Les pays émergents vent debout contre la Fed

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(Crédits : © 2010 Thomson Reuters)
Du Brésil à la Thaïlande en passant par la Chine... les pays émergents ne cachent pas leur mécontentement après la décision de la Fed d'injecter des liquidités dans l'économie américaine.

Plusieurs pays émergents d'Amérique latine et d'Asie ont menacé jeudi d'adopter de nouvelles mesures pour endiguer l'afflux de capitaux sur leurs marchés, au lendemain de l'annonce par la Réserve fédérale américaine d'une injection massive de liquidités dans l'économie. La décision de la Fed, qui a provoqué un nouvel accès de faiblesse du dollar, mécontente les économies en développement, pénalisées à l'exportation par l'appréciation de leurs monnaies.

Elle risque donc d'exacerber les tensions liées aux changes, qui ont conduit certains dirigeants à évoquer récemment le risque d'une "guerre des monnaies", et donc compromettre un accord mondial sur les déséquilibres commerciaux et monétaires lors du sommet du G20 de Séoul les 11 et 12 novembre.

La banque centrale américaine prévoit de racheter d'ici la mi-2011 pour 600 milliards de dollars (420 milliards d'euros) d'emprunts d'Etat, créant ainsi une masse monétaire équivalente sur les marchés internationaux.

"Tant que le monde ne s'efforcera pas de limiter les émissions de devises internationales telles que le dollar - ce qui n'est pas facile - il est inévitable qu'une nouvelle crise ait lieu, comme le déplorent quelques Occidentaux éclairés", a commenté un conseiller de la banque centrale chinoise, Xia Bin, dans une publication de la Banque populaire de Chine. Le ministre sud-coréen des Finances a quant à lui prévenu qu'il envisagerait "de façon résolue" un contrôle des flux de capitaux.

A Brasilia, son homologue brésilien, Guido Mantega, a estimé que la décision de la Fed ne favoriserait sans doute pas la croissance mondiale et qu'elle risquait d'aggraver les déséquilibres internationaux. "Tout le monde souhaite que l'économie américaine se reprenne mais le fait de jeter des dollars depuis un hélicoptère ne fait pas du bien à tout le monde", a-t-il observé avant d'ajouter qu'il plaiderait au G20 pour que Washington modifie sa politique économique.

Quant à la Thaïlande, elle a évoqué la possibilité d'une action concertée destinée à lutter contre l'afflux de dollars attendu sur les marchés émergents. Le ministre turc de l'Economie a estimé que la décision de la Fed risquait de se retourner contre les Etats-Unis et un haut responsable indien a souligné que, si Washington avait le droit de relancer son économie, les autres pays avaient celui de défendre leurs intérêts.

La France, juge de paix?

Tout accord qui sera conclu à Séoul, a-t-il ajouté, devra représenter "une victoire pour les deux camps". La France, qui prendra la présidence du G20 dans huit jours, a plaidé l'apaisement sur le dossier des changes.

"Ça confirme, s'il en était besoin, l'impératif de forger les outils de la paix monétaire", l'un des objectifs français de la présidence du G20, a déclaré la ministre de l'Economie Christine Lagarde, en réponse à une question sur la décision américaine et les réactions des pays émergents.

L'Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE) et la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) ont lancé de leur côté un appel à la vigilance face à la menace d'une "spirale protectionniste".

"L'intervention sur les marchés des changes n'est pas l'instrument le plus utile pour la gestion macroéconomique", a déclaré le secrétaire général de l'OCDE, Angel Gurría. "Elle peut déclencher des interventions compensatoires et de nouvelles réactions protectionnistes."

L'OCDE et la Cnuced estiment que les mesures de contrôle et de réglementation des mouvements de capitaux adoptées récemment par certains pays "pourraient se traduire par une fragmentation nationale des marchés internationaux de capitaux et être difficiles à démanteler".

Les ministres des Finances et grands argentiers du G20 ont cherché le mois dernier à concilier les points de vue diamétralement opposés de Washington et de Pékin sur les changes en appelant les Etats à éviter les dévaluations compétitives et à mettre au point des mesures politiques de rééquilibrage des balances commerciales.

Mais leur communiqué s'est gardé d'appeler explicitement à une appréciation de certaines devises, et notamment du yuan chinois. Jeudi, Xia Bin a prévenu que Pékin poursuivrait ses intérêts propres. "Nous devons penser à ce qui est bon pour nous", a-t-il souligné.

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