Après la motion de censure, un remaniement de printemps ?

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François Hollande va devoir sans doute remanier le gouvernement pour protéger Manuel Valls de sa majorité
François Hollande va devoir sans doute remanier le gouvernement pour protéger Manuel Valls de sa "majorité" (Crédits : © Philippe Wojazer / Reuters)
Manuel Valls a échappé à la motion de censure. Mais il va devoir encore affronter les "frondeurs" de sa majorité avant le congrès du PS en juin. Pour sauver son Premier ministre, François Hollande pourrait être tenter de remanier après les départementales pour calmer les esprits. La motion de censure a recueilli 234 voix, largement en dessous des 289 voix - la majorité absolue des députés - qui auraient été nécessaires pour renverser le gouvernement, a annoncé à la tribune le président de l'Assemblée, Claude Bartolone (PS).

Il n'y avait aucun suspens... Ce jeudi 19 février au soir, la motion de censure déposée par l'UMP et l'UDI n'a pas été votée par une majorité de députés... Même avec le renfort, inouï, des députés du Front de gauche qui ont voté avec la droite. La fameuse loi Macron sera alors considérée comme adoptée par l'Assemblée nationale et le psychodrame aura fait long feu. Sauf que...

La crise au sein du PS risque de s'aggraver

Cet épisode constitue un terrible aveu de faiblesse de la part de Manuel Valls. Il pensait avoir fait rentrer dans le rang une majorité de la quarantaine de députés « frondeurs » du PS. C'est raté et c'est même sans doute l'inverse... La fracture au sein du PS semble s'élargir. Mais comment pourrait-il en être autrement alors que le calendrier électoral s'accélère avec des élections départementales en mars, puis régionales en décembre. Sans parler de l'élection présidentielle, puis les législatives, en 2017, qui se profilent. Plus ces scrutins vont approcher, plus la majorité socialiste va se tendre. Quand les députés rentrent de leurs circonscriptions le lundi, après avoir « fait » les marchés, ils sont atterrés par les propos tenus par les Français : « où sont les résultats sur le chômage ? Pourquoi toutes les factures augmentent ; pourquoi les impôts ont-ils tant progressé ? ».... De nombreux députés commencent à songer que la seule façon, peut-être, de sauver les meubles pour eux et de se désolidariser de la politique menée par le gouvernement... Mais sans aller trop loin quand même pour ne pas provoquer une vraie crise qui pourrait conduire à une dissolution.... Mortelle pour eux dans le climat actuel.

Il y a une forme de hiatus. François Hollande, en 2012, n'avait pas mentionné durant sa campagne sa volonté de suivre une politique de l'offre. Jamais il n'avait dit qu'il accorderait plus de 40 milliards d'allègements de cotisations aux entreprises, via le pacte de responsabilité... Sans parler de l'instauration du Crédit compétitivité emploi (CICE). Certes, François Hollande n'a jamais promis la lune. Il n'avait dans sa besace que très peu de « cadeaux » sociaux. Et, sur ce point, il a tenu parole : revalorisation de l'allocation de rentrée scolaire, départ anticipé à la retraite pour les « carrières longues », etc.

La crise de la parole politique

Le problème n'est pas là. Il est plutôt d'avoir cru et d'avoir fait croire que le retour de la croissance était au coin de la rue. Or, en 2015, le PIB ne devrait croître que d'un petit 1%... Il est également d'avoir imprudemment affirmé l'objectif que l'inversion de la courbe du chômage pourrait intervenir en 2013. Or, depuis l'arrivée de François Hollande à l'Elysée, il y a environ 500.000 demandeurs d'emploi de plus.

Fait aggravant, François Hollande avait annoncé en 2012 que son quinquennat serait divisé en deux parties : une première, consacrée à la reconstruction et au désendettement et une seconde, davantage portée vers la « distribution ».... Le moins que l'on puisse dire, alors que l'on a dépassé le mi-mandat, est que cette feuille de route n'est absolument pas respectée. Dans ces conditions, la parole politique n'est plus audible ni crédible. Pour le plus grand bonheur du Front National qui fait fructifier son capital sur cette cassure entre les politiques et l'homme de la rue.

