Japon : année noire en 2012, relance toute en 2013

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Symbole d'une économie qui va mal, le déficit commercial japonais a atteint un record en 2012, en faisant pire que lors de la catastrophique année 2011. Face à cette multiplication d'indicateurs négatifs pour l'archipel - le Japon est entré en récession l'an dernier - Tokyo a mis les bouchées doubles, en misant sur la demande intérieure à court terme, puis sur une restauration de la compétitivité sur le long terme.

 L'année 2012 est une année à oublier pour le Japon. Entre crise diplomatique, ralentissement de l'économie mondiale, hausse du yen et stratégie énergétique très coûteuse, le Japon a perdu son statut de pays habitué à des excédents commerciaux frisant l'insolence pour la deuxième année consécutive. L'an dernier, l'archipel a connu un déficit commercial record.

Après une année catastrophique en 2011, liée au séisme qui avait provoqué l'accident nucléaire de Fukushima, le pays a vu son déficit commercial tripler à 6.927,3 milliards de yens (58 milliards d'euros) en 2012.

L'Europe et la Chine plombent les exportations

Premier élément marquant, même s'il reste symbolique, le Japon a enregistré l'an dernier son premier déficit commercial vis-à-vis de l'Union européenne. En cause principalement, une chute des exportations d'automobiles et pièces connexes ainsi que de composants électroniques et équipements scientifiques, alors que parallèlement, l'archipel a importé depuis le Vieux continent plus de médicaments, de voitures et acheté des avions.

Ses relations avec le voisin chinois ont, elles aussi, grandement pesé sur les exportations. Avec un solde négatif deux fois plus important que l'année précédente, à 3.521,3 milliards de yens (30 milliards d'euros), le pays du soleil levant a enregistré un déficit commercial historique avec l'Empire du Milieu. En cause, les frictions diplomatiques liées au conflit qui règne entre les deux pays au sujet des îles Sensaku. Le boycott des marques nippones en Chine a largement mis à mal la consommation de produits en provenance de l'archipel dans la deuxième économie mondiale. En particulier dans le secteur automobile.

Enfin, le yen fort n'a pas non plus arrangé les choses, en privant l'industrie japonaise d'une part importante de sa compétitivité à l'export, alors que le reste de l'économie mondiale a ralenti. Si bien que les exportations ont chuté de 2,7% en valeur par rapport à 2011, année déjà catastrophique pour le pays.

La stratégie anti-nucléaire coûte cher

Mais cette baisse des exportations ne suffit pas à expliquer à elle seule l'explosion du déficit commercial du Japon. De fait, l'arrêt complet des cinquante réacteurs nucléaires décidé par Tokyo a fait exploser la facture énergétique du pays en augmentant les importations de gaz et de pétrole.

Ces mauvaises statistiques confortent d'ailleurs la volonté des pro-nucléaire de redémarrer dès que possible des réacteurs atomiques jugés sûrs, afin de réduire les ruineuses importations énergétiques. En attendant, les importations ont augmenté de 3,8% en 2012, à 70.672 milliards de yens (603 milliards d'euros).

Baisse du yen et demande intérieure pour relancer l'économie

Pour 2013, la tendance n'est pas prête de s'inverser. "Les perspectives d'un retour dans le vert des comptes commerciaux japonais restent des plus incertaines", prévient Jun Kawakami de Mizuho Securities. Selon lui, le récent affaiblissement du yen face au dollar ne corrigera pas dans l'immédiat le déséquilibre de la balance commerciale du Japon, même s'il est de nature à stimuler les exportations. « Un recul de la devise prend habituellement environ six mois pour avoir un effet notable, et toute embellie réelle des exportations va avoir lieu non pas par des mouvements de devises, mais par une amélioration fondamentale de l'économie mondial », ajoute M. Kawakami dans un entretien avec Dow Jones Newswires.

Pour contrer ces mauvaises perspectives, et en attendant que les exportations ne repartent, le Premier ministre Shinzo Abe a fixé pour priorité la relance de la consommation intérieure grâce à une politique budgétaire généreuse - le budget 2013 comprend un volet relance de 20.200 milliards de yens (175 milliards d'euros) - et en forçant la main à la banque centrale pour qu'elle ouvre les vannes monétaires afin de combattre l'inflation lancinante et faire baisser le yen.

Résultat, la banque du Japon s'est lancée dans un vaste programme de création monétaire de près de 5.000 milliards de yens pour le rachat de bons du Trésor, complétés par 101.000 milliards de yens (1000 milliards d'euros) consacré au rachat de tous types d'obligations privées.

