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Nous sommes tous des « #GEONPI » !

Photo de Laurent Lequien

Philippe Mabille

Publié le 27 septembre 2013 à 05:39 - Mis à jour le 27 septembre 2013 à 12:52

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Pourquoi s'intéresser au mouvement des « pigeons » un an après? Ces entrepreneurs n'ont-ils pas obtenu gain de cause, et même au-delà de leurs espérances, sur la taxation des plus-values ?

Ce qu'une loi a fait, une autre peut le défaire. Bien sûr, la retraite fiscale du gouvernement n'est pas complète. Le principe, contestable parce qu'il ne s'agit pas de revenus de même nature, de l'alignement de la fiscalité du capital sur celle du travail est maintenu, mais, pour une catégorie particulière de cessions de titres, la mesure est assortie d'une batterie d'abattements qui réduisent la facture à un niveau désormais jugé « raisonnable » par les intéressés eux-mêmes.

Ayant remporté cette victoire, les « pigeons » n'auraient-ils plus qu'à aller voleter ailleurs, pour s'occuper du développement de leurs entreprises? Eh bien, non! Devenu en quelque sorte un symbole, celui de la révolte de la société civile face aux excès fiscaux de l'État, le mouvement a gagné une légitimité en s'armant comme un interlocuteur des pouvoirs publics. Et trouvé de nouveaux combats. C'est un contre-pouvoir qui veut jouer un rôle constructif pour trouver dans le dialogue les voies et moyens d'une France tournée vers l'avenir, l'innovation et la création des entreprises et des emplois de demain.

Associés aux Assises de l'entrepreneuriat, ils n'ont pas seulement mené une lutte fiscale. Ils font la pédagogie d'une « autre économie », fondée sur le risque et le capital, très différente de l'économie d'endettement à l'origine des excès qui ont provoqué la crise actuelle. Ils tentent de faire comprendre que quand un investisseur-capitaliste décide de mettre son propre argent pour longtemps dans un projet nouveau et incertain, qui par construction ne sera peut-être bénéficiaire que dans plusieurs années, sinon jamais, ce n'est pas de même nature que d'être actionnaire d'une entreprise déjà mature.

Cette nouvelle économie repose en France sur un écosystème fragile, avec des circuits de financement spécifiques, comme celui des business angels. Le paradoxe veut que cet écosystème dépende d'aides et de subventions de l'État. Car, il faut bien le dire, beaucoup de ces nouvelles entreprises ne pourraient pas se développer si l'État n'avait pas multiplié ces dernières années les niches fiscales. Crédit d'impôt recherche (6 milliards d'euros, dont les PME ne reçoivent cependant qu'une part infime), doublé d'un crédit d'impôt innovation nouvellement créé, abattements divers, statut de jeune entreprise innovante : sans tous ces « pansements », l'économie de l'innovation aurait bien du mal à décoller.

Mais, avant de s'interroger sur le caractère excessif de ces aides, s'est-on demandé pourquoi les gouvernements les ont mises en place et maintenues quelle que soit la majorité au pouvoir? La réponse a été donnée par François Hollande lui-même lors de sa dernière intervention télévisée. C'est parce qu'à un certain moment les impôts, « c'est beaucoup, donc ça devient trop » (sic). C'est bien parce que la sphère publique prélève trop que l'État est obligé de redonner d'une main ce qu'il prend de l'autre. Ce système atteint, on le voit, le paroxysme de son absurdité avec le budget pour 2014. De partout en France remonte le sentiment que l'excès d'impôts et de charges est en train d'étouffer l'économie. Le malaise que l'on ressent au sein du gouvernement et même de la gauche à propos du ras-le-bol fiscal énoncé par le ministre de l'Économie lui-même (de retour de ses vacances au Pays Basque, dit-on!) est un symptôme qui ne trompe pas. Jamais, depuis la création de l'impôt sur le revenu en 1914 ou de la TVA en 1954, on n'avait vu une telle agitation autour d'une loi de finances. Les «pigeons»ont donné le signal du tournant à l'automne 2013. Un an plus tard, c'est la France tout entière qui semble avoir épousé les thèses de ces volatiles. Serions-nous tous devenus des « pigeons »?

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Le Danger, qui serait une dérive du mouvement des « pigeons », est celui de la naissance d'une sorte de Tea Party à la française, avec la multiplication de revendications catégorielles pour que tel ou tel groupe d'intérêt obtienne qui son crédit d'impôt, qui sa subvention ou sa décote. Avec à chaque fois des arguments sans doute valables, mais qui perdent de vue l'essentiel, celui de la nécessité d'une contribution de tous aux charges publiques. Par ses contradictions et ses zigzags de communication, naviguant entre « pause » et « hypocrisie » fiscale, François Hollande porte une lourde responsabilité dans ce fiasco budgétaire. C'est à lui, qui se pique d'être le fiscaliste en chef, d'agir pour refaire de la fiscalité française un système où l'impôt est considéré comme juste, donc accepté, et efficace pour le dynamisme de l'économie. Le reste n'est que littérature.

Philippe Mabille

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