En Chine, l'harmonie sociale a maintenant son indice

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Le niveau de vie progresse à grande vitesse dans les grandes villes chinoises. Mais les inégalités augmentent elles aussi rapidement, et avec elles, le mécontentement de la population. (Photo : Reuters)
Le niveau de vie progresse à grande vitesse dans les grandes villes chinoises. Mais les inégalités augmentent elles aussi rapidement, et avec elles, le mécontentement de la population. (Photo : Reuters) (Crédits : Reuters)
Pékin a lancé un indice officiel censé mesurer l'harmonie sociale dans les campagnes chinoises. Reste à savoir si la population sera convaincue.

C'est une des obsessions de Pékin avec l'environnement: l'harmonie sociale. En plein ralentissement de la deuxième économie mondiale, le pouvoir central redoute plus que toute autre chose des mouvements sociaux qui pourraient remettre en cause sa légitimité. Symbole de cette crainte, la Chine a publié mardi son premier indice de "l'harmonie sociale en milieu rural", ont rapporté les médias officiels.

Les zones rurales regorgeraient de gens honnêtes

D'après ce premier indice, l'harmonie sociale dans les campagnes chinoises se situe très précisément à 59,2526 points sur un maximum possible de 100, selon l'agence Chine nouvelle, organe du parti communiste, qui citait un rapport du Centre d'études rurales de l'Université normale de Chine.

Il n'y a pas que l'indice lui-même qui a de quoi surprendre, avec ses quatre chiffres après la virgule. Son mode de calcul, lui aussi, semble extrêmement pointilleux et prend en compte "la démocratie, la justice, l'honnêteté, le dynamisme, la stabilité et, enfin, l'harmonie entre les hommes et la nature", souligne Chine nouvelle. Tout un programme.

Ainsi les zones rurales regorgeraient-elles de gens honnêtes, puisque le niveau d'honnêteté dans les campagnes est de 83,65. En revanche, les paysans chinois pêchent un peu en matière d'harmonie avec la nature, à un niveau à peine supérieur à 50.

"Société harmonieuse"

Le concept même de "société harmonieuse" avait été introduit par le précédent président chinois Hu Jintao, qui en avait fait le leitmotiv de ses politiques destinées à mieux "unifier la Chine".

La Chine n'est pas le premier pays à tenter de quantifier le bien-être de ses habitants. Perdu au cœur des montagnes himalayennes, le Bhoutan avait ainsi attiré l'attention internationale avec son concept de "Bonheur national brut", qui recouvrait neuf domaines distincts, dont la bonne gouvernance, la santé, la vitalité culturelle et la diversité. Une avancée qui n'avait pas convaincu la population du pays.

En Chine, le slogan de Hu Jintao est devenu d'une ironie grinçante, avec la multiplication ces dernières années des manifestations, désordres sociaux en tous genres et explosions de violences, au milieu d'un mécontentement populaire grandissant contre la corruption, les expropriations, les abus policiers ou les salaires impayés. L'insolente croissance chinoise s'accompagne en effet d'une forte montée des inégalités sociales et de graves dommages environnementaux, qui eux même attisent les frustrations.

Pékin vent-debout contre la démocratie

Par ailleurs l'un des critères notamment, a de quoi entâcher la crédibilité de ce nouvel indice : la démocratie. Les dirigeants chinois se sont en effet ouvertement prononcés ces derniers mois contre l'avènement d'un système démocratique. Ce fut le cas notamment du président Xi Xinping lui-même, qui avait considéré début avril que "la monarchie constitutionnelle, la restauration impériale, le système multipartite et le régime présidentiel" n'ont pas fonctionné en Chine.

Depuis son arrivée au pouvoir, Xi Xinping, obsédé par l'échec de la Perestroïka entamée par Mikhaïl Gorbatchov à la fin des années 1980 qui s'est soldée par la chute de l'URSS, n'a de cesse de contrecarrer le moindre écart. En août dernier, le New York Times avait même révélé l'existence d'une circulaire, le "Document numéro 9", à destination des membres du parti selon laquelle il était possible que le PCC finisse par perdre le pouvoir.

A moins que le pays ne parvienne à éradiquer sept idées qui vont à l'encontre de sa pureté idéologique. En tête: celle d'une constitution démocratique à l'occidentale. Suivaient notamment la défense des droits de l'Homme, une justice indépendante, la liberté de la presse, le néo-libéralisme et l'émergence d'une société civile. Bref, Pékin a sa propre conception de l'harmonie sociale.

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Commentaires
a écrit le 15/05/2014 à 12:17 :
Je vois très bien le truc : les gouverneurs des provinces vont simplement renforcer les "forces de sécurité intérieures" histoire d'avoir un "bon score". Roulez jeunesse... Ca va saigner...
a écrit le 14/05/2014 à 20:30 :
Il est pas mal ce train sur la photo, il n'y a pas de marche à monter à quai c'est bien cela ?
a écrit le 14/05/2014 à 13:46 :
Romain Renier: liberté de la presse vous voulez dire par là liberté d'intox? Non merci, je pense que les journalistes ont conditionné suffisamment les gens comme ça, cela doit suffire!!! Les gens ont gobé vos intox et ils sont devenus des C...!
a écrit le 14/05/2014 à 12:11 :
Malgré les tapis rouges que l'Elysée déroule pour les dirigeants chinois, qu'on parle (mal) de la Chine dans le médias français, encore plus que n'importe quel média au monde, on voit partout cette rengaine bien de chez nous, cet même esprit de dépit envers l'herbe plus verte du voisin, c'est pénible...

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