Europe : la défaite des "grandes coalitions"

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Angela Merkel (CDU) et Peer Steinbrück (SPD), adversaires lors du débat télévisé. Et bientôt alliés ?
Angela Merkel (CDU) et Peer Steinbrück (SPD), adversaires lors du débat télévisé. Et bientôt alliés ? (Crédits : Reuters)
La défaite électorale de la coalition autrichienne, les difficultés de la formation d'une grande coalition en Allemagne, les déboires de l'union nationale en Italie montrent combien cette solution politique jugée souvent idéale est lourde de dangers.

C'est une des marottes des observateurs politiques français : pour réformer le pays, rien ne serait plus souhaitable qu'une « grande coalition » entre les deux grands partis du pays. Suit alors inévitablement une référence à l'Allemagne. Ce mythe de l'union nationale n'est pas une spécificité française, il est également très présent au niveau européen.

En Italie comme en Grèce, c'est la solution qui a été imposée en 2011 par l'Europe pour tenter de réaliser les fameuses « réformes douloureuses, mais nécessaires » pour rassurer les marchés. Reste néanmoins à savoir si cette solution « miracle » en est réellement une.

L'efficacité économique en question : l'Italie

Sur le plan de l'efficacité économique, le bilan de ces « grandes coalitions » est assez mitigé. En Italie, le gouvernement Monti a réduit le déficit public, mais n'a pas réellement réalisé les grandes réformes structurelles qu'attendait le marché, malgré la large majorité que lui assurait son gouvernement technique. Le pays est entré en récession et la reprise reste chimérique. Quant au gouvernement Letta, politiquement faible, il n'a pratiquement pas mené de vraies réformes, compte tenu, il est vrai, du « poison » que représentait pour sa majorité l'affaire Berlusconi.

L'efficacité économique en question : la Grèce

En Grèce, Lukas Papademos n'a guère réalisé les réformes promises et le gouvernement Samaras, tout en prenant de violentes mesures d'austérité, ne satisfait pas entièrement aux vœux de la Troïka, notamment en ce qui concerne le programme de privatisation. Du reste, malgré deux ans de gouvernements d'union nationale, la Grèce ne pourra satisfaire aux critères du mémorandum l'an prochain et il faudra prévoir un troisième plan d'aide à Athènes avant la mi-2014.

L'efficacité économique en question : l'Allemagne

Mais même dans les pays qui se portent mieux, les « grandes coalitions » n'ont guère fait la preuve de leur efficacité. En Allemagne, les grandes réformes de l'ère Schröder ont été votées par une majorité de centre-gauche. La grande coalition de 2005-2009 n'a fait qu'achever les réformes prévues par l'Agenda 2010 qui auraient été sans doute poursuivies par d'autres alliances politiques.

Son bilan réformateur reste par ailleurs assez maigre et aux lendemains du krach de Lehman Brothers, on se souvient combien cette grande coalition a été lente à réagir.

L'efficacité économique en question : l'Autriche et les Pays-Bas

Dans d'autres pays, comme l'Autriche, la persistance d'une grande coalition n'a guère été en mesure de traiter le problème principal du pays, la fragilité de son système bancaire, dénoncée encore par Fitch vendredi dernier. Et si la grande coalition néerlandaise a été capable de prendre des mesures d'austérité et de réformes du secteur immobilier, elle n'a pas su sortir le pays du marasme économique où il s'enfonce actuellement.

Le bilan politique des grandes coalitions : l'Autriche

Si le bilan économique des grandes coalitions est mitigé, leur bilan politique est désastreux. Les évènements de ces derniers jours l'ont du reste clairement rappelé. En Autriche, pays qui a connu depuis 1945 36 ans de gouvernement de grande coalition, le principal parti d'extrême-droite, la FPÖ, a fait dimanche une nouvelle percée, progressant de 3,1 points par rapport à 2008.

Surtout, les deux partis de la grande coalition qui, en 2006, représentaient encore 70 % des voix n'en représentent plus que 50,9 %, un niveau historiquement faible.