Et il n'est pas certain que le spectacle que donne l'Assemblée nationale depuis 48 heures aide à la réconciliation entre les Français et leurs représentants. L'exécutif aurait tort de croire que « l'esprit du 11 janvier » a changé les choses. C'est la plus grande faute de Manuel Valls : avoir imaginé que les frondeurs rentreraient dans le rang au nom de l'unité nationale retrouvée. Et pourquoi aussi avoir présenté un projet de loi « facilitant la croissance et la reprise » aussi large - pas moins de 109 articles ? Plus un texte est copieux, plus le risque est grand d'augmenter le nombre des mécontents. C'est exactement ce qui s'est passé : des notaires aux syndicats en passant par les entreprises d'auto-école.... Chacun avait un motif d'insatisfaction avec cette loi Macron.

D'autres projets de loi à risque se profilent

L'épisode va laisser des traces. D'autant plus que le gouvernement va se heurter dans les mois à venir à d'autres sujets très sensibles. Que va-t-il se passer quand il présentera à l'Assemblée nationale son futur projet loi réformant les institutions représentatives du personnel dans les entreprises ? Avec une volonté de simplifier et de « gommer » les seuils sociaux. C'est peu de dire que ça ne passera pas chez une bonne partie des députés socialistes. Idem avec la volonté du gouvernement de revoir la loi sur l'emploi de juin 2013 afin de faciliter la conclusion d'accords sur « le maintien de l'emploi " qui permettent de diminuer les rémunérations et/ou d'augmenter le temps travail ». Là aussi, ça risque d'être très chaud...

Un remaniement pour éviter un congrès du PS sous pression ?

Et, cerise sur le gâteau, le PS tient en juin son congrès à Poitiers. Et malgré tous les efforts du Premier secrétaire Jean-Christophe Cambadélis pour éviter les règlements de comptes à l'encontre du gouvernement, il n'est pas du tout certain qu 'il y parvienne. Surtout que la très probable « claque » que va se prendre la majorité lors des élections départementales sera présente dans tous les esprits.

La pression sera forte pour que le président décide une inflexion de sa politique pour tenter de sauver les meubles en 2017. Pour contrer cette révolte, François Hollande n'aura alors pas d'autre choix - la dissolution étant exclue - que de remanier une fois encore son gouvernement pour faire entrer quelques « frondeurs ». Du moins les plus « présentables » d'entre eux, c'est-à-dire ceux qui ne sont pas issus de l'aile gauche du PS. En d'autres termes, les amis de Martine Aubry pourraient rejoindre l'équipe gouvernementale. Et ce, soit juste après les élections départementales, soit juste avant le congrès.

François Hollande table sur un autre atout : la division de l'UMP. Certes, le parti de Nicolas Sarkozy surfe actuellement sur les difficultés gouvernementales à faire voter « la petite loi Macron - comme la nomment tous les ténors de l'UMP - et joue l'unité retrouvée face à Manuel Valls. Mais cela ne va sans doute pas durer à l'approche des primaires UMP de 2016... Les couteaux s'aiguisent en coulisses. Nicolas Sarkozy n'aura pas une autoroute dégagée devant lui.

Reste que sans une baisse drastique du chômage, la première préoccupation des Français, la réélection de François Hollande est très loin d'être assurée. Pis pour le président en place, sans résultat sur ce front, il n'est même pas sûr qu'il se représente... C'est lui-même qui l'a dit.

Manuel Valls, lui, attendra patiemment 2022, cultivant son image de « moderniste » face aux « archéos » socialistes. L'épisode de la loi Macron lui donne l'occasion de prendre date et de préparer les esprits à la nécessité d'envisager une recomposition du paysage politique englobant, notamment, l'aile droite du PS et les centristes. Il se voit déjà en leader de cette nouvelle formation à venir... Le Parti socialiste né à Epinay en 1971 est déjà très mal en point. Le psychodrame de la loi Macron pourrait bien annoncer son avis de décès prochain.