L'Asie du Sud-Est, nouvel Eldorado pour les entreprises japonaises

Le boom en cours en Asie du Sud-Est n'a pas non plus échappé à Shizo Abe qui s'est rendu dans la région la semaine dernière en visite diplomatique « stratégique », selon ses termes.

Avec un PIB supérieur à celui de l'Inde, notamment tiré par l'Indonésie, prochain leader économique régional, et un gigantesque potentiel de croissance - le PIB des pays de l'ASEAN devrait quadrupler entre 2012 et 2030 - la région offre une manne potentielle pour les entreprises japonaise. Les ventes au détail devraient notamment y progresser à un rythme effréné de 10% par an dans les prochaines années.

Objectif, retrouver la croissance

Favoriser la demande intérieure, regagner en compétitivité et trouver de nouveaux débouchés pour les exportations japonaises. Ces trois axes ont pour objectif de relancer une économie entrée en récession au cours de l'année 2012. Au troisième trimestre, le produit intérieur brut du pays a chuté de 3,5% en rythme annuel. Ce qui montre que le gouvernement japonais a pleinement pris conscience de l'enjeu créé par ce deuxième déficit commercial record. Même si la priorité affichée est celle d'une compensation du ce déficit par une relance de la demande intérieure.

Avec ce vaste plan, le gouvernement espère atteindre les 2,3% de croissance du PIB pour la période allant d'avril 2013 à mars 2014, alors que ses précédentes estimations ne dépassaient pas 1,6%.

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a écrit le 25/01/2013 à 21:33 :
En 2012 les Japonais ont connu une année noire et ont riz jaune ! A mon avis 2013 ne sera nippone ni mauvaise avec pour le pays du soleil qui a du mal à se lever, un PIB équivalent à Groland ! Bonsai!
Réponse de le 27/01/2013 à 20:36 :
certes, et au pays du soleil qui se couche, la solution d'avenir qui occupe l'espace est le mariage gai, on est dans la ....
a écrit le 25/01/2013 à 14:57 :
La compétition de dévaluations par banques centrales interposées par impression illimitée de billets va mettre le monde à genoux?mais pas un mot car seul contre la morosité ambiante le Q euh compte. l'endettement n'est plus le problème du système.
a écrit le 24/01/2013 à 14:48 :
Il y a encore des gens pour croire que la dette du Japon va monter jusqu'au ciel ! Ave Maria, Ave Maria .220% du PIB et ça monte ça monte encore . La Grèce a déjà fait défaut (-80% c'est bien un défaut ça et vous verrez que l'Espagne suivra bientôt .Certains pensent que le gros du krach commencera par le Japon . La seule question est : Quand aura lieu le big krach ? Les grosses banques parient déjà sur la ruine de ...leurs clients, c'est pas beau ça ?
Le retour à l'économie réelle sera dur : ruine massive des porteurs d'assurances vies (adossées aux dettes souveraines ) En fait comme toujours il ne reste que l'or ou l'immobilier pour ne pas tout perdre ,90% des acheteurs achètent cash ,c'est le sauve qui peut (Tapez Delamarche sur youtube pour en savoir plus ....)
Réponse de le 24/01/2013 à 16:07 :
dans 24 mois selon Kyle Bass : Japan's Debt Time Bomb Is Ticking.
Réponse de le 24/01/2013 à 18:14 :
Encore des oiseaux de mauvais augure sur la toile !! La fin du monde n 'à pas eu lieu les gars !!arrêtez de broyer du noir le pessimisme se soigne par le bon sens et les psychothérapies !! A bon entendeur ..
a écrit le 24/01/2013 à 14:43 :
"souffle" ah oui, c'est qu'un problème sur papier et d'indicateur... Un peu comme partout mais bon...
a écrit le 24/01/2013 à 14:23 :
"Mais cette baisse des exportations ne suffit pas à expliquer à elle seule l'explosion du déficit commercial du Japon. De fait, l'arrêt complet des cinquante réacteurs nucléaires décidé par Tokyo a fait exploser la facture énergétique du pays en augmentant les importations de gaz et de pétrole."

Et comme la France, pas plus que le Japon, ne possède le gaz et/ou le charbon nécessaire pour remplacer rapidement les centrales nucléaires...
a écrit le 24/01/2013 à 14:22 :
Vous parlez de "La stratégie anti-nucléaire coûte cher"????
Genre le Japon avait pour stratégie de se faire péter à la tronche 4 centrales nucléaires et d'en abimer 4 autres? Le Tsunami c'était leur stratégie aussi?
Réponse de le 24/01/2013 à 15:28 :
Notez, vous devriez voir la montée des émissions carbone de l'Allemagne qui est en train d'arrêter son secteur nucléaire. Il faut baisser notre consommation d'énergie et relever nos manches, c'est tout.

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