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ÉconomieInternational

Ukraine: la confrontation entre le pouvoir et les opposants menace la cohésion du pays

Photo de Corentin Dautreppe

latribune.fr

Publié le 23 janvier 2014 à 08:46 - Mis à jour le 23 janvier 2014 à 17:07

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Les manifestations qui ont dégénéré en violents affrontements en Ukraine, faisant cinq morts, se poursuivent jeudi. Des dizaines de manifestants menaçaient de passer à l'offensive si le président Viktor Ianoukovitch ne faisait pas de concessions.

Guérilla urbaine à Kiev. Manifestants et police étaient toujours engagés dans un face-à-face tendu jeudi matin à Kiev, séparés par une barricade de pneus enflammés sur les lieux des affrontements violents qui ont fait cinq morts ces derniers jours.



Des scènes de guérilla urbaine dans la nuit de mercredi à jeudi, relayées par FranceTVInfo.

L'origine de ce face-à-face remonte à la volonté d'une partie de l'opinion ukrainienne de se rapprocher de l'Union européenne. En novembre 2013, après des mois de tractations, le président Viktor Ianoukovitch avait fini par ne pas signer un accord d'association et de libre échange avec l'UE. Il s'est par la suite rapproché de Moscou.

     >> Lire : Ukraine : l'Union européenne a aussi sa part de responsabilité

Pourrissement de la situation

Mais l'opposition au choix du président ukrainien, pacifique à l'origine, s'est progressivement durcie face à la répression du régime. "Le pouvoir se comporte de façon irresponsable, c'est lui qui engendre la violence", assure Volodymyr Poselsky, le président de l'association Ukraine en Europe. Il ajoute :

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A chaque fois que la situation s'est calmée, c'est le pouvoir qui a relancé les affrontements. Il a multiplié les provocations, que ce soit par l'envoi de la police anti-émeute en novembre, ou plus récemment en faisant adopter une loi liberticide.

C'est en effet l'adoption de lois controversées qui a relancé la mobilisation mi-janvier. Entrées en vigueur mercredi, elles limitent la liberté d'association et durcissent les sanctions contre les manifestants. Dimanche, une manifestation de 200.000 personnes avait été suivie d'affrontements d'une violence inédite dans cette ancienne république soviétique.

Face à face tendu

Plusieurs dizaines de manifestants, portant souvent des casques de chantier ou de moto, étaient toujours rassemblés jeudi matin rue Grouchevski, derrière ce mur de flammes et de fumée, lançant épisodiquement pierres ou cocktails Molotov.

Le théâtre des affrontements à Kiev, le 22 décembre 2013. (REUTERS/Stringer)

"Pour le moment, nous avons dénombré cinq morts. Et environ 300 personnes ont été blessées aujourd'hui depuis minuit", a déclaré le coordinateur du centre médical, Oleg Musiy, à la radio pro-opposition Hromadske. Selon le site Ukrainska Pravda, quatre des cinq personnes tuées avaient des blessures par balles.

"Quatre blessures par balle à la tête et au cou pour l'un des morts, ce n'est pas de la légitime défense mais des tirs délibérés sur des citoyens pacifiques", ont déclaré les partis des leaders de l'opposition Arseni Iatseniouk, Oleg Tiagnikok et Vitali Klitschko, dans un communiqué. Viktor Ianoukovitch "a cessé d'être président et est devenu un assassin", a déclaré, dans un message transmis par ses proches, l'opposante emprisonnée Ioulia Timochenko.

Cocktails molotov et balles en caoutchouc

Le tour tragique pris par les événements marque un véritable tournant en Ukraine, assure Volodymyr Poselsky :

Aujourd'hui on ne parle plus d'un conflit purement politique, mais d'un conflit entre le pouvoir et la population civile, avec utilisation de la violence, de tirs à balle réelles.


Un manifestant pro-UE s'apprête à lancer un pneu enflammé, le 22 janvier 2014 à Kiev (Reuters/Vasily Fedosenko)

Certains en Ukraine y voient le résultat d'une théorie politique "pensée par des experts russes", poursuit le président d'Ukraine en Europe, celle du "chaos organisé".

On engendre les violences et on s'en sert comme prétexte pour réprimer l'opposition, ou pour diviser l'Ukraine. La question de l'indépendance de Viktor Ianoukovicth se pose car sa stratégie est complètement suicidaire, alors qu'il avait moyen de calmer le jeu.

Depuis mercredi matin, les forces de l'ordre, dont les unités anti-émeute Berkout, casqués et équipés de boucliers, ont lancé plusieurs assauts contre les barricades dressées près du siège du gouvernement et le Parlement.

Les manifestants jetaient des cocktails Molotov et des pierres sur les forces de l'ordre, et celles-ci ripostaient par des tirs de balles en caoutchouc et des grenades assourdissantes. Les manifestants isolés ou tombés étaient battus sans ménagement à coup de pieds et de matraque, selon les journalistes sur place.

Nouvelle rencontre entre le président et l'opposition

Le président Viktor Ianoukovitch a reçu trois heures durant les leaders de l'opposition, dont l'ex-boxeur Vitali Klitschko, sans qu'aucune annonce ne soit faite à l'issue de cette réunion qui visait à faire cesser les violences. "Si Ianoukovitch ne fait pas de concessions, nous passons à l'offensive" jeudi, avait déclaré la veille Vitali Klitschko, réclamant la convocation d'élections anticipées. L'opposition doit à nouveau rencontrer le président ukrainien, selon l'AFP.

Celle-ci, contestée "pour son absence de stratégie" selon le président d'Ukraine en Europe, pourrait cependant se voir débordée. Demandant "trop de choses" à l'origine, "l'opposition s'est un peu discréditée car elle n'a pas su organiser les manifestations", explique Volodymyr Poselsky.

Premières sanctions

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L'Union européenne a réagi rapidement, indiquant "étudier de possibles actions et les conséquences" pour ses relations avec l'Ukraine. Mais l'Allemagne, qui entretient des relations étroites avec la Russie, a indiqué jeudi que des sanctions contre l'Ukraine n'étaient "pas à l'ordre du jour". De son côté, Washington a annoncé de premières sanctions, en révoquant les visas de responsables ukrainiens impliqués dans les violences.

Pour Volodymyr Poselsky, c'est le principal moyen de pression sur le pouvoir ukrainien. Et d'éviter que la situation se dégrade bien davantage, aux portes de l'UE :

Pour l'instant, la situation est encore un peu contrôlable car la contestation est encore localisée dans une seule zone, la capitale, Kiev. Mais les États-Unis et l'Europe doivent réagir, car la situation peut vraiment dégénérer.

latribune.fr

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