Dépenses publiques : le pari suédois

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Manuel Valls estime pouvoir réduire le déficit tout en baissant les prélèvements obligatoires, en 2015
Manuel Valls estime pouvoir réduire le déficit tout en baissant les prélèvements obligatoires, en 2015 (Crédits : reuters.com)
Le gel annoncé des dépenses publiques pour les trois années à venir ne sera pas atteint facilement. Il correspond à la politique menée en Suède au milieu des années 90

 L'expérience suédoise de baisse du déficit public, via celle des dépenses commence à dater (elle a débuté en 1994). Cela ne l'empêche pas d'être toujours prise en référence. Ainsi, les trois économistes auteurs de « Changer de modèle de nouvelles idées pour une nouvelle croissance », qui vient de paraître (éditions Odile Jacob) la mettent ils une fois de plus en avant, jugeant exemplaire la baisse de 15 points du ratio dépenses publiques/ PIB en Suède.

Rien à voir, apparemment, avec le programme de stabilité du gouvernement Valls, pour les trois années à venir,  rendu public aujourd'hui. Beaucoup plus timide, il table seulement sur une quasi stabilisation de la dépense publique sur la période 2015-2017 (+0,1% l'an). Les 50 milliards d'euros d'économies sur trois ans, toujours cités par le gouvernement sont calculés par rapport à la tendance spontanée de la dépense. En réalité, ils permettent seulement de stabiliser celle-ci.

 En Suède, une baisse de 15 points des dépenses publiques

Rien à voir… sauf que, à y regarder de plus près, c'est exactement ce qu'a fait la Suède au cours des années 90. Si les dépenses ont reflué de quelque 15 points de PIB, passant de près de 70% du PIB en 1993 à 55% en 2000, cela ne signifie pas que les milliards de couronnes suédoises distribués par les administrations ont baissé d'autant. Cela ne signifie pas non plus que des coupes claires ont été pratiquées dans l'emploi public suédois, comme le veut un mythe tenace : le nombre de fonctionnaires a certes été fortement réduit, mais pas celui des agents payés par les administrations : ils ont simplement changé de statut, perdant celui de la fonction publique pour un contrat de travail plus proche du privé, au sein d'Agences d'Etat.

C'est surtout parce que la Suède a retrouvé une croissance forte dès le milieu des années 90, que le poids de la dépense y a apparemment reflué : le PIB a plus augmenté que les dépenses n'ont baissé. En réalité, les suédois ont alors gelé en volume (c'est-à-dire, une fois la hausse des prix défalquée) leurs crédits publics… comme veut le faire Manuel Valls.

De quoi réussir, selon les prévisions gouvernementales publiées ce mercredi, à baisser le déficit public tout en réduisant les impôts. Et tout en préservant notre modèle social. La quadrature du cercle…

 Baisse de 0,3% de la dépense en 2015: une marche difficile à franchir

Ce gel la dépense paraîtra peu ambitieux aux yeux des fervents partisans d'une baisse franche et massive des crédits publics… qu'aucun pays n'a en réalité jamais pratiqué (quand le ratio dépense/PIB a franchement reculé, c'est toujours grâce à une hausse du PIB).

Ce gel représente pourtant une rupture par rapport aux tendances des dernières années. La pente naturelle de la dépense publique, c'était +2% par an -toujours en volume- jusqu'à la fin des années 2000. Les gouvernements Fillon et Ayrault ont ramené cette hausse à un peu plus de 1% l'an. La prochaine marche, vers la  croissance zéro des crédits,  sera, évidemment, encore plus difficile à franchir. D'autant que, pour 2015, le gouvernement prévoit carrément une baisse de 0,3% de la dépense publique, qui serait compensée par un léger rebond ensuite.

Des réformes de structure qui se font attendre

Cela sera d'autant plus difficile à atteindre que les réformes de structure se font attendre. A ce stade, les 50 milliards d'euros d'économies sur trois ans ne sont que très peu détaillés. Dans le rapport sur le programme de stabilité, il est question de 18 milliards d'euros d'économies pour l'Etat « grâce à un effort structurel d'optimisation de ses interventions, des gains d'efficacité (systèmes informatiques, achats…) et en réduisant son train de vie ».

