La polémique sur l'évasion fiscale enfle en Grèce

L'enquête concernant l'ancien ministre des finances accusé d'avoir falsifié une liste de détenteurs de compte en suisse secoue toute la classe politique grecque.

3 mn

L'ancien ministre des Finances grec, Georges Papaconstantinou fait l'objet d'une enquête. Copyright Reuters
L'ancien ministre des Finances grec, Georges Papaconstantinou fait l'objet d'une enquête. Copyright Reuters (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2011. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)

L'évasion fiscale reste un sport national en Grèce. Elle est estimée à quelque 40 milliards d'euros et elle serait pratiquée même par certains élus et membres du gouvernenement. L'enquête concernant l'entourage d'un ancien ministre des Finances accusé d'avoir falsifié une liste de détenteurs de comptes en Suisse secoue en effet l'ensemble de la classe politique. 

L'ancien ministre socialiste des Finances de Georges Papandréou, Georges Papaconstantinou, 51 ans, est le principal suspect d'une affaire qui défraie la chronique, accusé d'avoir supprimé des noms de ses proches sur une liste de détenteurs de comptes en Suisse transmise par la France à la Grèce. 

Outre le parti socialiste Pasok au pouvoir lors de l'éclatement de la crise de la dette en 2009 et tenu responsable par l'opinion publique de l'inertie face à la fraude fiscale, l'affaire ébranle également l'actuel gouvernement de coalition. Car le Pasok sert de pilier à cette cohabitation fragile entre la droite Nouvelle-Démocratie et la Gauche démocratique Dimar, formée après les élections de juin et dirigée par le Premier ministre conservateur Antonis Samaras.

Renforcer l'administration fiscale reste une urgence

Sous la pression des créanciers du pays, Union européenne et FMI, pour renflouer les caisses publiques, mais aussi face à la colère de la rue qui demande "plus de justice fiscale", le gouvernement s'est dit déterminé à juguler l'évasion fiscale. Le dernier rapport, daté de décembre, de "la Task force" européenne, chargée d'aider Athènes à mettre en place ses réformes, confirme le dysfonctionnement des services fiscaux, relevant que les objectifs de recettes fiscales "n'ont pas été atteints" et qu'"il est urgent d'améliorer" et de "renforcer" l'administration.

Pour rendre plus opérationnels les bureaux du fisc, considérés comme des nids de corruption, le ministre des Finances Yannis Stournaras a récemment remplacé une cinquantaine de directeurs de ces agences, et annonce une réforme fiscale d'envergure pour le printemps.

Une liste de 2000 noms

Les récentes révélations par la justice que trois noms de proches de M. Papaconstantinou auraient été rayés d'une liste de détenteurs de comptes à la banque HSBC en Suisse ont fait déborder le vase.

Incluant près de 2.000 personnes, cette liste, surnommée par les Grecs "liste Lagarde", a été remise en 2010 à l'ex-ministre socialiste par son homologue française de l'époque, Christine Lagarde, qui dirige maintenant le FMI. Lundi, 71 députés de la coalition gouvernementale ont déposé au parlement une proposition pour la constitution d'une commission d'enquête.

Si elle est formée, suite à un vote à la mi-janvier, la commission parlementaire devra enquêter pour savoir si M. Papaconstantinou s'est rendu coupable de "falsification" d'un document officiel et de "manquement à ses devoirs".

Le parti Syriza accuse le gouvernement d'inaction face à l'évasion fiscale

Prenant ses distances, le Pasok a radié de ses rangs l'ex-ministre qui avait été l'un des principaux artisans de la mise en place du "sauvetage" UE-FMI en Grèce, assorti de conditions drastiques d'austérité pour parer à la crise des finances publiques et éviter une sortie du pays de l'euro. M. Papaconstantinou a démenti tout méfait et s'est dit victime d'un "complot" mettant implicitement en cause l'actuel chef du Pasok, Evangélos Vénizélos, qui lui a succédé aux Finances en juin 2011.

L'affaire a durci la confrontation entre le gouvernement et le principal parti d'opposition, la Gauche radicale Syriza, qui accuse à la fois MM. Papaconstantinou et Vénizélos de ne pas avoir lutté contre l'évasion fiscale, en n'utilisant pas la "liste Lagarde". Le Syriza déplore le fait que la Grèce n'ait pas su profiter de cette liste, provenant de fichiers dérobés par Hervé Falciani, ex-informaticien de HSBC, alors que la France et d'autres pays s'en sont servis dans la plus grande discrétion pour effectuer des redressements fiscaux. "L'affaire de la liste "Lagarde" est un scandale qui prouve le fonctionnement partial du système bancaire vis-à-vis des plus riches (...) et jette la lumière sur les raisons de la banqueroute du pays", accuse le Syriza.

Avec AFP

3 mn

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaires 11
à écrit le 07/01/2013 à 11:44
Signaler
L'argent noir grec ne represente qu'une infime partie de l'argent noir allemand planque dans divers paradis fiscaux.

le 07/01/2013 à 15:59
Signaler
surtout s'il était collecté la Grèce aurait 0 déficit public...il suffirait donc d'envoyer nos fins limiers de Bercy pour régler le problème de la dette grecque. On aurait même un excédent nominal du budget grec ! Voila la solution au "problème" grec...

à écrit le 06/01/2013 à 23:37
Signaler
En France on a eu le contraire, des noms ont été ajoutés frauduleusement à la liste Clearstream...

à écrit le 06/01/2013 à 23:36
Signaler
Où l'on voit à quel point l'évasion fiscale vers la Suisse et autre paradis fiscaux démolit les pays qui en sont victimes.. Amis banquiers Suisses, avez vous conscience de tout le mal que vous causez ? Le peuple Grec souffre pendant que vous vous en ...

le 11/08/2013 à 16:38
Signaler
Les "amis banquiers suisses" font leur boulot, eux! Ils acceptent et gèrent l'argent de leur clients! Jusqu'à preuve du contraire, les délinquants sont à chercher en Grèce, France, etc qui possèdent des citoyens fraudeurs qui planquent leur pognons.

à écrit le 06/01/2013 à 14:46
Signaler
Les grecs ils est grand temps de vous réveiller....

à écrit le 06/01/2013 à 12:34
Signaler
En France c est bien plus et on nous amuse avec Depardieu, Bernard Arnaud qui gagnent leurs vie en travaillant même si leurs salaires sont inconvenant. Pendant ce temps d autres grosses fortunes vivent en France bien abris du Fisc sans s expatr...

à écrit le 06/01/2013 à 11:47
Signaler
Il faut bien vérifier les choses et laisser la justice travailler. Mais si au final, c'est avéré, alors il faut les mettre en prison et jeter la clef aux oubliettes, réquisitionner leur fortune personnelle en dédommagement pour payer (notamment) leur...

à écrit le 06/01/2013 à 11:10
Signaler
quelqu'un a t il le montant de l'evasion fiscale en france?

à écrit le 06/01/2013 à 11:02
Signaler
Et chez nous ! Où en sommes nous avec certaines affaires ?

le 11/08/2013 à 14:00
Signaler
RIEN NE SE PASSE C'EST LA JUSTICE FRANÇAISE INDÉPENDANTE mais en faveur de qui !

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.