles sonnent agréablement.

Des risques limités

Mais l'empathie ne peut pas tout expliquer. « Cette résistance au temps puise également ses origines dans la stratégie de développement de ces entreprises. S'il y une prise de risque, elle est limitée », indique Brian Henry chercheur à l'Insead. Limitée ? Il faut en effet convaincre toute la famille avant de pouvoir lancer des changements stratégiques. Ce n'est pas toujours facile.

« Cette prudence n'empêche pas les ruptures. Notre entreprise a changé plusieurs fois de métier au cours de son histoire. Après l'immobilier, l'industrie et le transport maritime, elle se développe aujourd'hui dans le secteur agroalimentaire », explique Willem van Eeghen.

Par ailleurs, cette prudence relative tient également aux contraintes liées à cet actionnariat restreint. Parce que le recours à la bourse est restreint, voire proscrit, parce que le capital est rarement ouvert aux "étrangers" à la famille, la croissance de ces entreprises s'effectue le plus souvent à pas comptés, même si Swarovski fait plutôt figure de contre-exemple.

Alors que la course à la taille est désormais la règle à travers le monde, le parcours de ces entreprises qui résistent régulièrement aux appétits des géants de leur secteur n'est pas seulement anecdotique. Il apporte un peu d'eau au moulin de ceux qui doutent des bienfaits de la croissance à outrance. « Patience et longueur de temps, font plus que force ni que rage », concluait Jean de La Fontaine dans Le lion et le rat ....

Léonard au collège

À l'heure où la France semble se lancer sur la voie des réformes de son modèle économique, ce coup de projecteur sur Léonard de Vinci tombe à pic. En se rappelant à notre bon souvenir, le maître italien nous offre l'occasion d'une digression. Quel élève serait le jeune Léonard s'il se trouvait aujourd'hui sur les bancs de nos écoles primaires, de nos collèges, où les cours magistraux rythment les journées ? Un élève surdoué, qui serait cité en exemple par ses enseignants ou un incompris car précoce ? Nous ne le saurons jamais. On imagine l'ingéniosité des avions en papier qu'ils feraient voler avec grâce du fond de la classe dans le cas de la seconde hypothèse...

Une chose est certaine, impulsé par son maitre Verrochio, sculpteur, peintre et fondeur notamment, le génie de Léonard de Vinci s'est exprimé dans de nombreuses disciplines : les arts (sculpture, dessin, peinture, musique..), la philosophie, l'astronomie, l'architecture, l'ingénierie, l'anatomie entre autres. C'est en croisant ces savoirs qu'il a pu assouvir sa curiosité et explorer de nouvelles idées, de nouveaux terrains de jeux.

Cette méthode d'enseignement interdisciplinaire peut-elle être la solution pour réduire le chômage des jeunes, dont le taux atteint 25%des 15-24 ans, renforcer l'employabilité des demandeurs d'emplois tout au long et leur carrière professionnelle et réduire le nombre des postes vacants ? On ne le sait pas encore.

Un œil à l'étranger

Pour l'instant, cette méthode est marginalement employée en France. Elle l'est davantage ailleurs, notamment aux Etats-Unis et en Finlande. Dans ce petit pays, l'équivalent des Beaux-Arts, d'HEC et de l'Ecole Polytechnique ont uni leurs forces pour élargir, à travers un enseignement commun pro-entrepreneurial, l'horizon de leurs étudiants. Ce n'est pas le seul exemple de réformes lancées dans le domaine de l'éducation à partir de 2010 au pays des Korvapuusti, ces petits pains à la cannelle dont la saveur n'a rien à envier à ceux de Damel, le pâtissier le plus en vue de Vienne.

Ainsi, pendant les six premières années, les enseignants ne notent pas les élèves mais donnent des appréciations qui sont autant de conseils pour progresser, ce qui permet de ne pas comparer les élèves les uns aux autres. Les autoévaluations en groupe, non seulement sur les savoirs scolaires, mais aussi sur les aptitudes sociales - travailler en groupe, être un bon camarade, se concentrer - sont également utilisées. Preuve serait faite qu'avec ces échanges, la cohésion de la classe et la maturité des élèves progresseraient très sensiblement. Autre initiative prise par le ministère de l'Education finlandais pour regagner les places perdues à cette époque dans le classement de l'enquête internationale réalisée par l'OCDE sur le Programme International pour le Suivi des Acquis des élèves (PISA), les enseignements classiques comme les mathématiques ou la littérature ont disparu des programmes pour être remplacés par des cours transversaux. Au cours d'une leçon sur l'Union européenne, les élèves étudient simultanément l'histoire, la géographie, l'économie et la politique et ce, dès la primaire. En 2016, la Finlande s'est hissée au cinquième rang, sur 70. La France, elle, s'est classée à la 26ème place.

