Les inquiétudes de la Banque mondiale sur la croissance

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Alors que les économies émergentes tournent la page de la crise financière, la Banque mondiale met en garde contre les conséquences de la crise qui "continuent d'assombrir les perspectives de croissance", notamment en Europe. Et souligne les "nouveaux défis" des pays en développement.

Malgré l'éloignement de la crise et un premier trimestre 2011 globalement très bon, l'optimisme général affiché en début d'année tend à s'estomper. Et le rapport de juin 2011 sur les perspectives économiques de la Banque mondiale vient confirmer cette tendance à voir le verre à moitié vide.

Les pays développés, notamment l'Europe, concentrent la plupart des inquiétudes de la Banque mondiale. La croissance décevante aux Etats-Unis, où le taux de chômage est remonté en mai, ainsi que le fléchissement du moral des industriels dans l'Union européenne, dont la croissance devrait fortement ralentir au deuxième trimestre 2011, inquiètent les marchés depuis quelques jours. En pointant du doigt les défis intérieurs exceptionnellement élevés", notamment à cause de la crise de la dette souveraine et les menaces qui pèsent sur la Grèce, et, dans une moindre mesure, l'Irlande et le Portugal, la Banque mondiale ne devrait pas apaiser ces craintes.

Le spectre d'une "crise aigue" éloigné

"Les déficits élevés et l'augmentation de la dette souveraine posent des défis à moyen terme à un large éventail de pays de l'OCDE", indique le rapport supervisé par Justin Yifu Lin, économiste en chef de la Banque mondiale. Si le spectre d'une "crise aigue à court terme" en Europe semble s'éloigner grâce à des mesures telles que le plan d'aide au Portugal ou les avancées des négociations avec la Grèce, la Banque mondiale n'exclut pas "une crise de confiance des investisseurs qui pourrait avoir des répercussions sur les pays en développement", c'est-à-dire coûter, selon Andrew Burns, le rédacteur principal du rapport, "entre 1,5 et 3 points de croissance". Une sérieuse détérioration de la situation économique de l'Europe pourrait faire baisser la demande d'importations provenant des pays en développement, notamment en Asie.

De plus, "les banques européennes pourraient être forcées de rapatrier des fonds de leurs filiales étrangères, avec des impacts directs sur le crédit et la croissance économique des pays en développement", poursuit Andrew Burns. Dans ce scénario, l'Amérique du Sud et certains pays de l'est de l'Europe seraient particulièrement touchés. Selon les prévisions de l'institution, le taux de croissance passera ainsi de 2,7% en 2010 à 2,2% en 2011 dans les économies développées, avant de se "redresser" pour atteindre 2,7% en 2012 et 2,6% en 2013.

L'inflation et l'augmentation des prix des matières premières, principales menaces des pays en développement

Les pays en développement devraient continuer à bénéficier de croissances fortes. L'institution prévoit 6,3% de croissance annuelle sur la période 2011-2013, contre 7,3% en 2010. Mais ces pays (l'ensemble des pays du monde sauf les pays développés) doivent maintenant "passer de la lutte contre la crise à la mise en œuvre de politiques de nature à stimuler la croissance" et sont eux aussi confrontés à des risques.

L'inflation, qui a atteint 5,3% en avril 2011, s'impose ainsi comme la principale menace des pays de la région Asie de l'Est et Pacifique. L'augmentation des prix intérieurs des biens et des actifs constitue pour la Banque mondiale un "défi de politique économique à moyen terme". Mais la croissance devrait rester très forte, à 8,5% pour 2011 et 8,2% pour 2012-2013.

Les pays en développement d'Europe et d'Asie centrale verront leur PIB progresser à un rythme relativement lent : 4,7% en 2011 et 4,5% en 2012 et 2013. "L'expansion limitée du crédit, les efforts de désendettement des ménages et la poursuite de la restructuration du secteur industriel devraient peser sur l'activité économique", prédit la Banque mondiale.

Le PIB devrait également ralentir en Amérique latine. Après un PIB record de 6% en 2010, la croissance devrait s'afficher à 4,5% en 2011 et descendre à 4% en 2013,  "le resserrement des politiques économiques dans les pays ayant le mieux résisté à la crise, comme le Brésil ou l'Argentine, contribuant à freiner la demande intérieure".

Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, les révolutions arabes devraient perturber le PIB des pays concernés. La Tunisie devrait croître de seulement 1% en 2011, contre 1,5% pour l'Egypte, avant de rebondir à près de 5% en 2013.

Enfin, l'Afrique subsaharienne devrait poursuivre sa croissance rapide, grâce à "la reprise mondiale, l'expansion des classes moyennes locales en mesure de dépenser un revenu discrétionnaire et l'augmentation de la confiance des entreprises". Le PIB de la zone est estimé à 5% pour 2011 et 5,7% en 2012 et 2013.

La croissance mondiale reste aussi soumise aux tensions sur les marchés des matières premières énergétiques et alimentaires. "Une dégradation des conditions au Moyen-Orient et en Afrique du Nord pourrait faire dérailler la croissance mondiale", prévient le rapport, qui table sur une réduction de 0,5% du PIB mondial "si les prix du pétrole venaient à augmenter brusquement et durablement".

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Commentaires
a écrit le 08/06/2011 à 18:31 :
A vouloir faire de l'argent tres vite ,nanosec maintenant , nous en arrivons là c'est à dire à la ruine de l'ensemble du monde pour la richesse d'une minuscule entité .Ceux -ci devraient faire attention ;la famine ,le désespoir ne sont pas bons conseilleurs .
a écrit le 08/06/2011 à 15:48 :
Sylvain Rolland, je voudrais bien que La Tribune fasse un étude sérieuse sur le PIB de l'Afrique du Nord y compris l'argent que nous leur donnons - j'ai lu un rapport dans ce sens il y a quelques temps qui m'a éberlué
a écrit le 08/06/2011 à 13:56 :
Pas besoin d'avoir fait Sciences Po ou HEC pour sortir un scénario pareil : c'était tellement évident depuis plusieurs mois déjà !! Simplement, il faut arrêter d'analyser absolument à court terme et plutôt envisager les faits de façon un peu plus général et sur le long terme !
a écrit le 08/06/2011 à 10:04 :
Bonjour,
Pour qui roule la banque mondiale???? Je suis extrêmement surpris que l'on ne parle pas plus des USA et de l'Angleterre !!!
Pour les USA "le chômage remonte" pour l'Angleterre , rien.
Alors je finis par croire que chaque fois que l'on parle de la Grèce c'est pour cacher quelque chose de bien plus important ("l'arbre qui cache la foret").
Les USA sont dans un état catastrophique, il faut le dire !!!! Les USA c'est la Grèce puissance 10 mais cela personne n'en parle. Quand on voit que la plafond de la dette a été crevé, y a quand même souci , non!!!!
En 2 mots , l'Amérique est en faillite et n'est plus capable de rembourser sa dette !!!! Il faut le savoir.
Alors chaque fois que l'on vous parle de l'état de la Grèce dites-vous bien que cela annonce quelquechose de pire de l'autre coté de l'Atlantique.
Réponse de le 08/06/2011 à 13:51 :
Merci +1 ! :)
Réponse de le 08/06/2011 à 20:03 :
TOUT A FAIT VOIR www.leap2020.eu

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