Gary Becker, l'économiste sociologue

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Né en 1930 en Pennsylvanie, Gary Becker enseignait l'économie depuis 1957 et la sociologie depuis 1983. (Photo : Reuters)
Né en 1930 en Pennsylvanie, Gary Becker enseignait l'économie depuis 1957 et la sociologie depuis 1983. (Photo : Reuters) (Crédits : reuters.com)
Décédé samedi, ce membre éminent de l'école de Chicago avait "étendu le domaine de l'analyse micro-économique à un vaste éventail de comportements et d'interactions humaines, y compris à des comportements qui ne relèvent pas du marché", disait le comité du Nobel sur son travail. Il avait reçu le Prix en 1992.

Pourquoi se marie-t-on, poursuit-on des études, commet-on des crimes ? Restant pendant des siècles l'apanage de la morale, puis de la sociologie, ces questions ont été longtemps ignorées par les économistes. Mais, à contre-courant, un pionnier s'est donné pour mission de les passer au crible de l'économie : c'était Gary Becker, qui a reçu à ce titre le Prix Nobel en 1992. Il est décédé samedi à 83 ans.

La micro-économie : un outil d'analyse de tous les comportements humains

Né en 1930 en Pennsylvanie, Gary Becker a été diplômé à Princeton en 1951, pour ensuite obtenir un doctorat à l'université de Chicago en 1955. Dès le début de sa carrière, le sujet de sa thèse, intitulée The Economics of discrimination, donne le ton de ses centres d'intérêt et de l'originalité de son approche. Il expliquera d'ailleurs, lorsqu'il remportera le Prix Nobel d'Economie :

« Je m'intéressais aux problèmes sociaux, tout en ressentant clairement que c'était l'économique qui avait les outils pour apporter des réponses à ces questions ».

Expliquer la vie ordinaire des gens par l'analyse micro-économique constituera dorénavant le coeur de ses recherches. Professeur à la Columbia University de 1957 à 1968, puis à l'université de Chicago (où, depuis 1983, il enseignait aussi la sociologie), il sera recompensé pour ces travaux par deux hautes distinctions américaines, s'ajoutant au Nobel : la Presidential Medal of Honor en 2007 et la National Medal of Science en 2000.

Les humains, des êtres rationnels

Membre éminent, avec Milton Friedman, de l'école comportementaliste de Chicago (fondée dans les années 1970 par Herbert Simon), en large partie libérale, Gary Becker partait d'un postulat novateur en économie : loin d'être explicable seulement par des sentiments illogiques, le comportement humain suit lui aussi des principes rationnels tenant compte de diverses motivations.

Dès sa thèse, publiée en 1957, il observa ainsi que, dans un marché concurrentiel, les discriminations tendent à se résorber d'elles-mêmes, les entreprises les moins égalitaires en termes d'embauche se trouvant à assumer pour cette raison des coûts plus importants. En se penchant plus tard sur la criminalité, il insista sur les liens entre sa hausse et la diminution des peines.

Le prisme de la rationalité économique fut aussi appliqué à la famille par Gary Becker. L'économiste découvrit ainsi que le coût du divorce, plus élevé pour les couples riches, est l'une des raisons qui explique pourquoi ces derniers se séparent moins. En développant sa théorie du "capital humain", qui donnera le titre à l'un de ses ouvrages les plus connus (Human capital: A theoretical and empirical analysis, publié en 1964), il montra encore que la décision de poursuivre des études n'est qu'un investissement consenti en fonction d'une simple analyse coûts-bénéfices. Pour les parents qui financent un tel choix, le taux de rendement peut d'ailleurs se révéler plus élevé que celui d'un plan de retraite, démontra-t-il.

L'économie au centre de tous les choix

Par le biais de sa nouvelle approche, Gary Becker restituait ainsi non seulement leur dimension économique à "un vaste éventail de comportements et d'interactions humaines, y compris à des comportements qui ne relèvent pas du marché", selon les termes utilisés par le comité Nobel qui décernera son prix. Il rendait aussi à l'économie son statut de science sociale, omniprésente dans les choix du quotidien.

Conseiller du candidat républicain Bob Dole lors de l'élection présidentielle de 1996, Gary Becker ne se contentait d'ailleurs pas de se faire entendre dans les milieux universitaires. Éditorialiste entre 1985 et 2004 pour Business Week, il tenait depuis 2004 un blog célèbre avec le juge américain Richard Posner, dans lequel il avait cessé d'écrire il y a moins de deux mois, programmant de reprendre à la mi-avril.

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