"Dix ans après la chute de Saddam Hussein, l'Irak est un pays exsangue"

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Dix ans après la chute de Saddam Hussein et de son régime, Myriam Benraad, politologue, chercheuse associée au Centre d'études et de recherches internationales (Sciences Po-CERI) et à l'Institut de recherches et d'études sur le monde arabe et musulman (IREMAM, Aix-en-Provence), déplore l'échec de la transition démocratique espérée. Cet échec explique, selon elle, le chaos politique et les difficultés économiques actuelles de l'Irak.

Dix ans après la chute de Saddam Hussein et de son régime, le 9 avril 2003, quelle est la situation politique de l'Irak ?

Pour l'instant, la transition démocratique espérée par la population irakienne et qui a articulé toute la stratégie de la coalition menée par les troupes américaines de 2003 jusqu'à leur retrait du pays en décembre 2011 est assez largement un échec. La paix civile reste un v?u pieux et la violence est le quotidien des Irakiens.

Comment expliquez-vous cet échec ?

La démocratie ne se décrète pas. Les intentions étaient pourtant là après la chute du régime de Saddam Hussein, mais les espoirs ont tourné court. L'adoption d'une nouvelle constitution n'a pas suffi. Les trois élections nationales tenues en 2005 et 2010 se sont déroulées dans un climat de terreur proche de la guerre civile entre le nouveau pouvoir installé à Bagdad, les groupes insurgés et les milices armées. Quant à la société civile, bien qu'elle manifeste régulièrement son mécontentement, elle était et demeure encore trop faible pour imposer sa voix face au gouvernement central et aux autorités provinciales et régionales.

Quelle est la responsabilité du pouvoir en place ?

Le gouvernement conduit par Nouri al-Maliki, et plus largement la nouvelle classe politique irakienne, ne parviennent pas à se débarrasser des réflexes autoritaires, voire autocratiques, qui caractérisaient l'ancien régime baasiste. Ce phénomène est aussi visible au niveau plus local. Le souhait de créer un nouvel Irak fédéral respectueux des différences ethniques, confessionnelles et culturelles de ses populations est tombé à l'eau. D'une part, le gouvernement tente de museler l'opposition. D'autre part, celle-ci, très composite, est incapable de jouer la carte de l'union sacrée pour contrer le gouvernement et sortir le pays de l'ornière. Les intérêts particuliers continuent de primer sur l'intérêt général.

On peut aussi reprocher aux pouvoirs en place, central et décentralisés, de ne pas faire grand-chose pour lutter contre la corruption qui gangrène tout le pays. Tant que ce fléau, qui trouve également son origine dans l'absence d'une culture démocratique, n'aura pas été vaincu, l'Irak ne pourra véritablement se reconstruire.

Sur le plan économique, l'Irak se redresse-t-il ?

Comment voulez-vous qu'il y parvienne ? Le pays reste exsangue. Certes, les exportations d'hydrocarbures ont repris mais elles ne sont pas utilisées par les autorités pour financer la reconstruction du pays et permettre la diversification de son économie. Résultat, la population souffre. Les coupures d'eau et d'électricité, les pénuries de denrées alimentaires de base sont monnaie courante, même à Bagdad. Le taux de chômage touche en moyenne 25% de la population active et plus particulièrement les jeunes. Cette situation désastreuse explique pourquoi certains d'entre eux se jettent dans les bras des milices armées de tous horizons ou rejoignent Al Qaida.

Quelle est la sortie de crise envisageable ?

Je ne suis pas très optimiste. Si le pouvoir persiste à exclure tout dialogue avec l'opposition, soutenu dans sa démarche par la nouvelle armée et les forces de sécurité, la transition démocratique sera au mieux très lente. Au pire, la guerre civile guette si l'actuel gouvernement en place refuse d'accepter l'alternance politique. Les prochaines élections parlementaires, qui doivent théoriquement se dérouler en 2014, seront déterminantes.

 

 


 