Le bilan politique des grandes coalitions : l'Allemagne

En Allemagne, la « grande coalition » de 2005-2009 avait également subi une sévère défaite en 2009. La SPD avait perdu 11,2 points et même la CDU, malgré la popularité d'Angela Merkel, n'avait, voici quatre ans, pas pu éviter un recul de près de deux points de son score électoral. Les autres partis, notamment les partis populistes de gauche (Die Linke) et de droite (les Libéraux) avaient réalisé les meilleurs scores de leur histoire.

On comprend donc que, quoique rendue inévitable par les résultats du 22 septembre, la nouvelle grande coalition ne fait guère rêver les deux principaux partis allemands, notamment la SPD qui rechigne à conclure cette alliance. Les négociations semblent du reste être très tendues.

Le bilan politique des grandes coalitions : l'Italie et la Grèce

En Grèce ou en Italie, les effets politiques néfastes des grandes coalitions sont éclatants. En Italie, les élections du mois de février ont sanctionné l'échec de Mario Monti et fait émerger le mouvement de Beppe Grillo qui s'est présenté comme une alternative à la « grande coalition. » Il en est sorti un blocage qui pèse encore sur la situation actuelle de l'Italie.

En Grèce, l'alliance de la gauche radicale Syriza et les néo-nazis d'Aube Dorée ont été les principaux vainqueurs des élections de juin 2012. Dans les sondages actuellement, la « grande coalition » grecque dépasse à peine le quart des intentions de vote… A l'inverse, on remarque que les pays qui ont pratiqué l'austérité dans le cadre d'une coalition ou d'un gouvernement monocolore, comme en Espagne et au Portugal, ont nettement moins la tentation des extrémismes.

Au Portugal, le PS, pourtant auteur des premiers plans d'austérité, profite de la sanction du gouvernement de droite. L'extrême-gauche a subi dimanche lors des élections municipales une vive déception…

Un solution miracle qui n'en est pas une

Bref, ces grandes coalitions ne semblent guère être des gages de réformes pour les pays européens. Bien au contraire, elles renforcent le risque politique et l'acte démocratique principal, l'élection, devient un danger majeur qu'il faut à tout prix éviter, comme la situation italienne le prouve actuellement. Il y a donc un risque pour la démocratie.

Malgré les sondages actuels qui prouvent que les Allemands souhaitent majoritairement une grande coalition, les faits sont têtus : en Allemagne, comme en Autriche, en Italie ou en Grèce, les électeurs ont sanctionné sévèrement ces expériences. Bref, la « grande coalition » est loin d'être la solution miracle rêvée par les distingués politiques français et par les dirigeants européens.

