Jan Koum : de l'Ukraine communiste aux 19 milliards de Whatsapp

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Le co-fondateur de la messagerie instantanée WhatsApp siégera désormais au conseil d'administration de Facebook.
Le co-fondateur de la messagerie instantanée WhatsApp siégera désormais au conseil d'administration de Facebook. (Crédits : DR)
Le patron de l'application vendue 19 milliards de dollars à Facebook a émigré aux Etats-Unis alors qu'il avait 16 ans. De son passé en pays soviétique, il garde une obsession de la protection de la vie privé. Un des arguments clés de WhatsApp.

C'est une histoire comme l'Amérique en raffole. "From rags to riches", selon l'expression anglophone désignant ceux qui, partis de rien, ont fait fortune. D'un côté, il y a Jan Koum, né dans l'Ukraine communiste des années 1970, autodidacte en informatique. De l'autre, Brian Acton, diplômé de la prestigieuse université de Stanford et ayant grandi dans une banlieue aisée de Floride. En 1997, Brian Acton reçoit Jan Koum pour un entretien d'embauche chez Yahoo!. Aujourd'hui, la paire d'amis est milliardaire et Jan Koum va rejoindre le conseil d'administration du réseau social Facebook.

Agent de sécurité chez Ernst & Young

Né dans un village non loin de Kiev, Jan Koum a 16 ans lorsque, face à la montée des troubles politiques et de l'antisémitisme, il émigre avec sa mère à Mountain View, en Californie. Le père ne parvient pas à les rejoindre.

Installés dans un petit deux pièces alloués par l'Etat, ils tentent alors de s'en sortir. Jan Koum multiplie les petits boulots et touche quelques aides pour soigner le cancer de sa mère. A 18 ans, il commence à s'initier seul à l'informatique, puis rejoint un groupe de hackers appelé w00w00. Il y rencontre entre autres Sean Fanning, le futur co-fondateur du site de musique en ligne Napster. Plus tard, il entre à l'université de San José et travaille de nuit comme agent de sécurité dans les bureaux d'Ernst & Young.

En 1997, Brian Acton le reçoit chez Yahoo!, où il s'occupe de la publicité, pour un entretien d'embauche afin de travailler dans les systèmes de sécurité. Les deux hommes deviennent amis, se retrouvent pour skier, jouer au football ou à l'Ultimate Frisbee. En 2006, Jan Koum est affecté au développement de la plateforme publicitaire de Yahoo!, Projet Panama. Il a la publicité en horreur. Un an plus tard, Jan Koum et Brian Acton quittent la société le même jour et s'offrent un an d'année sabbatique sous la forme d'un tour du monde. Jan Koum a alors 400.000 dollars d'économies.

"J'ai grandi dans une société où tout était espionné"

L'histoire veut que ce soit Jan Koum qui ait eu l'idée de WhatsApp. En 2009, alors qu'Apple a récemment lancé son Apple Store, le jeune homme se met à penser à une application qui permettrait à ses contacts de savoir si sa batterie de téléphone est basse, s'il ne peut pas répondre parce qu'il est à la gym ou s'il est en plein appel à travers un système de statut. Il s'associe alors avec un développeur russe, Igor Solomennikov. Le 24 février 2009, WhatsApp Inc. est incorporé en Californie. Brian Acton rejoindra l'aventure neuf mois plus tard, il s'était entre temps vu refuser des postes chez Twitter et Facebook.

En moins de cinq ans d'existence, l'application a attiré la confiance de plus de 450 millions d'utilisateurs actifs. Jan Koum a toujours fait de la sécurité sa priorité numéro un. En Ukraine soviétique, il a été marqué par le sort réservé aux dissidents politiques. "J'ai grandi dans une société où tout ce que vous disiez était espionné, enregistré, rapporté", explique-t-il au magazine californien Wired. Avec Whatsapp, "on veut connaître le moins de choses possible. On ne connaît ni votre nom, ni votre genre... (...) On n'est pas orienté vers un modèle de publicité, donc on n'a pas besoin de vos données."