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a écrit le 25/06/2017 à 0:58 :
Au Japon, ce qui a fait durer ces entreprises, c'est l'éthique du travail, un travail sur soi-même pour s'améliorer, le fondateur y mets son intelligence, la recherche de beauté, une entreprise qui joue sur la haute qualité et la fidélité, cela n'a rien à voir avec le concept de bénéfice, faire du chiffre d'affaire, chercher de la croissance qui ne sont que de la nourriture pour maintenir en vie l'entreprise. Il y avait la plus ancienne banque d'italie datant de la renaissance, qui a abandonné l'éthique pour commencer à spéculer et s'endetter dans les années 2000, elle a coulé, sauvetage très couteux, tout est perdu, la structure est encore là, mais plus l'esprit qui l'avait protégé de ces excès.
Quand on fait entrer des loups aux dents longues de grandes écoles qui ne considèrent l'entreprise que comme un truc dont il faut tirer de l'argent, l'entreprise va droit à la faillite.
Il y avait eu une étude sur la crise des subprimes, si on avait suivi les règles du darwinisme capitalisme, sans tricher, sans aide de la BCE et des états, seule une poignée de banques auraient survécu dans toute l'europe de l'ouest, et par le jeu des participations, énormément d'entreprises auraient aussi coulé, peut-être les 2/3.
Je crois bien que c'est Warren Buffett qui a dit qu'il fallait choisir ses investissements comme si la bourse allait fermer le lendemain pendant 20 ans.
a écrit le 24/06/2017 à 9:42 :
On peut être pour le capitalisme a la condition que ce ne soit pas l'argent qui travaille a notre place, sinon c'est du parasitisme!
a écrit le 23/06/2017 à 22:23 :
J'ai du pouvoir, j'instaure un rapport de force pouvant aller jusqu'au viol avec les clients et les fournisseurs. Je n'ai pas de pouvoir, je me fais violer en temps que fournisseur ou en temps que salarié.

Le Capitalisme est un système fondamentalement mafieux.

Et les mafias les plus fortes ne sont pas cotées en bourse mais reposent sur les familles. Famille Gattaz, Famille Dassault, Famille Rotschild, etc etc...
a écrit le 23/06/2017 à 15:57 :
Le capitalisme n'est pas un modèle idéal, vous pouvez le décliner à tous les gouts il n'en sera jamais un.

Il n'y a pas de modèle idéal d'ailleurs lisez Nietzsche et vous gagnerez des siècles d'évolution: "La vérité est locale et temporaire" c'est donc justement tant que l'on cherchera le modèle idéal que l'on sera sûr de ne jamais le trouver.

Seule une économie plurielle épanouie au milieu d'un système pluriel est adaptée à la diversité presque sans limite de l'humanité. Mais pour cela il est indispensable de se sortir de ce système stalinien oligarchique qui fait que seuls quelques uns détiennent la quasi totalité des capitaux et des outils de production.

On hérite de l'argent et des biens, pas du talent.
Réponse de le 24/06/2017 à 7:26 :
Encore une fois d'accord:
On hérite de l'argent et des biens, pas du talent.

Néanmoins et reconnaissez le , aujourd'hui avec de l'argent et des biens sans talents on réussi nettement mieux qu'avec que du talent ...

Suffit d'aller voir nos banquiers : présentez un projet , si vous êtes riche pas de problèmes , si vous êtes pauvre et sans diplômes soit il vous trouverons un partenaire pour racheter vos idées ( si elle est lucrative ) ou retour dans votre foyer.

Nous vivons dans un pays qui nous apprend a rester dans notre " milieu social " ...Il y a des exceptions ... Trop rare!
Réponse de le 24/06/2017 à 8:45 :
@paysan: 1) le rôle de la banque n'est pas de distribuer gratuitement l'argent, mais de s'assurer qu'elle sera remboursée. 2) le gros problème de la France, c'est justement les pleureuses qui se reposent uniquement sur les allocations diverses et variées (payées par les autres bien évidemment). Nombreux sont les exemples, notamment dans les pays anglo-saxons, de "pauvres" devenus multimillionaires grâce à une idée et surtout leur travail :-)
Réponse de le 24/06/2017 à 9:30 :
1) le rôle de la banque n'est pas de distribuer gratuitement l'argent, mais de s'assurer qu'elle sera remboursée.

Dire le contraire est un mensonge ...
Peut être que chez les anglo- saxons une idée peut être rentable quelque soit le milieu social d'où elle émane , dans notre pays une idée rentable sera automatiquement lié a une personne ayant les ressources nécessaire pour la developer ...
Si tu es pauvre sans sponsor - aucune chance quelque soit ton idée - mais si ton idée peut être vraiment lucrative la banque te trouvera un sponsor choisit parmi ses clients .

Ce que j'exprime c'est quand fonction de ton niveau social tu peux avoir accès a un développement ou pas ...
D'où le texte du début : le talent face a l'argent !

Relie moi pour bien comprendre .
Réponse de le 25/06/2017 à 11:57 :
"@papi blasé: en dehors du bagout, tu démarres quand ton entreprise ? "

Votre hors sujet diffamant est signalé bien entendu.

En tout cas merci de me confirmer que de ne pas vous lire est un véritable gain de temps.
Réponse de le 26/06/2017 à 8:42 :
"Néanmoins et reconnaissez le , aujourd'hui avec de l'argent et des biens sans talents on réussi nettement mieux qu'avec que du talent ..."

Je le reconnais bien volontiers puisque c'est ce que je dis, notre système oligarchique empêche de nombreuses personnes talentueuses mais dénuées de capitaux ou de réseau de monter leur entreprise retirant au pays une puissante capacité à innover et faire des affaires.

"si vous êtes pauvre et sans diplômes soit il vous trouverons un partenaire pour racheter vos idées ( si elle est lucrative ) ou retour dans votre foyer"

Si vous êtes pauvre et sans diplôme ils vous rient au nez ou vous engueulent et si vous êtes seulement sans capitaux là ils piquent votre idée en effet.

Individualisation des gains et socialisation des pertes le néolibéralisme est un cercle vicieux n'engendrant que médiocrité au mieux.

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