Quand Emmanuel Macron fait table rase de l'épisode Montebourg

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Passation de pouvoir cordiale, le 27 août 2014.
Passation de pouvoir cordiale, le 27 août 2014. (Crédits : reuters.com)
Etape par étape, le ministre de l'Economie met à bas les initiatives de son prédécesseur à Bercy. Après avoir revu et édulcoré le projet de loi pour la croissance, il s'apprête à tailler à la hache dans le plan de reconquête de la Nouvelle France industrielle.

Arnaud Montebourg avait-il tout faux ? Moins de six mois après son éviction du gouvernement, l'empreinte qu'aurait voulu laisser l'ancien ministre de l'Economie et du Redressement productif sur l'économie française s'efface progressivement.

Dans un entretien accordé aux Echos, Emmanuel Macron, son successeur à Bercy, prévoit de détricoter les initiatives d'Arnaud Montebourg. Interrogé sur la pérennité de la Nouvelle France industrielle lancé le 12 septembre 2013, le ministre de l'Economie a été clair. Après un passage en revue des 34 plans industriels, il taillera à la hache !

"Je vais continuer à les passer en revue d'ici à la fin du premier trimestre. En concertation avec les porteurs de projets, je veux les ramener à une dizaine. Je veux des projets cohérents, encore plus tournés vers l'international et laissant toute leur place aux PME. Il n'y aura pas moins de moyens alloués, mais une plus forte concentration des efforts, pour gagner en efficacité ", a déclaré le ministre de l'Economie.

Un plan de reconquête trop ambitieux

Certes, la Nouvelle France industrielle est (était?) un programme très ambitieux. Pour certains, il l'était même un peu trop. Parce qu'il aura fallu plus de dix mois pour boucler la création des sept derniers comités de pilotage, on peut penser que réunir les forces en présence et les inciter à collaborer n'était pas une évidence. On peut même envisager que la création de certains plans n'était peut-être pas justifiée. Il a en effet fallu attendre juillet pour connaître les comités de pilotage des plans dédiés aux services sans contact, aux biotechnologies médicales, aux navires écologiques, aux dirigeables, charges lourdes et drones civils, au recyclage et matériaux verts, aux énergies renouvelables et au nanoélectronique.

Pour mémoire, comme le précisait alors l'Elysée, ce plan de reconquête inquiète fixait des priorités reposant sur trois critères : "Se situer sur un marché de croissance ou présentant des perspectives de croissance forte dans l'économie mondiale ; se fonder essentiellement sur des technologies que la France maîtrise, sur leur diffusion dans l'économie et leur développement, ainsi que sur l'industrialisation d'une offre industrielle nouvelle ; occuper une position forte sur ce marché avec des entreprises leaders, ou disposer d'un écosystème académique, technologique, économique et industriel permettant d'y occuper une place forte."

Quant aux "Objets de la Nouvelle France industrielle" (ONFI), une manifestation largement médiatisée par Arnaud Montebourg et dont l'objectif était de témoigner de la vigueur du "Made in France", elle n'existe plus. La neuvième et dernière édition date du 21 mai. Emmanuel Macron n'a pas repris le flambeau. Ce n'est pas la première fois que le ministre actuel de l'Economie revoie la copie laissée sur son bureau par Arnaud Montebourg.

Quand le projet de loi Montebourg change d'intitulé

Initialement intitulée « projet de loi pour la croissance et le pouvoir d'achat », la dernière initiative de ce dernier n'est plus que le « projet de loi pour la croissance et l'activité », deux termes dont la différence de définition ne saute pas vraiment aux yeux. Dès son arrivée à Bercy, ou presque, Emmanuel Macron s'est empressé de revenir sur les ébauches de promesses faites par l'ex-ministre de l'Economie, notamment celle de rendre 6 milliards d'euros de pouvoir d'achat aux Français en libéralisant et en instaurant plus de concurrence dans le secteur des professions réglementées.

Des calculs qu'Emmanuel Macron a rapidement remis en cause.

"Dire qu'on rendra 6 milliards de pouvoir d'achat aux Français, ce n'est pas vrai, c'est une illusion. On ne va pas résoudre les problèmes des Français en sacrifiant les notaires ou les pharmaciens", a-t-il déclaré le 17 septembre sur l'antenne d'Europe 1, sachant pertinemment que cette promesse était intenable car irréaliste.

