Quand l'Irlande suggère à la France d'alourdir l'impôt sur les sociétés
Propos recueillis par Eric Albert, à Dublin
Propos recueillis par Eric Albert, à Dublin
Vous demandez une baisse de 1% du taux d'intérêt qui pèse sur le plan de sauvetage de l'Union européenne et du FMI (actuellement à 5,8%). Mais vous refusez de majorer votre taux d'imposition (12,5%) sur les sociétés. Qu'offrez-vous en échange ?
Ce qu'on a mis sur la table la semaine dernière : une surcapitalisation de nos banques [une injection de 24 milliards d'euros supplémentaires a été annoncée, Ndlr], qui politiquement coûte très cher au gouvernement. Cela apporte une bien plus grande stabilité non seulement au système bancaire irlandais, mais aussi à l'ensemble du système bancaire européen. Cela a un effet positif pour les banques des grandes économies européennes qui avaient massivement investi dans nos établissements. De nombreux spécialistes conseillaient à l'Irlande de ne pas rembourser sa dette, pour la restructurer. Ce gouvernement a décidé de ne pas suivre cette voie unilatérale, qui aurait eu de fortes conséquences pour le reste de l'Union européenne. Nous assumons nos responsabilités. Nous demandons en retour la solidarité de nos partenaires européens.
D'une certaine façon, vous sauvez les banques françaises et allemandes...
Je ne dis pas qu'on sauve une banque en particulier. Mais nous faisons en sorte que les détenteurs des obligations "seniors" dans nos banques - dont certains sont des banques européennes - ne seront pas touchés. Nous faisons régler la facture par les contribuables irlandais. C'est une décision courageuse.
Pourquoi éviter que les obligations seniors des banques ne soient touchées ?
Nous avons négocié pendant trois semaines avec la Banque centrale européenne (BCE) et la Commission. Les institutions européennes, notamment la BCE, ne voulaient pas qu'on choisisse cette direction, et nous refusons de prendre une décision unilatérale.
Cependant, la France et l'Allemagne veulent que vous augmentiez votre taux d'imposition sur les sociétés. Êtes-vous prête à faire un geste ?
La réponse est non, bien sûr. Nous sommes un pays périphérique et nous avons besoin d'avoir des avantages compétitifs. Alors que beaucoup de nos jeunes sont forcés d'émigrer faute d'emplois, une hausse de ce taux d'imposition reviendrait à nous couper un bras. Cela reviendrait à dire aux multinationales : on ne veut pas de vous. Je sais que le relèvement de ce taux est une priorité pour le gouvernement français, mais cela n'est pas vraiment logique : en fait, le taux réel d'imposition sur les sociétés en France est inférieur à celui de l'Irlande, à 8,2%. Peut-être que l'Irlande devrait demander à la France d'augmenter son taux d'imposition réel.
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N'est-il pas possible de majorer ce taux d'IS d'à peine 2 à 3% ? Pas à 33% comme en France, mais à 15% ou 16% ?
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J'ai consulté les entreprises pharmaceutiques en Irlande sur ce sujet. Pour elles, le taux d'imposition est une raison vitale de leur présence sur notre sol. Même une hausse de 1% serait un mouvement dans la mauvaise direction.
Seriez-vous prête à faire un geste sur l'harmonisation de l'assiette fiscale, proposée par Bruxelles ? Pas le taux, mais l'assiette ?
Nous en discuterons de façon constructive, mais nous avons beaucoup de réserves sur ce sujet.
Face à votre refus net d'un compromis sur le taux d'imposition, conclure un accord risque d'être long...
Cet objectif prendra sans doute plusieurs semaines. Mais nous sommes optimistes : un accord sera trouvé.
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