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a écrit le 13/04/2013 à 19:48 :
Là ou les US passent, ils laissent un pays en perdition: Irak, Afghanistan. On aurait pu mettre au TPI sans doute Saddam, mais aussi père et fils Bush.
C'est le printemps ( plutôt l'automne) arabe, version américaine. Ces peuples là ne veulent peut-être pas de démocratie, alors, fichez leur la paix. Croyez-vous que nous ayons la vérité en terme de démocratie. Ce que l'on voit chez nous n'est pas terrible!! En fait les politiques ont peur du peuple mais ils savent par des combines et des paroles l'exploiter.
a écrit le 13/04/2013 à 6:37 :
sous Saddam c'était la paix et l'ordre armé(forcé).Tout le monde y trouvait son compte.Nous
en Suisse,nous avons nous fait les couilles d'or avec Saddam.Baghdad c'était une ville pai
sible et tranquille.A ces jours c'est l'enfer avec les americains
Chacun choisi la meilleure forme de se laisser gouverner,c'est pas à nous de rien imposer.
a écrit le 12/04/2013 à 23:29 :
Si l'Irak le souhaite, on pourrait leur fournir du petit personnel pour curer leurs fosses : Montebourg, Sarkozy, Taubira, Satan, Hollande, Valls, Mélenchon, Ayrault, Royal, Copé, Guéant, Moscovici, Fabius, Cahuzac, Fillon, Désir, Vercingétorix, Strauss Kahn, Kosciusko, Pellerin, C'est pas les incompétents qui manquent en France.
a écrit le 12/04/2013 à 23:23 :
On a voulu éliminer des pions et nous voyons le résultat
a écrit le 12/04/2013 à 19:25 :
Nous français pourrions aller donner des leçons de redressement économique à l'Irak de la même manière que nous avions conseillé Sadaam. Mais le développement économique se fait sans nous, oui avec les turcs et les américains. Bien sûr il faut accepter le risque des attentats presque quotidiens.
a écrit le 12/04/2013 à 19:24 :
L'Amérique a apporté la démocratie en Irak, heureusement... Elle s'apprête à la faire en Syrie ouf, bientôt en Iran. Nous l'avons fait en Lybie, bravo. On pourrait peut être tenter l'Arabie Saoudite et le Quatar, non ?
Rassurez-vous, à prendre tout au dixième degré, tous ces pays peuvent dire merci à notre monde de salopards, américain et français. Ingérence intéressée, quand tu nous tiens.... Nos enfants en paieront le prix.
a écrit le 12/04/2013 à 17:29 :
dans tous ces pays moyenâgeux , disons tous ceux où l'islam est roi , seule la force doit diriger .. la démocratie à l'occidentale ne peut pas fonctionner du moins les 50 ou 100 premières années . L'analphabétisme et la corruption empêche toute évolution et cela n'augure rien de bon pour nos sociétés condamnés à être toujours plus envahies par ces miséreux ...
Réponse de le 12/04/2013 à 17:53 :
@Enjoy: t'as loupé la plupart de tes cours d'histoire on dirait :-) comment crois-tu que le pouvoir s'est imposé chez nous, en te demandant ton avis ? Bon la France n'est pas non plus le pays de la corruption et de l'analphabétisme...oups ils ont tous bac +2 (+2 = le balai et la serpillère), mais ne savent ni lire, ni écrire correctement. Et quant à dénoncer les régimes dictatoriaux, tu ne sembles pas non plus respecter le droit des pays à disposer d'eux-mêmes :-) On attend ta prochaine leçon, mais essaies de balayer devant ta porte avant de causer :-)
Réponse de le 12/04/2013 à 23:55 :
"le droit des pays à disposer d'eux-mêmes" : complètement d'accord. Laissons les choisir leur destin. Et arrêtons de les subventionner. Vivre et laisser mourir.
Réponse de le 13/04/2013 à 0:11 :
@@Patrickb: ce n'est pas à nous d'être les gendarmes du monde, qu'ils se débrouillent avec leurs affaires, En revanche, la solution pour qu'ils ne viennent pas semer la pagaille chez nous reste tout de même la non délivrance de visas. On ne peut pas importer les problèmes et s'en plaindre !!!
a écrit le 12/04/2013 à 17:27 :
Les pays occidentaux, les USA en tête sont directement responsables de cette situation catastrophique.
Après avoir chassé Saddam Hussein, les occidentaux misaient sur le désordre qu'allait engendrer l'élimination du chef d'état pour faire main basse sur les ressources de ce pays, en particulier le pétrole, et assoir leur autorité dans cette région instable.
a écrit le 12/04/2013 à 17:22 :
Partout où l'on évince les fédérateurs, les pays tombent dans le chaos!.
Réponse de le 12/04/2013 à 17:43 :
les federateurs??? ? savez vous ce qu'est un dictateur?
Réponse de le 12/04/2013 à 18:21 :
@hades
Il est parfois préférable pour certains peuple d'avoir un dictateur pour faire tenir tout le monde tranquille, cela évite aux différentes communautés ou ethnies de ce pays de s'entre-massacrer.
Vous avez besoin d'exemples?.
Réponse de le 13/04/2013 à 11:34 :
je n'ai pas besoin d'exemple ... merci .... j'ai moi meme grandit en dictature .. . .donc je refuse categoriquement tous les posts qui parlent sans savoir... avoir chassé saddam est une tres tres bonne chose, meme si ca met 50 an a se remettre en place ... il faudrait tous les chasser.... il m'est inconcevable que les personnes ici ou ailleurs disent que c'est une bonne chose un dictateur ... ca me rend dinnnnnnnnngueeeee! !! ! !! ! !! ! ! ! !! !
Réponse de le 13/04/2013 à 13:06 :
@hades: il y a 2 terreurs: les dictateurs et les bombes qui font " en moyenne " 50 morts par
jours,blessés,destructions,vie infernale sans issue,etc.
Sous la dictature,c'est à vous de vous balancer entre et entre..... Sous les bombes il n'y a
pas des chances de vous pouvoir balancer.Dans 70 % des Pays d'extraction arabe la seule
solution,pour mieux vivre,c'est la dictature. Question de ADN.L'histoire nous apprends....
Réponse de le 13/04/2013 à 14:15 :
tout le monde s'emeut des 50personnes/jours qui tombent sous les bombes des forces alliées... personne n'a ete emu quand saddam a gazé son peuple, ou quand il crée des camps de concentrations pour les opposants a son regime .. le peuple vivait dans la peur comme sous toutes les dictatures.... .
a écrit le 12/04/2013 à 17:17 :
Peut on encore parler d'Irak quand les kurdes ont fait sécession ? Et tant que Al Qaida tuera des chiites il est peut probable la paix se fasse entre arabes irakiens.
a écrit le 12/04/2013 à 17:11 :
Toutes les démocraties sont des illusions. Les irakiens sont justes un peu plus passionnés que les européens c'est tout.

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