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Commentaires
a écrit le 06/10/2013 à 12:32 :
La démocratie est l'expression du peuple.... Les gouvernements en Europe et en France en particulier n'écoute plus le peuple depuis longtemps... Car actuellement les mouvement de l'extrême droite en Europe ( Allemagne, Autriche, Italie, France) représente bien 10% de la population, ils ne sont. Pas représenter... Le mecontantement. Vient surtout d'une imigration n'on maîtrise depuis 20 ans.... en France s'ajoute la dégradation de la situation économique, avec un enrichissement des politiques non représentatif de la population. Les chose vont très mal et cela risque de bien mal se terminer.... Surtout pour la démocratie.
a écrit le 02/10/2013 à 14:52 :
l'avantage de notre bonne vieille Veme c'est que le mode de scrutin dégage quasiment toujours des majorités, ce qui est un gage de stabilité et d'efficacité. Cette tendance a été accrue avec le quinquennat présidentiel qui réduit à quasiment néant le risque d'une cohabitation (même si l'expérience a montré que ça pouvait encore fonctionner dans ce cas de figure non prévu par son concepteur). L'essai de la proportionnelle dans les premières élections régionales avait donné des résultats tellement baroques que ça avait été très vite abandonné. Les exécutifs étaient sans direction, sans majorités, sans projets et tout était prétexte à négociation de boutiquiers et les résultats imprévisibles. Pas étonnant que les gouvernements de coalition rencontrent des difficultés.
a écrit le 02/10/2013 à 13:17 :
Facile à comprendre quand l'un vaut l'autre lequel choisir? Du coup rejet parfois ou souvent total. C'est le bonnet blanc et blanc bonnet de Georges Marchais comme quoi de l'eau s'écoule avant de toucher le cerveau global.
a écrit le 02/10/2013 à 12:21 :
Droite et socialistes enssemble pour detruire les etats et s'enrichire sur le dos du peuple !
a écrit le 02/10/2013 à 12:21 :
Excellente conférence
http://www.upr.fr/videos/conferences-en-ligne/pourquoi-leurope-est-elle-comme-elle-est
a écrit le 02/10/2013 à 12:11 :
Pour chacun des cas cités on peut en déduire une conclusion inverse. La coalition emprunte un chemin difficile mais qui dans tous ces cas aboutit à une action efficace des gouvernements. Pas rapide, ni immédiatement reconnue. Elles font avancer chaque pays dans une direction qui semble bien correspondre à l'aspiration commune. Mais surtout elles maintiennent un état de droit et développent une façon de travailler en commun, pas les uns contre les autres.
a écrit le 02/10/2013 à 10:32 :
c'est vrai que notre système marche vachement mieux avec deux partis qui se tirent dans les pattes et votent pour ou contre les mêmes projets de loi en fonction de quel camp les proposent
a écrit le 02/10/2013 à 10:27 :
Un long article pour dire cette chose simple: quand on met ensemble des gens qui ne pensent pas la même chose, il ne passe pas grand chose.
L'Allemagne, à cause sa culture du compromis et non de l'affrontement s'en tire mieux que les autres. Point à la ligne.
a écrit le 02/10/2013 à 10:06 :
Seule solution, un scrutin qui assure au parti arrivé en tête la majorité des sièges. C'est moins représentatif mais plus efficace et finalement plus respectueux du choix politique des citoyens.
Réponse de le 02/10/2013 à 11:19 :
Dans le cas il faudrait que les gens acceptent que ce ne soit plus le gouvernement ne suivent plus la majorité des citoyens mais uniquement le groupe politique le plus gros. C'est déjà en parti le système de la Vème république avec son bipartisme et l'absence de proportionnel, mais on voit que beaucoup de gens conteste la représentativité des élus. Regarder pour Hollande, plein de gens disent OK il a gagné les élections mais il n'a pas la majorité absolue des français derrière lui donc il n'est pas légitime.
Réponse de le 02/10/2013 à 12:03 :
allez regarder cette excellente conférence à ce sujet
http://www.upr.fr/videos/conferences-en-ligne/pourquoi-leurope-est-elle-comme-elle-est
a écrit le 02/10/2013 à 9:30 :
Le système électoral de notre république a cela de particulier qu'avec 29% des suffrages un parti politique obtient une large majorité parlementaire. Avec une victoire écrasante de 42% Angela manque la majorité par 5 sièges. Dans la plupart des pays où le système électoral proportionnelle a une large place, les coalitions sont nécessaires pour assurer un gouvernement stable. Tous les peuples rêvent d'un gouvernement dont les actions seraient approuvées à 51%. Les systèmes démocratiques prévalants ne répondent pas à cette aspiration parce qu'il n'y a de consensus général dans aucun peuple, au point qu'une démocratie directe ne serait que cacophonie inconsistante.
Réponse de le 02/10/2013 à 10:15 :
Je suis pas sur que vous soyez Français.
a écrit le 02/10/2013 à 8:45 :
Si le vote démocratique représente un risque , il faut en tirer la conclusion qui s impose a tout esprit cartésien . Seule la troika aurait le droit de valider la liste ou meme les listes des partis succeptibles d etre compatibles avec la démocratie Européenne.
a écrit le 02/10/2013 à 8:45 :
Donc, la seule solution c'est le modèle politique français? Tous les autres pays se trompent?!
Réponse de le 02/10/2013 à 12:24 :
oui même votre pays "Deutschland über alles" se trompe
Réponse de le 02/10/2013 à 12:37 :
"Deutschland ueber alles" se trompe en quoi?

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