Que reste-t-il de l'économie syrienne ?

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Après plus de vingt-deux mois de guerre civile, le pays est exsangue. Les exportations de pétrole ont été divisées par deux et les touristes ont quitté le pays. L'aide des pays amis tels que l'Iran, l'Irak, la Russie et le Vénézuéla notamment maintiennent l'économie à flot. Pour combien de temps ?

La Syrie est-elle au bord de la ruine ? Selon les prévisions les plus récentes de la Banque mondiale dévoilées l?été dernier, le PIB aurait reculé de 6,4% en 2012. De son côté, Economist Intelligence Unit (EIU) estime cette chute à 8%. Une autre étude dévoilée cet été par l'Institute of International Finance est encore plus catastrophique. Celle-ci prévoit une contraction de 14% à 20% du PIB l?année dernière, « en raison d'un déclin de la production agricole, de l'amenuisement des investissements et d'une baisse des exportations en raison des combats et des sanctions européennes ».
« Faire des prévisions dans un pays en guerre n?a pas vraiment de sens car le pays est totalement bloqué. En 2013, le PIB pourrait très bien chuter de 5%, 10%, 30%, on n?en sait rien. On ne le saura qu?après la fin du conflit, longtemps après. Cette incertitude statistique est d?autant plus forte en Syrie que ce pays ne s?est jamais distingué pour la fiabilité de ses statistiques », explique Pascal Devaux, économiste chez BNP Paribas. Ce qui n?empêche pas le gouvernement de Bachar al-Assad de tabler sur une progression de 4,3% du PIB en 2013 !

Les indicateurs sont dans le rouge

De nombreux indicateurs témoignent de la déliquescence de l?économie syrienne. Avant la crise, celle-ci reposait sur l?agriculture qui représentait 19% du PIB en 2009, l?industrie (34%), essentiellement pétrolière, et les services (47%). « Si l?agriculture peut encore permettre à la population (la Syrie compte un peu plus de 20 millions d?habitants) de survivre, l?industrie et les services, notamment les petits commerces, ont vu leur activité s?effondrer. Un effondrement aggravé par la montée en flèche de l?inflation. L?indice des prix a bondi de 50% en novembre sur an. Quant au tourisme, en plein essor avant la crise, il est moribond. En 2010, l?activité de ce secteur s?élevait à 6 milliards de dollars, soit 10% du PIB. Aujourd?hui, les touristes et les investisseurs souhaitant financer les infrastructures de ce secteur en plein essor ont déserté le pays », poursuit Pascal Devaux.

La Syrie, un enchantement !

« Il y a peu de pays qui présentent autant de diversité que la Syrie. Le voyage y est une véritable promenade à travers une infinité de civilisations, de paysages, de couleurs, de costumes et de monuments. Les vestiges des grandes civilisations qui ont fleuri ici défilent devant vous, pas à pas. L'histoire entière de l'humanité, sur une durée de dix millénaires, est résumée pour vous en une heure ou presque et sur un espace qui ne dépasse pas quelques mètres carrés », nous précise toujours la Chambre de commerce de Damas dans sa description du pays.
On croit rêver?

Résultat, le taux de chômage dépasse les 30 % de la population active. En août, la chambre de commerce de Damas estimait que 30% des PME syriennes avaient dû fermer leurs portes en raison de la dégringolade de l?activité.

Les embargos produisent également leurs effets

Avant le début des hostilités en mars, 2011, la Syrie, membre de l?OPAEP depuis 1992, était le 34e producteur de pétrole au monde. En raison de l?embargo sur le pétrole imposé notamment par l?Union européenne qui achetait 95% du brut syrien avant mars 2011, la production locale a chuté de moitié pour s?élever actuellement à 160.000 barils par jour environ. Récemment, la Syrie a même été obligée d?importer des produits raffinés que son industrie ne pouvait plus fabriquer. Le Vénézuela, qui soutient officiellement le pouvoir en place, a également envoyé des cargaisons de carburant à Damas l?année dernière.
En 2012, selon la Banque mondiale, le montant des exportations s?est élevé à 4 milliards de dollars, contre 12 milliards de dollars en 2010. Une production de pétrole qui a toujours été délicate à livrer, la Syrie ayant longtemps été fermée aux investisseurs étrangers, pesant ainsi sur le développement des infrastructures. « Les barils de brut étaient souvent acheminées en train ou en camion ! », précise Pascal Devaux.

