"Une victoire de Syriza serait une bouffée d'air frais pour les peuples européens"

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Rena Dourou, élue de Syriza, est préfète de l'Attique (la région administrative d'Athènes) depuis le 1er septembre 2014, date de son entrée en fonction. (Photo: Le soir de son élection, 25 mai 2014, devant l'université d'Athènes, Rena Dourou salue ses supporters.)
Rena Dourou, élue de Syriza, est préfète de l'Attique (la région administrative d'Athènes) depuis le 1er septembre 2014, date de son entrée en fonction. (Photo: Le soir de son élection, 25 mai 2014, devant l'université d'Athènes, Rena Dourou salue ses supporters.) (Crédits : Reuters)
Rena Dourou a été élue pour Syriza l'an dernier préfète de la région la plus peuplée de Grèce, l'Attique. Elle explique à La Tribune son action, ce qu'est la gestion Syriza, et son point de vue sur la campagne électorale hellénique.

Pouvez-vous nous dire ce qui a changé dans la gestion de la préfecture de l'Attique depuis votre victoire ?

Il y a un avant et un après le 1er septembre 2014, date à laquelle nous avons assumé la responsabilité de l'administration de la Région. Un vent nouveau a soufflé tant au niveau administratif et économique qu'au niveau des mentalités. Nous avons clairement gérer l'administration d'une façon nouvelle.

De nombreux observateurs critiquent « l'irresponsabilité » de Syriza. En tant que responsable politique élue de ce parti, que vous inspire cette critique ?

Il s'agit d'une énorme hypocrisie. Ceux qui nous reprochent cette irresponsabilité sont eux-mêmes les responsables de la crise morale, politique et économique que le pays est en train de vivre. Les conservateurs de la Nouvelle Démocratie et les socialistes de PASOK, qui gouvernent aujourd'hui, ont géré le pays pendant plus de quarante ans et ont établi un système de pouvoir corrompu, basé sur le clientélisme, avec pour seul but de conserver les leviers du pouvoir. En revanche, Syriza a prouvé qu'elle est une force politique sérieuse et responsable, qui veut introduire un nouveau paradigme d'exercice du pouvoir.

Syriza met l'accent dans son programme sur la nécessité de rénover l'État et de lutter contre la corruption. L'Attique peut-elle représenter un « modèle » ou un « laboratoire » de cette volonté ?

On insiste sur le besoin de reformer la fonction publique, non pas en renvoyant en masse les fonctionnaires, comme l'a fait le gouvernement actuel, mais en posant les bases d'un secteur public qui puisse fonctionner comme un outil décisif de la reconstruction productive du pays. Une reconstruction basée sur le besoin de mettre une fin à la crise humanitaire, en aidant les gens qui se trouvent dans le besoin - et ils sont nombreux - , mais aussi sur le besoin de relancer notre économie qui stagne en raison de la politique de dévaluation interne. Dans la Région d'Attique, nous nous efforçons, comme je viens de le souligner, de changer de paradigme : on travaille beaucoup, dans le but de servir les citoyens et de relancer l'économie de la région la plus touchée par la crise économique, le chômage s'y élève à 30%.

Quels sont les grandes décisions que vous avez prises depuis votre arrivée à la tête de la préfecture de l'Attique l'an passé ?

On a mis l'accent sur le social en raison de la crise humanitaire. Nous avons mis en place un programme pour redonner du courant électrique à des ménages qui se trouvent dans l'impossibilité de payer leurs factures d'électricité. On a prévu dans notre budget un poste spécial de 2,5 millions d'euros uniquement dans ce but. De plus, on vient d'entamer l'important chantier de la réforme radicale du système de gestion des déchets de l'Attique. On vient d'annuler le projet de quatre usines de traitement de déchets mixtes, un projet qui allait à l'encontre de la législation européenne et, depuis 2012, des lois grecques. Pour ce qui est de traitement des déchets, on va faire entrer l'Attique au 21e siècle car, aujourd'hui, la situation existante fait penser plutôt à un pays du Tiers monde.

 Quels sont vos projets pour le reste de votre mandat ?

A part ce grand chantier, nous voulons faire de notre région un outil efficace de la reconstruction productive, en mettant l'accent sur la croissance, l'emploi, le soutien aux petites et moyennes entreprises. Nous envisageons d'agir à travers, par exemple, le Programme opérationnel régional d'Attique, approuvé il y a quelques jours.

