Voilà typiquement le genre de querelle dont la France raffole... Même après la dramatique fusillade dans les locaux de Charlie Hebdo qui a fait 12 victimes.
La question posée est la suivante : Faut-il accepter la présence du Front National à la "marche républicaine silencieuse" organisée demain dimanche 11 janvier à Paris pour "défendre les valeurs de la République face à la barbarie", selon les termes du communiqué officiel ?
Cette manifestation, dans un premier temps, était organisée à l'initiative des partis de gauche, de nombreuses associations humanitaires et de l'ensemble des syndicats. Puis, Le Modem, l'UDI, et surtout, l'UMP ont décidé de se joindre à ce mouvement unitaire.
Entretemps, le président de la République s'était entretenu avec chacun des leaders de ces partis, Nicolas Sarkozy notamment. Il restait donc à savoir quelle attitude adopter face au Front national. Et, bien entendu, comme d'habitude, la ligne de fracture passe au sein du PS.
Le porte-parole du PS Carlos Da Silva explique:
L'ancien ministre François Lamy, chargé pour le PS de l'organisation du rassemblement de dimanche, ajoute:
Et Julien Dray, élu PS de l'Essonne, d'insister :
En revanche, le Premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, s'est montré nettement plus prudent :
A droite, en revanche, on a beaucoup moins d'états d'âme.
Nicolas Sarkozy a convoqué le bureau de l'UMP, jeudi après-midi, pour sonder les esprits. Aucune voix ne s'est fait entendre pour dire « non » à la présence du Front National. Et Alain Juppé déclarait jeudi sur RTL:
François Fillon et Xavier Bertrand, pour leur part, ont déjà fait savoir qu'ils participeront à la marche de dimanche, et ils ne voient, eux non plus, aucune raison d'en exclure « des millions de Français » - comprendre: ceux qui votent FN.
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Et le Front national que dit-il ?
Marine Le Pen, après avoir été reçue par le président de la République ce vendredi 9 janvier, a déclaré « ne pas avoir réussi à obtenir du président de la République la levée claire de l'interdiction pour [son] mouvement, ses élus, ses représentants, que des millions de Français espéraient voir dans les cortèges ».
De toute façon, la présidente du FN ne compte pas se rendre à la marche car, dit-elle, « je ne vais pas où on ne veut pas de moi ». "Je ne suis pas Charlie", a lancé de son côté samedi Jean-Marie Le Pen qui, tout en déplorant "la mort de douze compatriotes" dans l'attentat contre Charlie Hebdo, a dénoncé le rassemblement prévu dimanche "orchestré par les médias", auquel le FN n'a pas été convié.
A l'initiative du mouvement, la Gauche est tombée dans le piège : Marine Le Pen peut se draper dans la posture de la victime exclue du rassemblement national.
Ceci n'a pas échappé à un député socialiste, peut-être plus lucide que les autres... En effet, le député PS des Français établis hors de France, Pouria Amirshahi, explique :
De fait, Marine Le Pen a bien insisté sur le fait que Manuel Valls ne lui avait pas téléphoné pour évoquer la présence du FN Dimanche... alors qu'il avait contacté Nicolas Sarkozy. Elle tenait là son prétexte pour ne pas appeler le Front National à participer à la marche.
En effet, on imagine mal le FN se joindre au mouvement, alors qu'il dénonce la collusion entre le PS et l'UMP depuis des années. Il s'est en outre toujours considéré comme un parti « hors système », refusant les « combinaisons » diverses et variées. Pour preuve, alors que l'émotion atteignait son comble mercredi soir, le Front National, lui, extrêmement vindicatif, réclamait déjà un « débat sur le fondamentalisme islamique » et un « rétablissement de la peine de mort » . Rien donc pour calmer les esprits !
Il n'en reste pas moins que, de toute façon, le droit de manifester est un droit individuel. Rien n'interdit à des sympathisants du Front National de participer à la marche de dimanche. Et ce, d'autant plus qu'ils peuvent se retrouver derrière des banderoles apolitiques qui ne manqueront pas de fleurir tout le long du cortège en mémoire à toutes les victimes.
Finalement, c'est François Hollande qui a le mieux résumé la situation en déclarant :
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« Des forces politiques, des forces syndicales ont appelé à une manifestation, c'est leur responsabilité, mais ce sont les citoyens qui décident. Tous les citoyens peuvent venir à ce type de rassemblements, qui ne font l'objet d' aucun contrôle. »
Même les pires opposants du Président de la République devront reconnaître la véracité de ses propos.
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