Elle était également le dixième producteur mondial de phosphates et exportait principalement, outre ses produits pétroliers, des fruits et légumes, du coton, des textiles, de la viande et du blé vers ses principaux partenaires qu?étaient alors l?Irak, qui absorbait 30% de ses exportations, le Liban (12%), l?Allemagne (9%), l?Égypte (7%), l?Arabie saoudite (5%) et l?Italie (4,5%).

Les réserves de change seraient quasiment épuisées

Sachant que le commerce extérieur dans le PIB du pays était d'environ 70% du PIB et que la livre syrienne a perdu 50% de sa valeur par rapport au dollar depuis le début de la guerre civile, on peut imaginer les dégâts sur l?économie syrienne des violences en cours. Dans ce contexte, les réserves de change fondent comme neige au soleil. Si le gouvernement indique disposer encore de 14 milliards de dollars, certaine sources estiment que ces réserves ne s?élèveraient plus qu?à 1 milliard de dollars!

La Syrie a encore quelques amis

Pour faire face à ses obligations financières, le gouvernement compte de plus en plus sur ses « amis » parmi lesquels, outre son voisin irakien, le Venezuela et la Russie avec qui la Syrie a signé récemment un accord de troc. En échange du brut syrien, la Russie fournit du carburant au régime de Bachar al-Assad. L?Iran fait également partie des soutiens du pouvoir en place. Téhéran a accordé à Damas un prêt bonifié d'un milliard de dollars en 2012. Mais, compte tenu des sanctions commerciales que le pays subit également, cette aide s?amenuise progressivement.

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Commentaires
a écrit le 04/01/2013 à 16:06 :
@ Arcesilas - Bonne observation sur la "diversité politique" traditionnelle des élites au Moyen-Orient, souvent tiraillées entre les intérêts des puissances coloniales. Il semble pourtant que cette diversité tend à s'uniformiser dans l'extension d'un islamisme radical ou réactionnaire sur lequel planent les plus grands doutes.
a écrit le 03/01/2013 à 21:10 :
A bon? La syrie avait une economie ??
A par le ssvon d alep , en passe de devenir une icone historique disparu, et le vieux quartier de Damas pour les 10.000 touristes annuels avant la guerre ?
a écrit le 03/01/2013 à 20:57 :
Sur le terrain, Washington renverse des gouvernements et prend le contrôle des marchés qu'elle attribue en priorité à ses entreprises et à ses vassaux les plus fiables (Japon, Corée Sud...). Exemple pour l'automobile : au dernier défilé militaire en Irak, l'armée irakienne exhibait des véhicules tout terrain légers Chevrolet (GM), il est peu probable que Saddam Hussein eut choisi cette marque. La plupart des 4x4 employés par les mercenaires US sont des Toyota. Pour obtenir une bonne idée de la progression US en Afrique, suivez les Hi-Lux. De telles actions permettent d'évincer durablement les concurrents présents en temps de paix.
Réponse de le 04/01/2013 à 11:37 :
Vous sous-estimez l'aptitude des élites du moyen-orient dans l'art de jouer les "alliés" non-musulmans les uns contre les autres... L'Irak, et ses 4x4 GM, soutient de la Syrie, L'Egypte de Sadate expulsant les conseillers soviétiques avant d'attaquer Israël, Kadhafi jouant au plus fin avec la France et l'Italie, le sultan du Maroc louvoyant entre la France, l'Espagne, le 2e Reich et les USA au début du XXe siècle, le Grand Turc jouant François 1e pour contrer l'empire espagnol... Personne ne sait qui évincera qui à la fin.

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