Comment avez-vous perçu les pressions de l'Europe et de l'Allemagne dans cette campagne électorale ?

Ce n'est pas une question des relations entre deux ou trois pays. C'est une question plus générale concernant la crise de démocratie. Une crise de légitimité politique dont souffre tout l'establishment européen. Une crise qui sape, même avant la crise de la dette, le projet européen. Ce qui explique l'urgence d'une refondation démocratique de l'Union.

Une victoire de Syriza peut- elle représenter un changement de politique au niveau européen ?

Absolument. Une victoire de Syriza va ouvrir la voie du changement, au début au sud de l'Europe. Cela va être une bouffée d'air frais pour tous les peuples de l'Europe. Car on va prouver de façon tangible qu'on peut faire de la politique autrement et qu'il existe d'autres politiques que celle de la rigueur et de la dévaluation interne. Politiques qui tuent l'emploi et la croissance.

Quelle est votre opinion sur l'ambiance qui entoure cette campagne électorale ?

C'est une campagne tendue en raison de la stratégie de la tension, adoptée par la Nouvelle Démocratie, qui espère de cette façon faire peur aux citoyens et les décourager de voter pour Syriza. Peine perdue évidemment, car les citoyens ont déjà pris leur décision : ils veulent une nouvelle voie pour le pays. La voie de la dignité, de la justice sociale, de la solidarité.

Pensez-vous qu'Alexis Tspiras puisse former un gouvernement après le 25 janvier ?

Le peuple grec va nous donner tous les moyens pour pouvoir appliquer notre programme afin de faire sortir notre pays de l'impasse dans laquelle l'ont conduite les politiques des conservateurs et des socialistes. Syriza va former un gouvernement basé sur une vaste coalition sociale - une condition nécessaire pour la réussite de notre projet.

Quelle a été votre réaction aux récents attentats en France et à la mobilisation populaire qui a suivi ?

L'obscurantisme peut prendre diverses formes plus ou moins violentes. La tuerie de Charlie Hebdo est révélatrice du danger des fondamentalismes et des carences des pouvoirs en place pour faire face aux besoins de sociétés moralement déboussolées.

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  • POUR EN SAVOIR PLUS:

Une figure montante de la politique grecque

A 40 ans, Rena Dourou est une des étoiles montantes de la politique grecque. Le 1er septembre dernier, après une campagne très dure, elle a été élue à la tête de la préfecture de l'Attique avec 50,83 % des suffrages exprimées.

Rien ne destinait pourtant cette fille de policier à devenir la chef du principal gouvernement régional grec. Issue du mouvement altermondialiste, elle a rejoint Syriza en 2004, alors que la coalition de la gauche radicale n'était qu'un petit parti.

En 2012, elle s'est fait connaître par l'agression en direct dont elle a été victime par un membre du parti néo-nazi Aube Dorée. Elue députée, elle s'est spécialisée dans les questions internationales et est devenue une des figures de proue de Syriza.

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L'Attique, la plus peuplée des régions de Grèce

La préfecture de l'Attique est une des 13 régions administratives de Grèce issue de la réforme de l'administration locale de 2011 qui a simplifié la carte de la Grèce et rendue élective la charge de préfet.

C'est la région la plus peuplée de Grèce, avec plus de 3,8 millions d'habitants sur un total de 10,8 millions d'habitans pour le pays. Outre l'Attique "géographique", et donc la métropole d'Athènes-Le Pirée, la région comprend également une partie du Péloponnèse (aux environs de Trézène) et les îles d'Egine, de Salamine, d'Hydra, de Poros et de Cythère (au sud du Péloponnèse).

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Commentaires
a écrit le 21/01/2015 à 12:52 :
On parle effacement des dettes, 100 milliards en 2012... il parait que les français paieront! n'ont-ils pas des gens qui ne payent pas d'impôts pour régler leur dette?
Et pour les autres Etats européens?
a écrit le 20/01/2015 à 14:18 :
Le réveil des Peuples n'est jamais une bonne nouvelle pour les banquiers.