Quant aux dépenses de des collectivités locales, rien ne dit qu'elles seront maîtrisées. Certes, l'Etat réduit les dotations qu'il leur alloue habituellement. Mais les collectivités peuvent augmenter les impôts locaux pour faire face à cette baisse de leurs ressources, et donc ne pas diminuer leurs dépenses d'autant. C'est du reste ce que certaines associations d'élus prévoient déjà. « L'effort » de 11 milliards attendus par le gouvernement de la part des collectivités risque donc de ne pas être à la hauteur.

Beaucoup de si...

 Autant dire que, s'il est programmé, le gel de la dépense, « à la suédoise » n'est pas acquis, loin de là. Si le gouvernement Valls  parvient à réaliser le montant d'économies annoncé, si la croissance est conforme aux prévisions, et à condition que Bercy ne surestime pas l'évolution spontanée des recettes fiscales, alors, le déficit public pourra retomber à 3% du PIB en 2015 (contre 3,8% en 2014). Cela fait beaucoup de si….

 

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a écrit le 24/04/2014 à 16:24 :
Les "nouveaux économistes" qui sont en réalité des vieux économistes regardent la vie avec un rétroviseur. Ils ne peuvent s'en empêcher car telle est leur formation : celle de l'histoire de l'économie avec ses vieilles références personnalisées. On ne doute pas que leurs professeurs aient souhaité une moment qu'ils deviennent un jour de vrais économistes mais eux-mêmes n'ont que ces références pour exister. Amusant mais dramatique lorsque l'on pense que ce sont ces gens qui décident pour les populations. Comment comparer la Suède des années 90 en pleine construction subventionnée de l'Europe et la France de la crise d'aujourd'hui ? Comment comparer un territoire de 550 000 km2 avec un plus réduit ? Comment comparer une "flexi-sécurité" de l'emploi à la danoise, pays riche en pétrole avec 70% (!) de fonctionnaires avec notre système ? On peut toujours comparer des poires et des oranges mais est-ce bien utile ? Les suédois ne sont pas dans la zone euro par un mystère dont il conviendrait de se poser la question avant toute comparaison oiseuse.
a écrit le 24/04/2014 à 9:59 :
Un pays à réalisé une réelle baisse de ses dépenses publiques le Canada en 1993-1995.
Réponse de le 24/04/2014 à 17:00 :
En dévaluant leur monnaie et en utilisant l'arme monétaire.
a écrit le 24/04/2014 à 8:33 :
les suédois comme les anglais ont gardé leur monnaie, par ailleurs les syndicats sont forts mais pas obtus quand il s'agit de réformer
a écrit le 24/04/2014 à 7:43 :
Aider les entreprises, oui, mais l'état devrait conditionner les différentes aides par rapport aux distributions des bénéfices aux associés, aux actionnaires.
Je m'explique, les aides sous quelques formes que se soit ont pour objectif de développer l'emploi, d'améliorer les marges des entreprises basées en France et donc leur permettre de se développer. Conditionner ces différentes aides par rapport aux distributions consisteraient à les réduire du même montant que les sommes distribuées, en effet on ne peut pas d'un coté demander à l'état des avantages fiscaux et sociaux pour s'en servir à rémunérer l'actionnaire.
Réponse de le 24/04/2014 à 16:48 :
Si les aides de l'état vont à une augmentation des dividendes versés alors ce sera une fois de plus voué à l'échec. Les entreprises doivent avoir des comptes à rendre, c'est normal.
a écrit le 23/04/2014 à 23:26 :
Et surtout pour relancer leur croissance et leurs exportations les Suédois avaient une arme que nous n'avons plus: La dévaluation. En fait aucun pays n'a réussi à faire baisser son déficit et sa dépense publique sans avoir recours à la dévaluation de sa monnaie.
Alors ceux qui réclament à cor et à cri plus que les 50 milliards d'Euro de baisse de la dépense publique en 3 ans (80 M€ pour l'UDI, 130M€ pour l'UMP) s'il ne sont pas irresponsable, ils évitent de dire aux français que cela se traduirait par une baisse drastique des prestations sociales et des retraites. Mais bien sur cela n'est pas facile à assumer pour l'opposition.
a écrit le 23/04/2014 à 20:07 :
Au milieu des années 90, il était plus facile de réformer qu'en plein milieu d'une récession mondiale et avec des effets de la folie financière dont on a encore rien vu ...

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