Résultat, le texte, plus large que la simple libéralisation des professions réglementées, par le Parlement est beaucoup moins brutal que celui que l'ancien ministre pensait soumettre aux élus de la République. Il sera débattu à partir du 26 janvier par le Parlement.

Instabilité à Bercy

En procédant ainsi, Emmanuel Macron ne se contente pas de jeter aux oubliettes de l'histoire les ambitions d'Arnaud Montebourg. Il s'inscrit dans une tradition bien française de détruire l'œuvre de son prédécesseur. Ce qui est disruptif, pour employer un mot que peu de gens comprennent mais qui est terriblement à la mode, c'est que cette entreprise de démolition est menée par un ministre de la même majorité. C'est assez inédit.

Sachant que la France a connu treize ministres de l'Economie depuis 2000, on peut peut-être trouver là quelques explications aux difficultés supposées des gouvernants à avoir une stratégie de long terme et à la mettre en application pour sortir la France de l'ornière.

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Commentaires
a écrit le 09/01/2015 à 18:10 :
Contrairement à son prédécesseur, Macron est compétent, visionnaire et courageux.
Son travail paiera si François Hollande et Emmanuel Vals lui laissent les coudées franches !
a écrit le 09/01/2015 à 14:30 :
Un de ces repères de tontons des trente glorieuses ce forum, c'est fou!
Réponse de le 09/01/2015 à 14:48 :
Une période ou la France avait 5% de croissance!

Triste époque!
a écrit le 09/01/2015 à 14:11 :
Suivant sondage récent, 56% des français ne croient pas que la loi Macron puisse changer quelque chose à nos problèmes économiques actuels. C'est vrai que c'est un enième sondage dont on peut douter de la pertinence mais comme tous nos gouvernants y croient, envisagent-ils de le prendre en considération?
a écrit le 09/01/2015 à 12:21 :
c'est amusant, distrayant et il faut bien le dire affligeant de voir agir les pieds nicklés Valls Macron Sapin dans l'économie en déclin Sarkozien aggravé
a écrit le 09/01/2015 à 10:23 :
il y avait toujours une tribune tonitruante d'Arnaud Montebourg le vendredi.
J'aimais bien même si le personnage était totalement déconnecté.
Il faisait des promesses mieux que n'importe quel socialiste d'aujourd'hui.
Il avait des gènes mitterrandiens ce ministre. Quand il parlait et qu'il mentait, on le croyait. Du moins, on avait envie de le croire.
Comparez maintenant avec François Hollande un 31 décembre.
Il n'y a pas photo. On zappe au bout de 30 secondes car ce dernier est insupportable et il ment très mal.
Réponse de le 09/01/2015 à 12:01 :
Ah oui Hollande est un mauvais acteur et on voit quand il ment. A moins que ce ne soit du troisième degré... Entendre sa voix fluette exprimer ses petits propos manipulateurs qui en général ne disent rien devient pour moi insupportable. Je tiens 10 secondes et je coupe.
a écrit le 09/01/2015 à 9:46 :
Oh, instabilité gouvernementale!
a écrit le 09/01/2015 à 9:33 :
MONTEBOURG n'était qu'un incapable mais au milieu des autres incapables SAPIN, TOURRAINE, TAUBIRA, FILIPETTI, HAMON...... ( j'en passe et des meilleurs) il se sentait à l'aise pour raconter n'importe quelle anerie et plus c'était gros, plus ça gonflait son égo démesuré
Réponse de le 09/01/2015 à 14:31 :
Comme vous!
a écrit le 09/01/2015 à 8:26 :
Nous le voyons bien, Macron et le gouvernement Valls 2 cassent le lendemain ce que Valls 1 a fait la veille,
les socialistes sont médusés de constater que Valls est un instable, brouillon, approximatif ignorant des réalités, incompétent notoire en économie, incapable de s'entourer de sérieux collaborateurs mais donnant dans l'embauche d'enfants attardés Macron, et de vieilles gardes dépassées comme Sapin, d'avides de pognon Fabius caviar, etc
Valls est in finé le plus grand destructeurs commun de la gauche et le meilleur serviteur de l'UMP UDI.
a écrit le 09/01/2015 à 8:09 :
Réparer les dégâts de 30 ans de socialisme prendra 30 ans. Montebourg fut un pion de passage.... Destructeur comme les autres mais insignifiant...

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