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ÉconomieUnion européenne

Pourquoi les marchés aiment François Hollande

Ivan Best

Publié le 22 mai 2012 à 17:08 - Mis à jour le 22 mai 2012 à 17:10

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Le nouveau président de la République, qui disait voilà quelques mois avoir la "finance pour ennemie" n'est pas détesté des marchés. A preuve, les taux d'intérêt à long terme sont plus faibles qu'en début d'année. Ils traduisent surtout une inquiétude très faible sur la capacité de l'État français à rembourser ses dettes

Contrairement aux craintes évoquées début avril, les marchés financiers n'ont pas cherché à sanctionner, d'une quelconque manière que ce soit, l'arrivée de François Hollande au pouvoir, lui qui avait pourtant déclaré fin janvier avoir « la finance pour ennemie ». Un indicateur le prouve : les taux d'intérêt à 10 ans, déterminés par le marché obligataire. Proches de 2,6%, ils sont aujourd'hui plus bas qu'au début de l'année. Ils atteignaient 3,3% début janvier et 2,9% le 23 avril, au lendemain du premier tour de l'élection présidentielle. Historiquement, ces taux sont d'ailleurs très faibles. Bien sûr, ils sont encore plus bas en Allemagne, à 1,35%, un niveau de bulle obligataire.... Mais on a oublié un peu vite qu'avant l'arrivée de l'euro, ils se situaient en France autour de 9 à 10%. Et qu'ensuite, un rendement proche de 4% était jugé normal. Cette réalité financière tranche avec les discours alarmistes sur la France, qui serait la prochaine victime des marchés...

Observer la courbe des taux
Alors, que pensent-ils vraiment ces « marchés » ? « En fait, ils n'ont jamais anticipé de tensions liées à l'arrivée de François Hollande à la tête de l'Etat » estime l'économiste Jacques Delpla, qui fut conseiller de Nicolas Sarkozy à Bercy, et membre de la commission Attali sur la croissance. «Il suffisait de suivre la courbe des taux pour s'en convaincre ».  D'où vient cette mansuétude à l'égard d'un dirigeant socialiste qui refuse l'idée d'une cure d'austérité et déclare vouloir faire la guerre à la finance ? « Les marchés savent que la gauche ne fera pas n'importe quoi » juge Jacques Delpla.
Pourquoi ont-ils plus confiance en l'économie française, dont l'endettement public se rapproche des 90% du PIB, seuil à parti duquel tous les indicateurs passent au rouge (croissance affaiblie, politique économique inopérante) selon les économistes Rheinart et Rogoff , qu'en l'Espagne ou l'Italie ? De fait, les taux d'intérêt à long terme sont beaucoup plus élevés dans ces deux pays, dépassant les 6%, ce qui traduit une certaine défiance...

Peu de doute sur un remboursement de la dette
« Il y a trois facteurs qui comptent, aux yeux des marchés » explique Jacques Delpla. « D'abord, l'inflation » qui menace le rendement des titres obligatoires. « Or, on ne prévoit pas de résurgence de l'inflation, en France ». Deuxième facteur : la croissance. Celle-ci restera proche de zéro en France, estime Delpla, mais le risque est faible d'une spirale récessive, sous l'effet d'une politique trop restrictive. Une spirale qui conduirait à la remise en cause de ce qui est bien sûr le plus important, aux yeux des marchés, la capacité à rembourser la dette, in fine . « Le marché ne doute pas que la dette publique française sera remboursée» souligne Jacques Delpla.
Ce qui n'est pas forcément le cas de la dette italienne ou espagnole. L'économiste estime d'ailleurs qu'un défaut espagnol est inéluctable, à savoir l'effacement d'une grande partie de la dette. Avec, à la clé, une recapitalisation des banques créancières.

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Hausses d'impôts et faible croissance
Les investisseurs semblent croire à la possibilité de réduire le déficit public, en France. Dès la présentation de son programme, le 26 janvier -presque quatre mois avant la commission européenne qui a fait une prévision équivalente-, le candidat socialiste avait d'ailleurs anticipé un surcroît de déficit de près de 1,5 point de PIB en 2013, par rapport à l'objectif des 3% qu'il partageait avec Nicolas Sarkozy. Et il avait immédiatement annoncé des mesures correctrices. Des mesures qui prendraient la forme de 29 milliards d'euros de hausses d'impôts, via la remise en cause de niches fiscales. De quoi, effectivement, donner un sérieux coup de frein à ce qui reste de croissance. Car les marchés n'attendent pas des miracles de ce que pourrait négocier François Hollande avec ses partenaires européens pour soutenir la croissance, et les mesures structurelles (banque des PME etc...) n'auront pas d'effet avant de longs mois
Mais les marchés, qui ont vu la capacité de l'Etat en France à lever des impôts - les prélèvements obligatoires ont enregistré une augmentation de 1,4 point de PIB en 2011, proche de la hausse record de Raymond Barre en 1976, sans que cela ne provoque de sérieux dégâts apparents - ne se préoccupent pas outre mesure des conséquences de cette future stagnation économique. Peu rancuniers à l'égard de celui qui dit avoir la finance pour ennemie, ils évaluent le risque d'un défaut ou non sur la dette française.

Ivan Best

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