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Événements
ÉconomieUnion européenne

Hollande marque des points pour sa première "montée à Bruxelles"

Florence Autret, à Bruxelles

Publié le 24 mai 2012 à 13:36 - Mis à jour le 24 mai 2012 à 13:46

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Ni Rastignac, ni Bécassine, le président français a réussi son examen de passage pour son premier sommet européen à Vingt-Sept. Plutôt que de coller à Angela Merkel, il a exprimé sa proximité avec Mario Monti.

Pour son baptême du feu européen, François Hollande a savamment dosé éléments de rupture et de continuité avec son prédécesseur. Pour certains, son style mêlant gravité et traits d?humour avait un goût de déjà vu. « C?est un clone de Sarkozy », a même soufflé un correspondant non européen au terme d?une conférence de presse qui s?est tenue autour d?une heure du matin. Le président français, arrivé le cheveu gominé et la mine relativement fraîche en dépit de l?heure tardive, a joué alternativement sur les registres de la gravité et de l?humour.

Comme avait pu le faire son prédécesseur, il a gentiment raillé la lourdeur de ces réunions à Vingt-Sept où « certains disent leur pensée en quelques minutes, quand d?autres prennent une partie de la nuit ». « J?ai pour ma part tenté d?être bref », a-t-il ajouté dans un sourire. « C?est le 24e sommet européen depuis octobre 2008. C?est dire s?il y a une lenteur dans le processus. Mais je ne veux pas, parce que je suis nouveau, faire la leçon », a-t-il dit avec un sens certain de l?antiphrase.

Les eurobonds, un moyen de stabiliser le marché obligataire

Sur le fond, le nouveau président français avance sur un sentier étroit, tentant comme les autres dirigeants européens de dégager des perspectives de moyen terme tout en gérant l?urgence. Son pari de remettre le sujet de la croissance sur l?agenda européen est d?ores et déjà gagné. Les lignes d?une stratégie qui sera dévoilée fin juin, lors d?un nouveau sommet européen à Bruxelles, se précisent avec un consensus large sur le lancement d?emprunts européens pour des grands projets d?infrastructure et la recapitalisation de la Banque européenne d?investissement (BEI). Mais son idée de placer le sujet des eurobonds, largement vu par les milieux financiers comme un moyen de stabiliser le marché obligataire européen à moyen terme, sous la coupe de cet agenda de croissance a du plomb dans l?aile.

Tout au plus, François Hollande, soutenu par le Premier ministre italien Mario Monti, a-t-il obtenu que « soit inscrite la perspective des eurobonds qui serait une étape supplémentaire de l?intégration européenne ». « Madame Merkel ne considère pas les eurobonds comme un élément de croissance mais comme une perspective lointaine d?intégration », a-t-il admis, laissant entendre que Berlin ne se plaçait pas dans la catégorie des pays « totalement hostiles » à des émissions communes, comme les Pays-Bas ou la Finlande, mais plutôt du côté des « autres qui l?envisageaient à très long terme ».

Vers une "union économique plus intégrée"

Le chef d?Etat a admis qu?un tel pas en avant « nécessiterait de modifier les traités ». « J?en conviens », a-t-il ajouté, donnant ainsi un gage à l?Allemagne en vue d?une intégration politique et budgétaire plus forte que Nicolas Sarkozy n?avait jamais consenti. Le débat est donc rouvert même si on attend toujours de la part de Paris de savoir quelles sortes de contrepartie la France pourrait proposer à un système de garanties croisées et solidaires entre membres de l?eurozone. Le président du Conseil européen Herman van Rompuy a été mandaté pour esquisser les contours d?une « union économique plus intégrée ».

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Comme chez son prédécesseur, l?approche de François Hollande reste fondamentalement politique au point de sembler parfois ignorer les rudiments de la grammaire financière. C?est le cas par exemple quand il dit que la recapitalisation de la BEI permettra de financer des investissements « sans que l?on ait à émettre des titres d?emprunt sur le marché », alors que la recapitalisation doit au contraire permettre à la BEI de retourner sur le marché pour lever de l?argent auprès des investisseurs? via des emprunts obligataires.

Eviter de faire basculer l'Espagne dans une situation similaire à l'Irlande

Sur la gestion immédiate de la crise, qui requiert une vue précise et dépassionnée des mécanismes financiers et monétaires à l??uvre, François Hollande s?est habilement mis dans le sillage de ceux qui appellent à des mesures à la fois rapides et structurelles pour stopper la contagion de la crise dans le Sud de l?Europe, à Rome, Francfort ou Washington. Il a plaidé en particulier pour une aide européenne aux banques espagnoles qui font face à plusieurs centaines de milliards d?euros de mauvaises créances et ont besoin de dizaines de milliards de capitaux supplémentaires.

Il a ainsi marqué son appui à « une utilisation qui pourrait être faite du mécanisme européen de stabilité de façon à ce qu?il puisse être utile à la recapitalisation des banques en lien avec la BCE ». Une perspective à laquelle le Premier ministre espagnol Mariono Rajoy s?est à nouveau dit hostile mercredi soir mais qui semble la seule permettant à court terme d?éviter de faire basculer l?Espagne dans une situation comparable à celle de l?Irlande du fait du transfert sur le budget public des pertes du secteur bancaire.

Soutien au projet défendu par Mario Monti

Dans le même souci de dénouer le lien pernicieux entre crise bancaire et crise souveraine, il a apporté son soutien au projet défendu par le Premier ministre italien Mario Monti de changer d?approche dans la gestion de la crise bancaire en scellant une « union bancaire », au lieu de laisser chaque souverain gérer la situation, fusse avec des fonds publics européens.

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Avant même le sommet des 27 et 28 juin, il doit retrouver à Rome, à l?invitation de Mario Monti, le Premier ministre espagnol et la chancelière allemande pour une nouvelle rencontre informelle. La date reste à fixer. Suivront les élections législatives grecques et françaises. Autant dire que d?ici fin juin, le président Hollande aura le temps et l?occasion d?affûter encore son discours européen. Les autres dirigeants européens attendent, eux, de savoir s'il sera conforté, ou non, par une majorité parlementaire forte.

Florence Autret, à Bruxelles

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