Négociation sur l'emploi : Parisot pose ses conditions

Alors que patronat et syndicats vont négocier au moins durant deux jours (à compter de demain mercredi 19 décembre) sur la réforme du marché du travail, la présidente du Medef en profite pour poser ses conditions à la signature d'un accord par son organisation. Elle revendique de nouveau davantage de flexibilité, passant par un raccourcissement des délais en cas de plan social, une déjudiciarisation du droit du travail, une limitation des dommages et intérêts, etc. En revanche, Laurence Parisot ne juge pas opportun de davantage taxer les contrats de travail courts.
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«La négociation sur l'emploi entre dans une semaine décisive. Le Medef est déterminé et impliqué pour aboutir à un accord». Pour Laurence Parisot, la grande négociation sur le marché du travail est devenue un enjeu professionnel et... personnel. Car il est certain que si les partenaires sociaux se mettaient d'accord sur un texte, la présidente du Medef en tirerait une gloire qui pourrait la conduire à postuler pour un troisième mandat -une possibilité à ce stade non prévue par les statuts- à la tête de l'organisation patronale... En attendant, Laurence Parisot a clairement fixé, une nouvelle fois, les conditions pour la signature du Medef. Elle attend beaucoup de la séance marathon de négociation qui doit se tenir mercredi 19 et jeudi 20, voire même se prolonger vendredi 21.
Pour elle, «la flexibilité du marché du travail est devenue indispensable pour arrêter les destructions d'emplois et favoriser les projets d'embauches». Selon Laurence Parisot, cette flexibilité doit se traduire très concrètement par différentes réformes.

Les conditions de Laurence Parisot pour une signature du Medef

Un raccourcissement des délais dans l'élaboration et la finalisation des plans de sauvegarde de l'emploi (PSE), d'abord. Ainsi que leur sécurisation par une sorte d'homologation de l'administration qui empêcherait syndicats et salariés de contester le caractère fondé ou non d'un plan social. Une simplification des mécanismes de mobilités géographiques et professionnelles au sein d'un groupe, ensuite. Les salariés devraient être davantage contraints à changer de poste quand la situation économique l'exige. La présidente du Medef demande aussi une officialisation des accords de maintien de l'emploi (auparavant dénommés «les accords compétitivité/emploi») permettant de déroger temporairement au droit du travail. Il s'agirait, en cas de difficultés conjoncturelles, de pouvoir signer un accord majoritaire prévoyant une baisse de la durée du travail et des salaires en échange d'un maintien des effectifs. Et ce pour une durée donnée, avec une clause de retour à meilleure fortune, permettant, à terme, aux salariés d'être dédommagés des efforts consentis.
Enfin, et Laurence Parisot en fait une condition sine qua non, il «faut absolument parvenir à une déjudiciarisation du droit du travail. Où le fond doit prévaloir sur la forme». En d'autres termes, l'organisation patronale ne veut plus que des procédures soient annulées pour de simples erreurs de forme. La présidente du Medef demande aussi que les dommages et intérêts qu'une entreprise devra éventuellement verser à un salarié (en cas de licenciement abusif par exemple) fassent l'objet d'un barème fixé par la justice, «afin de favoriser la conciliation avant d'arriver devant le conseil des prud'hommes».

Le Medef d'accord pour généraliser une complémentaires santé à tous les salariés...

Sur le volet sécurisation des parcours professionnels, pendant d'une flexibilité accrue, le Medef se déclare d'accord pour étudier une extension des complémentaires santé à tous les salariés de toutes les branches. Et cette complémentaire santé pourrait donner lieu à une portabilité, notamment en cas de licenciement. Un chômeur pourrait donc continuer d'en bénéficier. «Mais attention au coût, prévient Laurence Parisot. Ceci pourrait atteindre de 2 à 4 milliards d'euros. Faisons cette réforme progressivement sur 5 ans». L'organisation patronale se dit également favorable pour étudier (mais fin 2013, à l'occasion de la négociation de la nouvelle convention d'assurance chômage) le dispositif des «droits rechargeables» pour les personnes qui alternent périodes d'emploi et périodes de chômage.

Mais conteste l'idée et l'utilité de taxer davantage les contrat de travail courts

Reste la question de la taxation des contrats courts (via une surcotisation à l'assurance chômage), notamment des CDD, demandée par les syndicats pour dissuader les entreprises de trop utiliser les contrats précaires. Pour Laurence Parisot, c'est «niet». Il faut dire que l'UPA (artisans employeurs) et la CGPME ne veulent pas entendre parler de cette idée. Pour appuyer sa position, la présidente du Medef argue du fait que sur une décennie, le nombre des salariés respectivement en CDI et en CDD n'a quasiment pas bougé. Il s'agit donc, selon elle, d'un faux problème. En revanche, elle concède que si en 2000, 76% des embauches se faisaient en CDD, ce taux est monté à 84,2% en 2010. Pour éviter cela, le Medef réfléchit à la possibilité d'augmenter la durée des périodes d'essai (qui peuvent déjà atteindre 6 mois quand même), pour inciter les employeurs à recruter directement en CDI.
Malgré l'optimisme de Laurence Parisot, il n'est tout de même pas certain que syndicats et patronat parviennent à un accord dès la fin de cette semaine. Laurent Berger, nouveau numéro un de la CFDT, estime même qu'actuellement "un texte n'est pas signable". Le Medef va devoir évoluer dans ses positions! 

