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ÉconomieFrance

Hollande, le bilan morose d'un mi-mandat

Jean-Christophe Chanut et Fabien Piliu

Publié le 07 novembre 2014 à 06:29 - Mis à jour le 07 novembre 2014 à 06:29

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Ce jeudi soir sur TF1, le président de la République va devoir s'expliquer sur l'absence de résultats de sa politique à mi-mandat. Erreur de diagnostic de sa part sur l'état de la France? Toujours est-il que sa politique de l'offre ne produira pas ses fruits avant de longs mois... Ce qui va retarder la baisse du chômage, première priorité des Français.

Une émission de télé pour marquer la mi-mandat ! Certes, mais pour François Hollande qui sera ce jeudi soir sur TF1, l'opération est hautement risquée, tant le désenchantement est fort dans l'opinion publique. En même temps, le chef de l'État peut se dire qu'avec 12% d'opinions favorables, il n'a plus rien à perdre. Il va lui falloir expliquer les difficultés de la première partie de son mandat et tracer des perspectives pour la seconde. Là, on attend les arguments du président. Surtout dans la deuxième phase de l'émission quand il se retrouvera face à quatre Français « représentatifs » : un senior au chômage, un jeune, un patron de PME et une femme.

L'exercice s'annonce difficile tant la désillusion est forte. Pour tenter de s'en sortir, bien entendu, François Hollande va pouvoir utiliser l'une de ses formules favorites : « rien ne se passe jamais comme prévu ». De fait, le programme du candidat François Hollande de 2012, fidèle à la théorie des cycles économiques, prévoyait un retour de la croissance dès 2013 avec une progression du PIB estimée à... 1,7%, puis ce devait être 2% en 2014 et, mieux encore, près de 2,5% pour les années suivantes. Des taux qui devaient permettre de pratiquer une politique de « redistribution » dans la seconde partie du quinquennat ! Tout cela s'est effondré, le PIB n'a progressé que de 0,3% en 2013, et ne devrait faire guère mieux a priori pour cette année. Et la dernière prévision de 2015 table sur 1%.

Trop confiant ?

Une prévision qui est, pour certains économistes, encore trop optimiste au regard du passage dans le rouge de la plupart des indicateurs macroéconomiques. L'exécutif reproduirait-il la même erreur qu'en mai 2012 en pêchant par optimisme, avant d'avouer sa faute, en janvier 2014 ?

On le saura bientôt. Toujours est-il que l'activité ayant été nulle au premier semestre et parce qu'elle devrait à peine augmenter au second, l'acquis de croissance à la fin de l'année 2014 sera très faible. Ce n'est guère surprenant. L'investissement et le commerce extérieur sont en panne et la consommation des ménages, le dernier moteur encore un peu vaillant de la croissance, hoquète dangereusement. En effet, sur un an, les dépenses des ménages n'ont progressé que de 0,2% au troisième trimestre. Sur la même période, les achats de biens manufacturés n'ont augmenté que de 0,1% entre juillet et septembre et de 0,2% sur un an.

La déflation menace-t-elle ?

Il ne reste plus qu'à espérer que cette panne de la consommation ne soit que la traduction de la peur du chômage des ménages et pas le fruit d'anticipations déflationnistes. Si tel devait être le cas, la situation serait bien plus alarmante. Heureusement, pour l'instant, la déflation ne menace pas encore l'économie française, aucune baisse globale des salaires dans le secteur marchand ou dans la fonction publique n'étant à l'ordre du jour. Les entreprises et le gouvernement n'en sont pas arrivés à cette extrémité pour tenter de redresser la compétitivité-prix de la France.