Quand à l'Allemagne, qu'elle commence par rembourser la dette de la Seconde guerre mondiale à la Grèce dont elle ne s'est JAMAIS acquittée. On pourra ensuite donner un peu de respectabilité à ses positions.
a écrit le 20/01/2015 à 13:59 :
L'histoire est remplie d'aberrations qui se sont construites sur des quiproquos ou des résultantes de positions opposées. Bien des prêteurs , mais aussi l'économie libérale, se satisfont d'un endettement savamment dosé, qui permet de poursuivre un certain libéralisme ; d'un fil à la "patte", pour ne pas dire une chaîne. Malheureusement d'autres, dont la vision économique est à l'opposée y voient eux la possibilité d'une réponse pour relancer les marchés. bref!
La bouffée d'oxygène tant espérée risque de se transformer en un étouffement.
Non seulement la Grèce ne sera pas en mesure d'imposer ses vues au reste de l'Europe, Mais sa posture, jugée comme irresponsable, ne fera qu'éloigner, autant les Européens que les investisseurs potentiels. Il ne s'agit pas d'un jeu du chat et de la souris, mais d'une détermination à conduire l'Europe, qui ne peut souffrir des discordances très minoritaires.
a écrit le 20/01/2015 à 1:16 :
... tenter l'expérience? Quand on pense que celle qui nous guette ici marche au pas de l'oie...
a écrit le 19/01/2015 à 20:13 :
Malheur pour les Grecs, le communisme revient et c'est une tragedie. Je l'ai vecu dans un des pays de l'Est. Ceux qui ne l'ont pas vecu ne peuvent pas savoir.
a écrit le 19/01/2015 à 17:40 :
les Grecs , qu'ils commencent par rembourser TOUTES leurs dettes , après ils pourront faire ce qu'ils veulent! et emprunter à qui ils voudront
Réponse de le 20/01/2015 à 14:21 :
Et les Bosch aussi !!
a écrit le 19/01/2015 à 15:31 :
Nous en France nous attendons le Cirizafrance
car comme en Grèce depuis 40ans en France aussi ce sont les mêmes, Commission de Bruxelles selle UMP PS UDI et aussi un peu le FN qui sèment les désordres.
a écrit le 19/01/2015 à 14:03 :
J'aime bien le "basé sur la cohésion sociale". C'est ce que nous surine les différents partis depuis plus de 30 ans. En clair, cela veut dire "serrez-vous la ceinture un peu plus et on vous promet des lendemains meilleurs"...qui n'arrivent jamais bien entendu :-)
a écrit le 19/01/2015 à 13:00 :
La politique qui consiste à ne pas reconnaître ses dettes est un piège dont on ne sort jamais par le haut ! Rappelez-vous les conséquences du péronisme, infernales pour l'Argentine...
Réponse de le 19/01/2015 à 13:43 :
Le problème c'est surtout la politique de Menem qui a décidé d'encrer le peso argentin au dollar, provoquant une crise sans précédent. Il faut quand même rappeler qu'après le défaut et la dévaluation ils ont eu une croissance de 8%-9% en moyenne de 2003 à 2012, donc oui c'est pas parfait mais la cause de la crise n'est pas forcément celle à laquelle on pense
Réponse de le 19/01/2015 à 18:09 :
@Virg: à partir en gros des années 60, les Américaisn ont mis en poste des dictateurs à leur solde en Amérique du Sud et Centrale...d'où l'arrimage au dollar :-)
Réponse de le 20/01/2015 à 7:13 :
là, l'€ est seul et s'effondre. Cela relance-t-il l'activité ???? NON !!! le pétrole bas ???? NON les taux d'intérêts bas voir nuls ???? NON !!!!!
a écrit le 19/01/2015 à 12:53 :
y a des regles du jeu en europe, alors qque soit le parti elu en grece, SOIT il respecte les regles, SOIT ca sera catastrophique pour les grecs ( dans le moins pire des cas, la banque centrale sera gavee d'obligations grecques qu'elle remboursera par de l'hyperinflation en grece quand vraiment ca n'ira plus... le venezuela est un tres bon exemple des choses a faire ou pas)
et cette regle vaut AUSSI pour la france qui n'a encore fait aucune reforme ( hormis passer la retraite de 62 ans a 60 en comptant financer tout ca par eurobonds ' payes par personne'
Réponse de le 19/01/2015 à 13:46 :
Le Venezuela n'a pas eu de déficit de 1998 à 2013 d'après ce que j'ai lu, donc oui le Venezuela a une politique économique catastrophique mais ça ne vient guère de l'endettement
Réponse de le 19/01/2015 à 13:47 :
Donc pour vous la solution c'est le chômage à 30%, c'est ça ?

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