Au printemps 2013, les deux dirigeants auraient, dit-on, refusé une offre de rachat de 1 milliard de dollars émanant de Google. Sage décision, puisque pour les convaincre, c'est 19 milliards de dollars que Facebook a mis sur la table. Aujourd'hui, les deux hommes détiendraient environ 60% de WhatsApp, et Jan Koum 45% à lui seul, affirme le magazine américain Forbes qui valorise ainsi la participation de l'ancien émigré ukrainien à 6,8 milliards de dollars.

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a écrit le 21/02/2014 à 2:24 :
Dans ces grosses opérations US, il ne faut pas s'arrêter aux apparences. Ce n'est qu'un des multiples moyens par lesquels on dote des acteurs apparemment hors système de moyens extraordinaires pour implémenter la politique de l'état profond US. Pour s'en convaincre il suffit de regarder ce que font les bénéficiaires de ces sommes. Ils se muent instantanément en activistes "indépendants" soutenant à la virgule près l'agendas politique (au sens large) tout en bénéficiant d'une latitude que n'ont pas les acteurs officiels du glacis. Ils permettent de maintenir une source de financement et d'influence hors cadre. Ils redistribuent de même, créant de nouveaux acteurs d'influence. C'est ce qu'on appelle une "multi tiered strategy" où les niveaux de pertinence s'imbriquent et se renforcent. On maintient l'attractivité du "rêve américain", on renforce la légitimité des politiques par le soutien apparent des acteurs qui ont réussi etc. Regardez ce que fait un Zuckerberg par exemple puisqu'on parle de lui indirectement. On retrouve ce fonctionnement au niveau de tout ce qui peut contribuer à pousser un agenda précis, que ce soit le secteur éducatif, les fondations, les médias, le secteur technologique, etc.
Quand un acteur parait intéressant, on fait ce qu'il faut pour qu'il soit de la partie. Idem quand un acteur gêne, on le rend inoffensif. Tout cela n'enlève rien au mérite des uns et des autres. Contrairement à la politique où le système préfère le plus bas commun dénominateur, ce n'est pas le cas ici. Mais combien y a-t-il d'élus au regard du nombre de candidats pour ce type d'opération? Très peu et toujours pour des montants colossaux. On ne se débarrasse pas de quelqu'un en lui donnant des milliards. On en fait un nouvel acteur.
Last but not least, comment ne pas voir l'ironie magnifique que Facebook, au coeur de la monétisation des données personnelles, spécialiste de la modification unilatérale des clauses de protection des données, fer de lance de la disparition de la vie privée; racheter une application qui protège la vie privée des utilisateurs? Ils vont en faire quoi?
a écrit le 20/02/2014 à 17:51 :
Il pourra bientôt ajouter sur son CV la ligne "2014: j'ai pillé Marck Zuckerberg de 19 milliards de dollars"
a écrit le 20/02/2014 à 16:12 :
"En moins de cinq ans d'existence, l'application a réussi à attirer chaque mois la confiance de plus de 450 millions d'utilisateurs."
Relisez-vous par pitié.....
Réponse de le 20/02/2014 à 18:05 :
Je crois que vous devriez d'abord réfléchir ..On vous ré-explique ou vous y arriverez ?
Réponse de le 21/02/2014 à 10:32 :
La formulation de la phrase prête à confusion ..; C'est un fait !
Réponse de le 21/02/2014 à 12:12 :
@Ultor 450 millions d'utilisateurs c'est le total aujourd'hui... Or la phrase indique clairement que c'est le nombre d'utilisateurs gagnés chaque mois.. ce qui est bien entendu impossible... Manifestement, ça ne vous interpelle pas!
Réponse de le 21/02/2014 à 13:02 :
Le journaliste vient d'éditer et de supprimer le "chaque mois"... La phrase prend maintenant tout son sens.

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