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Commentaires
a écrit le 21/02/2015 à 18:30 :
Jeux de chaise musicale!!!
a écrit le 20/02/2015 à 15:41 :
J'éspère qu'on nommera l'économiste PS Karine Berger(les 30 glorieuses sont devant nous) a l'économie.Il nous faut des talents neufs.
a écrit le 20/02/2015 à 10:35 :
la France réconciliée et apaisée, plus forte économiquement grâce à l'inversion de la courbe du chômage fin 2013 et surtout la reprise.
Quelle bonne reprise depuis juillet 2013 !
Il nous faut de la justice sociale pour la France apartheid François.
a écrit le 20/02/2015 à 10:09 :
On va encore changer les cornichons mais ce sera toujours le même vinaigre....
a écrit le 20/02/2015 à 9:25 :
Tout va très bien ! D'un côté on annonce des réformes qui ne ralentiront pas, pour une indispensable modernisation de notre vieux pays si immobilise. De l'autre, on retombe une ou plusieurs décennies en arrière, dans ce jeu politico-parlementaire auquel notre président a exellé comme secrétaire du PS. La preuve, il s'est fait élire, tout ça pour ça !
Mon tiercé de printemps:
Le Drian quitte la défense pour un autre gros ministère
C. Taubira s'en va.
2 ou 3 écologistes, mais pas C. Dufflot, rentrent au gouvernement.
Et,cerise sur le gâteau, le PRG; obtient un ministère régalien.
Et vogue la galère !!!
Réponse de le 20/02/2015 à 15:37 :
Faut bien jeter un os a ronger aux médias!
Réponse de le 20/02/2015 à 21:12 :
Ce serait pourtant si simple de décider que notre pays ne rembourserait pas sa dette et qu'on ne demanderait pas non plus que la Grèce nous rembourse la sienne. Serte l'Europe exploserait, mais vu ce qu'elle est par rapport à ce qu'elle aurait dû être, l'Europe mérite de disparaitre. Par contre il est certain qu'il ne faut pas qu'on en sorte sans la détruire sinon on se condamnerais nous même.
a écrit le 20/02/2015 à 9:17 :
Nous aurons tout vu cette semaine, la débâcle Valls avec le 49-3, la motion de censure, l'affaire DSK, les multiples affaires Sarkozy, l'affaire Tapie-Lagarde.

Les castes politiques françaises sont piteuses.
a écrit le 20/02/2015 à 8:17 :
le premier clown à faire partir c'est cet espagnol incompétent que même son pays ne veut pas.
a écrit le 20/02/2015 à 7:53 :
La droite a été lamentable sur ce dossier. La loi Macron est une loi de droite pourquoi ne pas la soutenir ? Ou est le soucis de l'intérêt national ? Nous sommes restés dans la politique politicienne qui fait s'enfoncer notre pays .... Un seul gagnant ou plutôt gagnante : Marine ....
Réponse de le 20/02/2015 à 8:20 :
bravo vous avez raison vive le FN et en quoi c'est choquant. Ça vous change, vous un bobo de gauche qui en croquez tous les jours.
a écrit le 20/02/2015 à 3:15 :
Vous parlez d'un remaniement, mais a-t-on manié déjà?
On joue à saute-mouton et saute-punaise?
a quand la motion de censue?
a écrit le 20/02/2015 à 2:46 :
is à part la motion, si la loi est passée, pourquoi critique-t-on le régime social libéral à politique d’offre ? Mais quelles baisses d’impôts, de chômage et quels investissements RD ? Quand on gèle les salaires, on tire sur la société, on n’est pas chez les défiscalisés des niches. Quand on dit la Grèce dans l’euro est une erreur, ne fait-on pas des pignolos de palais qui font des erreurs et fabriquent des millions de victimes… Concernant les élections départementales, on trouve : depuis les 11 dernières cantonales, depuis 1979, 22 départements ont voté entre 9 et 11 fois à gauche, ils ont un pib par habitant inférieur à la moyenne nationale à 22864 et un chômage supérieur à 11,30. La moyenne est de 9,94 fin 2014 et pour le pib chiffre 2005 on a 23923 de moyenne. 48 départements ont voté entre 9 et 11 fois à droite, ils ont un pib supérieur à la moyenne nationale à 24899 et un chômage à 9,20, en retirant les hauts de seine, la valeur du pib est de 23847. 37 départements ont voté à gauche 6 fois et plus, ils ont un pib de 22509 et un chômage de 10,95. 69 départements ont voté à droite 6 fois et plus sur 11, ils ont un pib de 24375 et un chômage de 9,48. Sur les départements ayant fait 11 législatures à gauche, 72% ont un pib inférieur à la moyenne contre 62% à droite…
a écrit le 19/02/2015 à 22:22 :
Ca devrait faire ml en mars
J'espère que l'UMP sombrera aussi et que ca imposera un changement de direction
Sinon le FN a toute ces chances

