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ÉconomieFrance

Choc d'offre: pourquoi le gouvernement n'en veut plus

Ivan Best

Publié le 15 octobre 2012 à 14:21 - Mis à jour le 15 octobre 2012 à 14:25

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Jean-Marc Ayrault ne veut plus entendre parler de "choc de compétitivité", sous forme d'allègement de charges important. Il évoque seulement un choc de confiance, insistant sur la compétitivité hors coûts. Un prélèvement supplémentaire sur les ménages dans un contexte de récession n'est bien sûr pas envisageable

L'expression "choc d'offre" ou de compétitivité est issue d'un rapport de l'Institut de l'entreprise. Elle a été reprise par un groupe d'économistes proches de François Hollande -dont Philippe Aghion-, qui soulignaient à quel point l'industrie française souffre d'un manque de compétitivité, de handicaps, en raison d'un coût du travail trop élevé, et a donc besoin d'un "choc d'offre". L'idée a culminé début juillet. Louis Gallois, tout juste chargé par le gouvernement d'un rapport sur le sujet, a alors appelé de ses v?ux un « choc de compétitivité », sous forme de transfert des cotisations sociales payées par les entreprises vers un impôt sur les ménages. Ce à hauteur de « 30 à 50 milliards d'euros pour avoir un effet significatif ». Pierre Moscovici, alors, ne se montrait pas fermé à cette idée...

Mais en juillet, l'idée de la récession n'était pas dans toutes les têtes, et beaucoup d'acteurs de l'économie ne voulaient pas croire que François Hollande ferait ce qu'il avait annoncé, c'est-à-dire infliger aux entreprises et aux riches particuliers un véritable coup de massue fiscal dans le cadre du budget 2013.

Même les proches de Moscovici se montrent prudents

Aujourd'hui, l'évidence, s'impose : on ne peut pas, alors le pouvoir d'achat baisse déjà (-1,5% par ménage en 2012, selon l'Insee) et va continuer de diminuer, notamment sous l'effet de nouvelles hausses d'impôts, infliger un choc supplémentaire sous forme de relèvement de la CSG ou de la TVA, ou des deux. Même un économiste membre du cabinet de Pierre Moscovici, ministre pourtant a priori plus favorable à cette idée de choc que ses collègues Cahuzac, Sapin, ou Montebourg, clairement réticents, souligne les dangers d'une nouvelle hausse en 2013 des prélèvements obligatoires frappant les particuliers. Cet économiste, Thomas Philippon, affirme qu'il faut faire « attention aux "solutions miracles" dans une interview accordée à Acteurs Publics. « Croire que la France va régler son problème de compétitivité par la magie d'un transfert de charges sociales vers la CSG ou la TVA n'est pas réaliste. D'un point de vue macroéconomique, une telle opération aura à peu près le même effet qu'une dévaluation. C'est-à-dire que l'avantage compétitif durera le temps que l'ensemble des prix et salaires s'ajustent. Ce n'est pas une solution structurelle.» Et d'insister: « le renforcement durable de la compétitivité française passe davantage par des investissements en faveur de la recherche, de l'innovation et de la formation professionnelle. Il exige aussi une bonne politique de la concurrence dans les secteurs non exposés à la concurrence internationale. Contrairement à un préjugé tenace, la compétitivité d'un pays ne se résume pas au coût du travail de son industrie. »

Jean-Marc Ayrault ne veut plus de choc d'offre, mais un "choc de confiance"
Jean-Marc Ayrault a lui-même donné le « la », ce lundi matin. Il entamait avec une visite à l'Institut de recherche technologique (IRT) Jules Verne à Bouguenais (Loire-Atlantique) une longue séquence, qui doit aboutir à des réformes pour améliorer la compétitivité de l'industrie française. « On me dit « la trajectoire, c'est moins bien que le choc » (il s'agirait d'une trajectoire de transfert très progressif des cotisations sociales vers d'autres prélèvements). « Ce que je veux provoquer c'est un choc de confiance, un choc de mobilisation ». Exit, donc, le choc d'offre ou de compétitivité sous forme de baisse des charges massives et rapide. Seul un transfert graduel est envisagé, sur une palette de prélèvements.

Le premier ministre l'a dit clairement aux journalistes qui insistaient : « si vous ne prenez en compte que l'allègement des charges, c'est que vous ne connaissez pas le dossier ». Louis Gallois, opérant un virage sur l'aile, avait d'ailleurs préparé le terrain voilà quelques jours, soulignant que la question du coût du travail était loin d'être la seule en cause dans la détermination de la compétitivité.

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Une base taxable étroite, si les salariés sont épargnés
Il est vrai que les promoteurs du choc d'offre, les économistes Philippe Aghion ou Gilbert Cette, ont bien conscience de la difficulté d'augmenter les prélèvements sur les actifs. C'est pourquoi ils envisageaient, en juillet, un système neutre pour les salariés. Les revenus du patrimoine et les retraites auraient été seuls mis à contribution. Mais les premiers le sont déjà beaucoup, avec l'extension du barème de l'impôt sur le revenu, tandis que les secondes vont être appelées à financer la dépendance. Comment d'ailleurs imaginer transférer 30 à 50 milliards d'euros sur les seuls retraites et revenus du patrimoine ? La CSG repose actuellement, à 70%, sur les salaires et autres revenus d'activité. Si ceux-ci sont épargnés, la base taxable restante est bien mince...
Quant à augmenter franchement la TVA, même Nicolas Sarkozy n'était pas allé jusque là, faisant voter une hausse du taux normal de TVA de 1,6 point, à 21,2%, que François Hollande a annulée.

Ivan Best

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