Pourquoi l'Irlande met la BCE dans l'embarras

Dublin négocie avec la Banque centrale européenne (BCE) le report d'une échéance de 3,1 milliards d'euros au 31 mars. L'institution de Francfort devrait céder, presque malgré elle.
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L?Irlande espère obtenir un délai pour le paiement des 3,1 milliard d?euros qu?elle doit verser le 31 mars prochain, à l?ex-Anglo Irish Bank, devenue depuis Irish Bank Resolution Corp. (IBRC). La balle est cependant dans le camp de la BCE, car ce paiement s?inscrit en réalité dans l?accord de sauvetage des banques mis en place en 2010 lorsque le système bancaire irlandais était sur le point de sombrer.

Remboursement à la BCE
Dublin, incapable alors de faire face, a accordé pas moins de 31 milliards d?euros de "billets à ordre" ("promissory notes") à ses banques. Ces dernières sont ensuite allées au guichet de la BCE échanger ces bons d?Etat contre de l?argent frais. Mais la BCE a posé ses conditions. Pas question pour elle de financer l?Etat irlandais et de créer ainsi de la masse monétaire. Il a donc été convenu que Dublin reversera des annuités à ses banques qui, à leur tour, devront déposer ce numéraire auprès de la Banque centrale qui se chargera de le détruire.

Risques conjoncturels
Seulement voilà : cette somme de 3,1 milliards d?euros n?est pas anodine pour l?Irlande dont le budget en 2012 s?élève à 61 milliards d?euros. Car si la petite république de l?île verte est désormais présentée par les doctes économistes orthodoxes comme le contre-exemple parfait de la Grèce ou du Portugal qui saluent son "redressement réussi", son économie demeure fragile. Dernière preuve en date : l?annonce surprise ce jeudi de l?entrée en récession du pays au quatrième trimestre de l?an dernier. L?amélioration de la compétitivité du pays, notamment à coup de baisses de salaires, avait certes permis au pays de favoriser ses exportations. Le pays a même dégagé en 2011 un excédent courant. Mais le ralentissement de la demande mondiale a stoppé net l?élan de l?Eire. Le coup est d?autant plus rude que la demande intérieure reste en chute libre. "Le risque sur la croissance demeure fixé vers la baisse", constatait en février la Commission européenne. Les ménages demeurent en effet très endettés et sont frappés de plein fouet par les mesures d?austérité et un chômage qui demeure à près de 15 % de la population active. La consommation des ménages recule depuis 6 trimestres et les ventes au détail ont reculé de 2,7 % sur un an en janvier dernier.

Prévisions budgétaires décevantes
Dans ces conditions, l?objectif d?une croissance de 1 % du PIB du gouvernement cette année paraît très optimiste. Il a pourtant été revu à la baisse de 30 points de base depuis l?établissement du budget. Selon le bulletin mensuel du ministère des Finances, Dublin ne vise plus qu?un déficit de 10 % du PIB en 2012, soit presque autant que les 10,1 % de 2011. On est loin de la situation idéale que décrivent certains et c?est pourquoi Dublin se passerait bien de ce paiement à la IBRC.

Nouveau système
Dublin proposerait donc, à la place du système prévu, de verser les 3,1 milliards d?euros à IBRC pour qu?elle achète autant d?obligations d?Etat irlandaises à 25 ans. Ceci permettrait d?éviter tout problème de liquidité pour l?Eire. Mais on comprend qu?à la BCE, la pilule a du mal à passer. L?institution de Francfort est en effet sous le feu des critiques de la Bundesbank qui redoute le coût et les conséquences inflationnistes de sa politique d?aide aux pays en difficulté. Selon le Financial Times, Mario Draghi s?apprêterait même à stopper certains programmes de rachats de titres, notamment d?obligations sécurisées. Or, les obligations à 25 ans achetées par IBRC pourraient encore être déposées en collatéral à la banque centrale pour obtenir de l?argent frais. Au lieu de stopper la création monétaire, elle l?accélèrerait.

Optimisme dublinois
Ce jeudi soir, pourtant, l?optimisme était de rigueur à Dublin où l?on croyait que le président de la banque centrale irlandaise, Patrick Honohan, avait de bonnes chances de convaincre la majorité de ses 26 collègues. Il est vrai que le Premier ministre irlandais Enda Kenny a menacé de faire appel au FESF en cas d?échec. Or les Européens aimeraient éviter de vider ce fonds pour faire face à d?éventuelles attaques contre l?Espagne ou l?Italie. Surtout, si l?Irlande décidait de ne pas honorer son paiement à l?IBRC, elle serait immédiatement déclarée en défaut de paiement par les agences de notation. La crise ne manquerait alors pas de repartir. La BCE voudra éviter un tel dérapage et sera donc amené à céder à la demande irlandaise. Mais elle entre alors dans un jeu risqué : celui de voir d?autres pays demander l?usage de la planche à billet. Et celui de voir la Bundesbank s?énerver un peu plus?

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Commentaires 3
à écrit le 23/03/2012 à 11:30
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Oui M. Draghi le bilan de la BCE totalisera bientôt 5.000 milliards d'euros à ce rythme là, grâce à vous, mais attention M. Draghi c'est pas le Monopoly la BCE, c'est en vrai.

le 26/04/2012 à 15:32
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Le problème étant avec le système monétaire qu'en fait le "vrai" est très relatif car tout est largement virtuel "en réalité"

à écrit le 23/03/2012 à 9:09
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c'est ce qu'on appelle un évènement de crédit, mais la qualité du collateral remis par les banques irlandaises à la BCE constituait déjà à mon avis un évènement de crédit. Donc l'Irlande pas plus que la Grèce ne sont solvables aujourd'hui sans le new...

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