La mobilité des travailleurs dans l'UE reste marginale

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Objectif clé de la stratégie de Lisbonne, la mobilité des travailleurs dans l'UE est faible. Ce constat a fait l'objet de discussions entre acteurs sociaux et représentants des Etats membres, lors d'une conférence organisée par la présidence française de l'UE, les 11 et 12 septembre.

La mobilité "permet la diffusion de savoir-faire et de connaissances entre les entreprises, elle augmente pour les travailleurs leurs capitaux financiers et humains", a souligné le commissaire européen chargé de l'Emploi, des affaires sociales et de l'égalité des chances, Vladimir u0160pidla, à l'ouverture de la rencontre.

Pourtant, seuls 2% des travailleurs européens vivent et exercent une activité dans un autre Etat membre. En outre, malgré l'entrée sur le marché du travail de la génération Erasmus, en 2006, la proportion de citoyens européens planifiant de s'installer dans un autre Etat membre dans les cinq prochaines années est de 3%.

Dans l'UE, l'exemple du Danemark est régulièrement cité en exemple. Modèle de flexicurité, la législation danoise permet de "combiner taux de mobilité élevé et garanties en terme de sécurisation des changements professionnels", indique Sandrine Cazes, chercheuse au Bureau international du travail (BIT). Cette sécurité serait essentielle du fait d'une "mobilité qui peut engendrer incertitude et insécurité: il faut un climat de confiance et un dialogue social constructif afin de protéger les phases de transitions professionnelles."

Mais comment expliquer la faible mobilité des Européens? Pour Robert Anderson, de la Fondation Dublin (Fondation européenne pour l'amélioration des conditions de vie et de travail), "ce sont avant tout les inquiétudes concernant la perte des contacts avec la famille et les amis qui expliquent la faible mobilité des Européens." Selon lui, cette préoccupation viendrait d'ailleurs loin devant "la nécessité d'avoir à apprendre une nouvelle langue."

Ce peu d'empressement des Européens pour la mobilité indique-t-il au fond que celle-ci n'a pas que des avantages? Sans doute pour partie, répond le député européen Jan Cremers (PSE), membre de la commission Emploi et affaires sociales du parlement européen. L'eurodéputé souligne en effet que "la mobilité des travailleurs peut refléter un climat de dumping social, dans un contexte de compétition des régimes sociaux." Il rappelle plus globalement les dissensions européennes sur la question même de "définition du contrat de travail, ce qui participe aux difficultés des mobilités transfrontalières."

La mobilité est l'une des composantes de la notion de flexicurité, cette dernière étant censée être la ligne directrice des réformes des marchés du travail européens. Le 5 décembre 2007, les ministres européens des affaires sociales ont adopté les huit principes communs qui définissent la flexicurité.

Les Européens changent d'emploi tous les huit ans en moyenne. Un chiffre qui cache de nombreuses différences selon les pays, la durée moyenne d'un emploi étant de cinq ans au Danemark contre neuf en Allemagne et en France, ou onze ans au Portugal. Surtout, 23% des Européens conservent le même employeur tout au long de leur vie.

Selon Sandrine Cazes, "l'Europe doit désormais accélérer la portée opérationnelle de la flexicurité, la traduire en politiques réelles." Nadine Morano, secrétaire d'Etat à la Famille, en convient volontiers, en des termes qui restent néanmoins évasifs: "l'Europe doit parler aux travailleurs et la mobilité doit devenir une chance", dit-elle.

Les discussions ministérielles des prochains mois porteront en premier lieu sur la mise en oeuvre concrète des principes de flexicurité, notamment lors des Conseils ESPCO (Emploi, politique sociale, santé et consommateurs) des 2 octobre et 15 décembre prochains.

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