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ÉconomieFrance

1914-1918 : après la guerre, reconstruire et faire table rase du passé dans les départements occupés.

Photo de Fabien Piliu

Fabien Piliu

Publié le 23 octobre 2016 à 07:51 - Mis à jour le 23 octobre 2016 à 07:52

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1914-1918 (1/4) Pendant la Première Guerre mondiale, dix départements français du nord et de l’est de la France ont été partiellement ou totalement occupés par les troupes allemandes. La Tribune revient sur cet épisode plutôt méconnu de l’histoire contemporaine, sur cette germanisation économique et sur ses conséquences pour une partie de la population française.

Cet article et l'ensemble de la série sur la première guerre mondiale a été publiée en novembre 2014.

L'armistice signé, la France retrouve son intégrité territoriale. Outre l'Alsace et d'une partie de la Lorraine, la Moselle, soustraits au Reich allemand qui les occupait depuis 1870, elle reprend possession des dix départements occupés pendant le conflit, à savoir les Ardennes entièrement occupé par les troupes des Guillaume II, le Nord dont 70% environ de la surface avait été envahie, l'Aisne (55%), la Meuse (30%), le Pas-de-Calais (25%), la Meurthe-et-Moselle (25%), la Somme (16%), la Marne (12%), l'Oise (10%) et les Vosges (4,8%).

Les zones situées sur la ligne de front sont dévastées. Derrière les lignes, côté allemand, les villes et les villages sont meurtris par les pillages, les réquisitions et le démantèlement des industries. Dans les dix départements occupés, 11.000 édifices publics (mairies, écoles, églises...), 350.000 maisons, 2,5 millions d'hectares de terrains agricoles doivent être remis en état. Il faut également reconstruire 596.000 hectares de terrains bâtis, 62.000 kilomètres de routes, 1.858 kilomètres de canaux et plus de 5.000 kilomètres de chemins de fer.

Des zones dévastées

" Dans la France du nord, c'est un cataclysme qui a tout renversé ; on ne déplore pas seulement la dévastation des forêts, des usines, des maisons, volontairement accomplie par l'ennemi ; il faut encore revoir par la pensée cette zone, longue de 500 kilomètres, large de 10 à 25 qui suit le front de la bataille et que le manque de culture, joint à la destruction de la bonne terre, a transformé en désert, en une steppe sauvage, en un champ d'éruptions (...). Partout où le cyclone a passé, il faut restaurer les bâtiments agricoles, renouveler le matériel des fermes, refaire parfois la fertilité du sol, reconstruire et rééquiper les usines, en un mot, récréer toute la vie économique ", décrivait le géographe Albert Demangeon  en 1920 dans " Le déclin de l'Europe " cité par l'historien Philippe Nivet*. Dans l'Aisne, seules six communes sont intactes. Dans les Ardennes, en Meurthe-et-Moselle, dans l'Oise, la Somme et les Vosges, il n'y en a aucune ...

Selon les estimations de l'économiste Alfred Sauvy, le coût des biens perdus et de leur remise en état se serait élevé à 34 milliards de francs-or auxquels s'ajoutent 21 milliards liées à l'usure du patrimoine, les créances sur l'étranger et la réduction du stock d'or. " Il faut savoir que 55 milliards représentent environ quinze mois de revenu national de 1913. Si l'on estime à cinq milliards les investissements annuels d'avant-guerre, c'est cet enrichissement pendant onze ans qui a été perdu ", évaluait l'économiste.

Comment rapatrier les biens pillés ?

Dès la signature de l'Armistice, la question du rapatriement des biens français se pose. Il faut relancer la machine économique pour répondre aux besoins de la population mais également fournir du travail aux troupes retournées dans la vie civile. Très vite, les élus demandent la création d'une administration en charge de la récupération des biens volés par l'armée du Reich. Louis Loucheur, le ministre de la Reconstitution industrielle dans le gouvernement Clémenceau - un intitulé qui ressemble curieusement à celui du ministère du Redressement productif confié à Arnaud Montebourg - organise leur retour en s'appuyant sur deux services locaux de récupération et un service central " chargé de recueillir toutes les déclarations, plaintes, réclamations des sinistrés relatives au matériel qui leur avait été enlevé ".

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Le rapatriement ne se fait pas en un claquement de doigts. Dans un premier temps, le matériel qui avait été transporté à l'abri en France est rendu aux anciens occupés. " Plusieurs milliers de tonnes d'outillage sont restituées à leur propriétaire ou prêtées à d'autres industriels pour leur permettre de redémarrer leur activité plus rapidement ", précise Philippe Nivet.