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Beaucoup de réformes, une communication brouillonne

Non, pour atteindre cet objectif, l'exécutif a choisi depuis 2012 une autre méthode qui, en raison d'une communication brouillonne, ne déchaîne pas l'enthousiasme : réformer le fonctionnement de l'économie française. Dès novembre 2012, le Pacte national pour la croissance, la compétitivité et l'emploi était présenté. Parmi ses 35 mesures figuraient notamment le crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE), la création de Bpifrance, une garantie publique de 500 millions d'euros pour la trésorerie des entreprises ou encore le lancement du choc de simplification, un chantier en pleine montée en puissance sous l'impulsion d'un ministère totalement dédié à cette tâche. Deux mois plus tard, la signature de l'accord national interprofessionnel (ANI) sur la compétitivité et la sécurisation de l'emploi fut également une réforme structurelle. Son objectif ? Introduire une nouvelle dose de flexibilité sur le marché du travail. Quant au Pacte de responsabilité, il s'attaque au coût du travail considéré par le patronat et une partie des économistes comme la principale explication à la perte de compétitivité de l'industrie française

Des effets sur le long terme

Ces réformes, pour la plupart d'ordre structurel, ont-elles portées leurs fruits ? Les statistiques l'attestent : pour l'instant, elles n'ont aucun impact sur l'activité. C'est plutôt normal si l'on considère que ce type de réformes ne produit ses effets que sur le long terme. A condition qu'elles soient pérennes. Ce point est important. En effet, la stabilité du paysage fiscal, règlementaire et normatif est fortement souhaitée par les chefs d'entreprises et les investisseurs étrangers. Les allers-retours, les changements de cap brutaux désorientent, voire affolent les forces vives, surtout lorsque l'environnement conjoncturel est dégradé. C'est la raison pour laquelle le CICE a connu certains retards à l'allumage et que les 41 milliards d'allègements des cotisations promis d'ici 2017 dans le cadre du Pacte de responsabilité n'ont pas déclenché les vivats des chefs d'entreprises et encore moins provoquer des vagues d'embauches massives.

Dans ces conditions, plus question avant plusieurs mois, voire des années, de parvenir à inverser la courbe du chômage. Cette fameuse inversion de la courbe du chômage, c'est l'objectif que s'était très imprudemment fixé le président à la fin 2012. Comment a t-il pu commettre une telle erreur ? Alors qu'il était clair dès cette période que le retour de la croissance n'était pas au coin de la rue. Résultat, la hausse continue du chômage constitue avec le sentiment du « ras le bol fiscal » le principal fardeau que doit supporter François Hollande.

530.000 chômeurs de plus en catégorie "A" depuis mai 2012

Le chômage est la première préoccupation des Français, l'absence de résultat sur ce point explique le désaveu du Président. L'échec est patent malgré toutes les rustines mises en place. Sans elles, les contrats d'avenir notamment, la situation serait encore plus catastrophique, notamment chez les jeunes. Mais c'est quand même du jamais vu. Fin mai 2012, quand François Hollande prend ses fonctions de président de la République, il y avait 2.922.100 demandeurs d'emploi inscrits en catégorie « A » à Pôle emploi. Or, 28 mois plus tard, fin septembre 2014, ils sont maintenant 3.452.500, soit plus de 530.000 de plus. Il n'y a eu que trois mois durant la première partie de ce quinquennat où les données statistiques mensuelles sur le nombre des demandeurs d'emploi ont baissé. C'est accablant. Ça l'est encore plus si l'on se concentre sur les demandeurs d'emploi inscrits en catégorie « A,B et C », c'est-à-dire en tenant compte des chômeurs qui ont exercé une activité partielle. Le nombre des demandeurs d'emploi atteint alors le record de 5.431.500.

Un avenir inquiétant pour le chômage


De triste augure pour la seconde partie du quinquennat. En effet, il faut environ 1,5% de croissance pour commencer à faire baisser le chômage. En deçà de ce taux, la France peine à créer les emplois nécessaires pour absorber les quelque 130.000 arrivants annuels sur le marché du travail. Sans parler des réserves de productivité qui existent dans les entreprises. D'ailleurs, l'Insee et l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) n'entrevoient qu'une très légère baisse du taux de chômage français qui passerait de 9,9% à la fin de l'année à 9,8% à la fin 2015.

La politique de l'offre développée par le président va mettre de longs mois avant de produire des effets sur l'emploi. Il n'est même pas certain que ce soit le cas avant l'échéance de 2017. Ce sera pourtant  l'élément déterminant dans le choix du président de se représenter ou pas. François Hollande l'a dit : sans amélioration significative de l'emploi il renoncera en 2017. Il lui reste 30 mois pour obtenir enfin des résultats. Sinon, il aura tout le loisir d'écrire ses mémoires.

Jean-Christophe Chanut et Fabien Piliu

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