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ÉconomieUnion européenne

Taux de dépôt négatif : et si l'artillerie de la BCE était un pétard mouillé?

Photo de Romaric Godin

Romaric Godin

Publié le 21 novembre 2013 à 12:32 - Mis à jour le 21 novembre 2013 à 15:06

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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La BCE "considèrerait" un taux de dépôt négatif pour relancer la machine économique de la zone euro. Mais son efficacité est très incertaine.

C'est sans doute un « ballon d'essai » qu'a lancé mercredi en fin d'après-midi la BCE. Vers 16 heures, l'agence Bloomberg affirmait « de sources proches de la BCE » que l'institution de Francfort « considérait » la mise en place d'un taux de dépôt négatif de 0,1 %. Aussitôt, les marchés d'actions s'envolaient et l'euro dégringolait. Dans les bureaux de l'Eurotower, on a sans doute observé le phénomène avec beaucoup d'attention.

La BCE fourbit ses armes contre la déflation

Cette « information » de Bloomberg, qui intervient au lendemain de propos très agressifs de Victor Constancio, le vice-président de la BCE, évoquant un possible « Quantitative Easing » à l'européenne, est la preuve que l'institution monétaire fourbit ses armes en vue d'une seconde bataille afin de contrer le mouvement de désinflation accélérée que semble connaître aujourd'hui la zone euro et l'empêcher de se muer en déflation.

Une BCE « techniquement prête »

Le taux de dépôt négatif sera-t-il une arme efficace ? Depuis des mois, à chaque conférence de presse, le président de la BCE, Mario Draghi, affirme haut et fort que la BCE est « techniquement prête » à faire passer son taux de dépôt en territoire négatif. Du coup, ce mouvement a acquis un caractère un peu mythique d'arme suprême, un peu comme un nouveau LTRO. Il fait partie de cette « artillerie » dont a parlé l'ancien gouverneur de la Banque d'Italie le 7 novembre dernier.

Un moyen d'assouplir encore

Et, de fait, à un moment où les taux de refinancement sont déjà très bas, où il ne reste plus qu'un quart de point pour faire tomber le taux directeur à 0 % et où les derniers assouplissements de la politique monétaire n'ont pas vraiment convaincu par leur efficacité, ce mouvement apparaîtrait comme un moyen supplémentaire d'assouplir la politique monétaire de la zone euro.

Le bâton après la carotte

Le mode de cet assouplissement serait néanmoins différent. Lorsque l'on baisse le taux directeur, taux auquel les banques peuvent venir se refinancer sur le marché, on espère inciter les banques à venir chercher de la liquidité par un coût faible de l'emprunt. Et par un espoir futur de bénéfice lorsqu'elle prêtera à son tour cet argent bon marché. On manie en quelque sorte la carotte. Avec le taux de dépôt négatif, on manie le bâton.

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Relancer la demande par l'afflux de liquidités

Le taux de dépôt rémunère l'argent placé par les banques auprès de la banque centrale. Autrement dit, les liquidités que le système financier refuse d'utiliser immédiatement. En fixant un taux négatif, on pénalise ce dépôt. On fait payer une sorte de « droit » à la non-utilisation de ces liquidités. Du coup, on engagerait les banques à utiliser ces liquidités, autrement dit à les prêter directement à des agents économiques. De cette façon, on espère favoriser la distribution de crédits, donc la demande. Et qui dit hausse de la demande, dit effet inflationniste.

C'est le but principal de la BCE : que la liquidité soit transmise à l'économie, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. A la différence de ce qui a pu se passer en 2012, où les acteurs de marché recherchaient de la sécurité à tout prix et étaient prêts, pour cela, à payer des taux négatifs, notamment à l'Allemagne, la situation est apaisée. Les menaces sur l'existence de l'euro semblent disparues. Le besoin de sécurité étant moins prégnant, les banques n'auraient donc aucune raison de payer ce qui deviendrait de facto une « taxe de dépôt » à la BCE.