Pour moi se sera ni PS ni UMP ni FN
Réponse de le 19/02/2015 à 22:38 :
Blanco ?
Réponse de le 20/02/2015 à 1:12 :
Oui Blanco les extrêmes c'est pour les déprimés lol
Réponse de le 20/02/2015 à 21:17 :
Dommage le blanc encourage l'UMP et le PS a continuer mieux vaut voter pour n'importe qui sauf les principaux parties avec un peu de chance le PS et l'UMP seront pas au second tour et là on pourrait enfin rire. Regardez qui est le quatrième et essayez plutôt de voter pour lui! Ce sera plus efficace que de ne pas voter ou voter blanc (cf la présidentielle de 2012 combien de vote blanc? Personne ne sait on en parle pas! Et combien de non votant? Beaucoup pourtant un candidat qui ne fait même pas 25% de notre population à le titre de président ! )
a écrit le 19/02/2015 à 21:15 :
M.Aubry a refusé le poste de premier ministre que lui proposait Hollande .Elle était parfaitement consciente des enormes difficultées budgetaires du gouvernement et trés intelligement ne c'est pas mouillée .Elle menage les deux extremes du parti pour jouer sa carte en 2017 .Quand à ses amis politiques ,qu’iraient ils faire dans cette galere ou il vaut mieux rester caché que de montrer son appartenance au gouvernement !Et puis ,un député ne gagne t il pas autant qu'un ministre !
a écrit le 19/02/2015 à 21:10 :
Les brailleries, les vociférations, de Valls sont la manifestation de ses aigreurs ;

Brailler vociférer des discours creux pour exprimer des idées d'une profonde vacuité, c'est vraiment avoir perdu toute conscience de ses errements.

Selon des sources télévisuelles, les décrochages d'audiences se multiplient dès que des politicards s'expriment, en particulier lorsqu'il s'agit des UMP PS UDI
souvent même avant qu'ils ne s'expriment, les téléspectateurs zappent dès l'annonce de leurs intervention par les journalistes..!

Ce devient un problème.
a écrit le 19/02/2015 à 21:02 :
qu'a-t-il fai depuis son arrivée au gouvernement?? 650000 chômeurs sup., dette explosée, déficit record à 4.5%, conséquences de son incompétence en 2014 (suite à son triste passage à l'intérieur) record des agressions physiques et des escroqueries, hausse en 2014 du nombre de tués sur les routes. Personne ne peut dire UN SEUL FAIT POSITIF de ce politicard.
Réponse de le 20/02/2015 à 3:05 :
Comptez vos 85 de déficits, en 5 ans ça fait combien?
a écrit le 19/02/2015 à 21:02 :
Valls et sa créature Macron me collent désormais autant d'allergies que Sarkozy. Hollande ? bof il est insignifiant.
a écrit le 19/02/2015 à 19:58 :
Valls est sorti largement afflaibi et il doit être remplacé, probablement au printemps. Je pense qu'une grande partie des Français ne veulent plus le voir en politique et par plusieurs raisons, mais en France une fois qu'on est dans le cirque de l'État….
a écrit le 19/02/2015 à 19:49 :
Voilà ce qui arrive quand une loi est écrite par des énarques - binoclards- de Bercy!

Lamentable
a écrit le 19/02/2015 à 19:44 :
Macron !

Démission !
a écrit le 19/02/2015 à 19:44 :
Un PS qui a "L'ART DE FAIRE DE SOCIAL AVEC L'ARGENT DES AUTRES".
Il faut éradiquer ce parti à tout prix comme tant d'autres....
a écrit le 19/02/2015 à 19:24 :
dans 1 mois le remaniement , LE VRAI!!! raclée , branlée ,, déconfiture et bien d'autres termes élogieux , et dans 2 ans ADIEU
Réponse de le 19/02/2015 à 21:01 :
Et enfin le retour de l'UMP
Réponse de le 19/02/2015 à 21:15 :
Ne confondez pas cantonnale et législative. !! Une élection locale perdue, même fortement n'oblige aucune démission nationale. Revenez sur terre au lieu de giirouetter
a écrit le 19/02/2015 à 19:13 :
Quel gâchis alors que le pays doit être reforme, il faudra réformer en légiférant par ordonnance le plus tôt sera le mieux
Réponse de le 19/02/2015 à 21:18 :
La reforme ,laquelle ,celle QUI VOUS TOUCHERA !
a écrit le 19/02/2015 à 19:03 :
Peu importe que la motion ne soit pas passée,

Valls-Macron est le symbole de l'échec du PS, ils n'ont pas leur place dans un gouvernement de la France qu'ils ont mené en perdition.

Le printemps pour le remplacer, c'est dès demain 20 février. A quoi bon attendre des échecs de plus ?
Réponse de le 20/02/2015 à 21:22 :
Sarkozy et son bilan plus que calamiteux ont fait 5 ans quand même. Le PS les fera tout pareil.
a écrit le 19/02/2015 à 19:01 :
Comme la soupe est bonne le résultat était connu
Le courage mais pas trop
Les ecolos ont gagné le droit de revenir
Enfin pauvre politique !
Le dégoût de la politique

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