Un rapatriement progressif

Mais en raison des difficultés d'acheminement, liées aux destructions des réseaux ferrés, le retour des biens déplacés en Allemagne et dans une plus faible mesure en Belgique et au Luxembourg se fait au compte-gouttes. Selon les calculs de Louis Loucheur, 40.000 wagons étaient nécessaires pour effectuer ce rapatriement. " Entre mai et août 1919, 55.638 tonnes de matériel rentrent en France ainsi que 95 locomotives, 48 wagons vides, 7 péniches et une drague à vapeur. A cette même date, 15.370 tonnes de matériel industriel sont en cours de démontage en Allemagne et, pour 20.000 tonnes supplémentaires, on attendait l'avis des industriels français avant de les envoyer en France ", explique l'historien.

L'industrie n'est pas la seule à vouloir retrouver ses biens. Les monuments historiques partent à la recherche de leur patrimoine mobilier éparpillés dans le meilleur des cas dans les musées allemands, donc facilement retrouvables et dans le pire des cas, chez les particuliers. De leur côté, les communes situées dans les territoires occupés tentent de récupérer les cloches de leurs églises.

L'activité repart en quelques années

Soucieux de tourner la page du conflit, les industriels mettront les bouchées doubles pour refaire tourner les usines. En 1921, sur les 1.105 machines à vapeur en activité en 1914 dans 764 usines et développant une puissance de 46.200 kW, 540 fonctionnent à nouveau dans 294 établissements mais leur puissance est portée à 47.238 kW. En avril 1922, la reprise industrielle s'intensifie puisque 34.513 ouvriers sont employés dans les établissements sinistrés, soit 60% du personnel d'avant-guerre. Au 1er janvier 1924, 1.324 établissements industriels sont reconstitués sur 1.623 dossiers d'usines sinistrées, soit 82% d'entre elles.

L'agriculture, partagée entre le devoir de mémoire et les impératifs économiques

Le secteur agricole doit également se relever après plus de quatre années de conflit. " Dès janvier 1917, le gouvernement s'est préoccupé du statut à appliquer aux espaces agricoles où l'exploitation semblait ne pouvoir être reprise en raison de la destruction complète des sols ", précise Philippe Nivet, rappelant que sur une étroite bande de terrain qui s'étirait des Flandres aux Vosges, la remise en culture paraissait impossible en raison du bouleversement des sols, de leur pollution et de la destruction totale de la couche arable.

Initialement, le gouvernement désire racheter ces terres aux agriculteurs pour les reboiser, donnant ainsi naissance à " une forêt sacrée sur ce qui fut le tombeau de centaines de milliers de défenseurs du sol national ", comme l'exprimera l'économiste Edmond Michel dans son ouvrage " Les dommages de la guerre de la France et leur réparation " paru en 1932.

Mais c'était sans compter sur la volonté des exploitants de remettre leurs terres en culture, et notamment la « zone rouge » du front.  Résultat, dans la Somme, la zone rouge initialement fixée à 28.000 hectares est réduite à 4.000 hectares au 1er avril 1922. Finalement, seuls 16 hectares seront reboisés. Dans le Pas-de-Calais, la surface de la zone rouge passera de 26.440 à moins de 500 hectares. Dans les Ardennes, « à peu de choses près, tout le territoire est remis en culture », précise Philippe Nivet.

L'Allemagne a-t-elle payée ?

Selon l'article 231 du Traité de Versailles signé le 28 juin 1919, l'Allemagne est déclarée "responsable, pour les avoir causés, de tous les dommages subis par les gouvernements alliés, par suite de la guerre qui leur avait été imposée par son agression". En 1920, la France se voit attribuer 52% du montant des réparations fixé à 132 milliards de marks-or lors de la Conférence de Londres en 1921 quand la France estimait à 226 milliards de marks-or les dégâts subis par les Alliés.

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En 1923, la crise de la dette allemande financière et l'hyperflation qu'elle a provoqué un an plus tôt  oblige l'Allemagne à cesser de payer les réparations. En 1929, le plan Young abaisse le montant des réparations à 38 milliards de reichsmarks payables en 59 annuités, soit jusqu'en 1988. Une somme abaissée à 3 milliards de marks lors de la conférence de Lausanne en 1932, un avant qu'Adolf Hitler interrompt le paiement des réparations. Au total, seuls 22,8 milliards ont été versés sur les 132 milliards prévus. La France n'a reçu que 9,5 milliards de marks sur les 68 milliards prévus.

Cet article a déjà été publié en novembre 2014.

Fabien Piliu

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