Un an après, les « Pigeons » volent encore

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Il y a un an, la révolte des « pigeons », lancée par un texte publié sur latribune.fr, a fait reculer le gouvernement sur la taxation des plus-values de cession d'entreprise. Elle est devenue un symbole de la mobilisation des entrepreneurs contre les excès de taxes et de réalimentations. La grande réconciliation a commencé entre la gauche et l'entreprise, mais l'action de François Hollande suscite encore beaucoup de scepticisme. Notre dossier spécial anniversaire

Autruches, poussins, plumés... Depuis un an, ces drôles d'oiseaux venus du monde entrepreneurial ont ouvert leur bec pour dénoncer respectivement la complexité administrative, le projet de réforme du statut d'autoentrepreneur et les contrôles fiscaux « punitifs ». Une envolée de critiques à l'adresse du gouvernement inspirées, sur la forme comme sur le fond, par le mouvement des « pigeons ».

Jean-David Chamboredon, le patron du fonds d'investissement Isai, ne s'attendait pas à faire tant d'émules quand il a pris sa plume pour dénoncer les effets pervers d'un article du projet de loi de finances 2013, jugé « anti-start-up ». Dès sa publication sur le site de La Tribune, le 28 septembre, son argumentaire expliquant que le financement de l'économie numérique est menacé fait sensation parmi les entrepreneurs.

En moins de 24 heures, la page Facebook a été « likée » par 4 000 personnes

Fabien Cohen, le jeune PDG de Whoozer, et Carlos Diaz, PDG de Kwarter, qui a quitté Limoges pour la Californie, réagissent les premiers en créant une page sur Facebook appelant à la mobilisation contre cette mesure fiscale, assortie d'une photo de pigeon.

En moins de 24 heures, la page est « likée » par 4 000 personnes, et les appels à rejoindre la cause envahissent Twitter. Le lundi suivant, la cause compte 10 000 soutiens. Aussi massive que fulgurante, cette mobilisation interpelle l'ensemble des médias, qui commentent l'émergence d'une nouvelle forme de contestation, basée sur les nouvelles technologies et sur les réseaux sociaux en particulier.

À ce moment, aucun analyste n'y voit les prémices de la révolution culturelle entrepreneuriale qui va éclore en France. Le gouvernement fait la sourde oreille. Les organisations patronales elles-mêmes se font discrètes.

« Le Medef ne s'est jamais intéressé à la problématique de la fiscalité de l'entreprise, et la CGPME ne traitait cette question que sous l'angle de la retraite du chef d'entreprise, analyse Jean-David Chamboredon. Les entrepreneurs qui ont spontanément rejoint les "pigeons" ne se reconnaissaient pas dans ces organisations patronales. »

Les « pigeons » ont été entendus, mais ils refusent de clamer victoire

Toutes deux tenteront en vain de récupérer le mouvement quelques semaines plus tard, quand Fleur Pellerin, la ministre des PME, de l'Innovation et de l'Économie numérique, décide d'ouvrir le dialogue pour calmer le tollé provoqué par un « malentendu ».

Pour préserver leur indépendance, les « pigeons » écartent du mouvement les volatiles en colère voulant faire le jeu de l'opposition politique. Identifié comme un entrepreneur de gauche, Olivier Mathiot, cofondateur du site Price-Minister, devient le porte-parole du mouvement. À l'issue d'une série de rencontres entre le gouvernement et des représentants du monde entrepreneurial, l'article 6 de la loi de finances 2013, qui visait à aligner la fiscalité des plus-values de cession sur celle du travail, va être corrigé dans le projet de loi de finances 2014.

Les « pigeons » ont été entendus, mais ils refusent de clamer victoire. Les freins qui pénalisent le développement de leurs entreprises sont encore nombreux, et ils militent pour que le débat soit étendu. Fleur Pellerin décrète alors la tenue d'Assises de l'entrepreneuriat, pour réunir autour d'une même table les entrepreneurs, les conseillers politiques et les hauts fonctionnaires. Trois mois de réflexions conjointes ont abouti à 44 propositions de réforme, dont une grande partie sera reprise par le président de la République.

Un début de réconciliation avec le gouvernement ?

Outre l'amendement sur les plus values, François Hollande a annoncé le 29 avril la création d'un visa entrepreneur, l'abolition de l'indicateur 040 à la Banque de France, qui valait marquage au fer rouge pour les entrepreneurs ayant fait faillite, la suppression de l'obligation de publier les comptes d'une PME, ou encore la création d'un fonds pour l'innovation sociale et la mise en place d'un PEA-PME.

Ce jour-là, les entrepreneurs sont repartis à l'assaut des réseaux sociaux, pour exprimer cette fois une vague d'optimisme. Début de réconciliation avec le gouvernement ? Cinq mois plus tard, le scepticisme est toujours présent au sein du pigeonnier, prêt à se mobiliser si François Hollande, qui s'affiche comme « président des entreprises », ne tient pas cette promesse.


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Commentaires
a écrit le 27/09/2013 à 19:04 :
Soyons justes, il ne faut pas attendre de reconnaissance des vautours. Les pigeons comme les rapaces ne seront jamais satisfaits. L'entrepreneur français est accro à l'assistanat. Les pigeons n'ont même pas commencé à gagner leur premier euro qu'ils réclament déjà des faveurs pour quand ils vendront leur entreprise (millionnaire évidemment !).
a écrit le 27/09/2013 à 14:57 :
Les "pigeons" se sont avérés être de parfaits roublards qui ont pigeonnés nos pauvres élus socialistes ... au grand bonheur des non moins roublards Parlementaires de l'UMP UDI Nouveau Centre déguisés avec leurs faux nez
a écrit le 27/09/2013 à 14:19 :
L'Alsace ? Cette petite région fort agréable où des privilèges de l'ancienne Allemagne règnent encore (taux des livrets, fiscalité de l'épargne, droits sur les faillites d'entreprises etc...)
a écrit le 27/09/2013 à 14:04 :
En augmentant discrètement les cotisations sociales sur les PEA déjà ouverts, la France vient de démontrer une nouvelle fois qu'il n'est pas raisonnable de lui faire confiance à long terme: à chaque fois le contribuable est attiré dans une niche fiscale et une fois qu'il y est les conditions changent. Qui peut avoir confiance dans un tel pays?
a écrit le 27/09/2013 à 13:05 :
Madame la journaliste,
Faites SVP un article sur l'assurance maladie des frontaliers! Car ils vont être les DINDONS! ...de la farce. Details sur www.lalsace.fr
Cordialement

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