Peser sur l'euro

Enfin, last but not least, en appliquant ce taux de dépôt négatif, la BCE rend mécaniquement moins attractif la détention d'euros. Les banques basées hors zone euro n'ayant plus aucun intérêt à déposer leurs fonds auprès de la BCE pourrait le faire dans des régions aux taux encore positifs. L'effet de cette « fuite » serait une baisse de l'euro avec, là encore, un effet inflationniste sur les importations et, partant, sur le reste de l'économie.

Un outil efficace ?

Mais tout se passera-t-il comme prévu ? Si la BCE hésite tant à franchir le pas du taux de dépôt négatif, c'est qu'elle entre là dans l'inconnu. Certes, il existe bien un exemple de passage à l'acte, celle du Danemark où la banque centrale, la DNB, a abaissé en 2012 son taux de dépôt en territoire négatif à -0,25 % puis à -0,1 %. Mais cet exemple doit être pris avec précaution. Le Danemark n'est pas la zone euro, c'est un marché étroit et unifié.

Par ailleurs, la mission de la DNB n'est pas celle de la BCE. Son seul objectif est de maintenir la couronne autour d'un cours pivot avec l'euro. C'est pourquoi, en pleine crise de la dette, au printemps 2012, lorsque l'on parlait de « la fin de l'euro », elle a pris cette mesure pour dissuader les investisseurs de se reporter vers la couronne.

Moyens d'évictions

Dans le cas européen, quelles pourraient être les conséquences fâcheuse de ce passage du taux de dépôt dans le rouge ? On ne peut avancer que des hypothèses. Mais il n'est pas sûr que l'effet soit aussi positif que certains le pensent à la BCE. Le 11 juillet 2012, la BCE a en effet mis en place un taux nul pour sa facilité de dépôt. Or, « depuis cette date, la moitié des sommes qui étaient placées dans la facilité de dépôt de la BCE sont passées sur le compte courant des banques », constate Jean-Louis Mourier, économiste chez Aurel BGC.

Du coup, les banques qui refuseront de payer la « taxe de dépôt » de la BCE pourraient aussi simplement conserver ces liquidités sur ces comptes courant où elles rapportent 0 %. « Pour vraiment être efficace, il faudra accompagner ce taux de dépôt négatif d'une interdiction de détenir des réserves excédentaires », estime l'économiste.

Du reste, les sommes ne sont pas les mêmes : la facilité de dépôt abrite aujourd'hui 43 milliards d'euros dans le bilan de la BCE, tandis que les comptes courants s'élèvent à 232 milliards d'euros. Avec la seule première somme, il sera bien difficile de faire repartir la machine du crédit européen.

Les autres risques

Mais quand bien même. Là aussi, rien ne garantit que cet argent ôté de la facilité de dépôt vienne alimenter l'économie. Jean-Louis Mourier rappelle que « la monnaie de la banque centrale n'est pas la même que celle qui alimente l'économie. » Du reste, les banques peuvent utiliser ces fonds à d'autres fins : rembourser le LTRO à la BCE, renforcer ses fonds propres ou encore acheter des obligations « sûres » à long terme en euros qui rapporte encore un peu…

Ce qui semble certain, c'est que si les banques n'ont toujours pas confiance dans la qualité des emprunteurs, ils ne prêteront pas. Et la baisse du taux de dépôt n'y changera rien. De fait alors, le problème majeur de la BCE, la transmission de sa politique monétaire, restera entier.

Enfin, il existe un risque que ce taux négatif, s'il se transmet - comme cela a été le cas au Danemark - au marché monétaire, ne pèse sur les marges des banques qui devront payer pour prêter sur le marché monétaire. Il pourrait en résulter, malgré une incitation à l'emprunt, un refus de prêter et, au final, un assèchement du marché monétaire et une remontée des taux demandés à l'économie. Autrement dit, l'inverse de ce que recherche la BCE.

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Pour Jean-Louis Mourier, ce taux de dépôt négatif est régulièrement agité par certains membres du Conseil des gouverneurs de la BCE, qui ne sont pas encore majoritaires. Et si la possibilité ne doit pas être exclue que la BCE passe à l'acte, notamment pour peser sur l'euro (mais là aussi les banques étrangères peuvent toujours garnir leurs comptes courants en euros), c'est un outil qui ne doit pas être surestimé dans ses capacités, et qui comporte in fine bien des risques.

Romaric Godin

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