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Commentaires 23
à écrit le 20/12/2012 à 1:19
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Au sujet de l'ANPE, le Médef a dit que ça ne servait à rien et qu'on avait un dialogue de sourds. Tout le monde sait que le gouvernement est contre l'emploi et qu'on a mis en place la SOLUTION FINALE qu'est le traitement social, une manière savante d...

à écrit le 19/12/2012 à 11:45
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Pour éviter l?amalgame que peut procurer certaines interventions, il me parait necessaire de préciser certaines choses. Dans les entreprises ou il existe une mutuelle, celle-ci n'est pas forcément obligatoire pour le salarié. Et dans celle ou elle ...

à écrit le 19/12/2012 à 10:29
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Vous faite comment dans une petite structure lorsqu'un salarié est en absence et que les clients attendent au comptoir ....CDD pas d'autre choix. Pas tord également lorsque dans les cas conflictuelles, c'est avant tout une histoire de virgule. Cela a...

à écrit le 19/12/2012 à 8:47
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Cela m'étonne qu'elle n'est pas proposé de verser les salaires aprés le bilan de fin d'année! Au fond, elle a du coeur!

à écrit le 19/12/2012 à 1:42
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La solution n'est pas de donner de nouveaux pouvoirs au Medef pour durcir l'esclavage, mais de permettre aux petits entrepreneurs d'utiliser leurs compétences pour développer leurs entreprises. Cela passe par une refonte totale de l'économie et en pa...

le 19/12/2012 à 7:15
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+10000000000000000000000000

à écrit le 18/12/2012 à 23:58
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Tous coupables, les journalistes les macroeconomistes, les observateurs, les diplômés des pretigieuses écoles, les financiers. C est l'heure des comptes, mais avouez c'est un peu tardif pour prendre des dispositions ... je pensais très sincèrement ...

à écrit le 18/12/2012 à 21:29
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Les négociations sur le marché de l'emploi ressemblent aux négociations des hypermarchés pour leurs achats. Ici achat de personnel. Un vrai marathon pour les syndicats en position de fournisseurs. Le gouvernement a déjà institué les marges arrières a...

à écrit le 18/12/2012 à 21:27
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un point pour commencer : si vous faites un cadeau répété à un salarié, cela devient un avantage acquis (un peu comme si une fois adulte, vous seriez en droit d'exiger que le Père Noel continue de passer chaque année !! Une libéralité volontaire devi...

le 18/12/2012 à 21:49
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Les pdg sont des salariés comme les autres suivant votre point de vue. Leurs stock options et autres avantages financiers sont devenus incontournables. Essayez de les retirer! Même quand les résultats de leurs sociétés sont en berne.

le 18/12/2012 à 22:25
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augmenter les salaires, vous éviterez de donner des primes comme vous serez pas dégouté !!!!

le 18/12/2012 à 22:53
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ben non : que dalle ! c'est tout ce que vous en avez gagner ! A trop vouloir on perd tout .. c'est comme pour les embauches : faites-les vous-même !!!

le 19/12/2012 à 7:44
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conseiller bancaire nous venons de percevoir nos bonus nous ne demandons pas a les integrer a nos salaires un conseiller rapportant annuel a sa banque 15000000 euros percois 5% de bonus soit 75000 euros

le 19/12/2012 à 10:45
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A en lire certains l'on pourrait penser qu'elle a raison la Parisot, retournons à l'esclavage et il n'y aura plus de problème de salaires ou de contrats...!

le 19/12/2012 à 11:49
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à présent , c'est le chantage....on baisse les salaires, sinon obligés de fermer la porte, et délocaliser, on va finir par travailler pour une poignées de cacahuètes!, et ça a déjà commencer...sous prétexte que c'est "la crise", laissez moi sourire g...

à écrit le 18/12/2012 à 19:31
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la pauvre petite ouvriere du medef : extrait sur internet Elle est la patronne des patrons, mais pas seulement. Laurence Parisot est aussi vice-présidente et actionnaire à 75% de l'institut de sondages Ifop. Selon Le Monde Magazine, qui lui consacr...

le 19/12/2012 à 11:52
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+ 100000000000........!

à écrit le 18/12/2012 à 18:36
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La mutuelle payée par l'entreprise c'est un coût minimum de 1000 ? par an par salarié. Dans ma société de 5 personnes, c'est un coût de 5000 ?. En contrepartie Mme Parisot n'a rien prévu pour moi. Je donne 5000 ? par an sans contrepartie ? Cette négo...

le 18/12/2012 à 19:00
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tout à fait d'accord. J'ai 8 salariés. Pourquoi leur imposer une mutuelle ? les 3/4 ont des conjoints qui sont dans des grands groupes et bénéficient de leur mutuelle obligatoire. Ainsi, pour un couple de salariés, chacun d'entre eux cotiserait à une...

le 19/12/2012 à 10:41
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Une piste : la mutuelle devrait être une obligation pour l'employeur, mais seulement une faculté pour le salarié qui pourrait la refuser. S'il l'accepte, le salarié paye une part de la cotisation. A titre d'exemple, si l'un des conjoints travaille da...

le 19/12/2012 à 11:16
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Les mutuelles poussent comme des champignons ! Pourquoi ??? La sécu est déjà une escroquerie Et les mutuelles encore plus .Mias être maso n'est pas interdit !

le 19/12/2012 à 11:28
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ok, piste interessante que l'on peux creuser. mais pourquoi le 1er employeur paierait 100% pour une personne (le conjoint) qui ne fait pas partie de ses effectifs ? et pourquoi le second employeur ne paierait pas ? Bref là encore c'est une injustice ...

le 19/12/2012 à 11:54
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@ Momo +10 000000

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