Quantitative easing : ce que la BCE pourrait faire

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La BCE planche sur un Quantitative Easing centré sur le rachat de titres d'Etat notés AAA.
La BCE planche sur un Quantitative Easing centré sur le rachat de titres d'Etat notés AAA. (Crédits : reuters.com)
La BCE ne lancera sans doute pas son QE ce jeudi. Mais elle préparerait un rachat massif d'obligations souveraines sûres pour éviter la déflation.

Malgré le ralentissement de l'inflation en zone euro en mars qui est passée de 0,7 % à 0,5 %, la Banque centrale européenne pourrait demain poursuivre son attentisme ponctué de petites phrases, comme elle le fait depuis le mois de novembre. C'est en tout cas ce que pensent la plus part des observateurs. Chez BNP Paribas, par exemple, on estime que l'effet de calendrier complique la lecture du chiffre de l'inflation et que la BCE va préférer « attendre et observer. » Chez Royal Bank of Scotland, on n'attend pas davantage d'actes, mais « plein de paroles accommodantes. »

Une QE sous haute surveillance

Pour autant, la BCE ne peut rester les bras croisés. En réalité, la Banque centrale pourrait, selon des sources internes, préparer un Quantitative Easing. Mais la voie qui lui est offerte est assez étroite. Les méthodes les plus agressives du QE, notamment le rachat d'actifs privés, semblent pour le moment écartées. L'attente du jugement de la Cour de Justice de l'Union européenne (CJUE) concernant l'OMT pèse sur les services de la BCE. De fait, la décision des juges de Karlsruhe de transmettre à la CJUE la décision sur l'OMT tout en l'accompagnant d'une censure et de menaces implicites semblent avoir conduit la BCE à renoncer à des opérations de rachats de titres risqués.

Un rachat de titres sûrs non stérilisés

Que faire alors ? La BCE pencherait sur un rachat massif de titres souverains sans risques sur le marché secondaire. Ces rachats - qui ne seraient pas stérilisés comme le programme SMP de 2010-2011 - permettraient mécaniquement d'augmenter la masse monétaire de la zone euro, d'offrir aux investisseurs la possibilité d'acquérir ainsi des actifs plus risqués, de faire ainsi baisser de façon générale les taux et de peser sur l'euro. Autant d'éléments qui, in fine, pourraient renforcer la hausse des prix et permettre d'éviter la déflation. La BCE s'inspirerait ainsi de ce qu'ont fait les banques centrales japonaise, britannique et étatsunienne, sans mettre en danger son bilan, ce qui permettrait de contrer les futures plaintes auprès de Karlsruhe.

Que racheter concrètement ?

Quels actifs sûrs la BCE va-t-elle racheter ? A Francfort, on avance à demi-mot l'idée de ne racheter que des obligations souveraines de la zone euro notées AAA, autrement dit, ceux des Pays-Bas, du Luxembourg, de l'Allemagne et de la Finlande. Dans ce cas, les taux de ces pays, principalement les taux allemands chuteraient fortement. Le pari serait alors que les investisseurs utilisent les euros créés par la BCE pour acheter également la dette du reste de la zone euro, plus rémunératrice, et ainsi de faire également chuter les taux. Comme le taux des pays triple A deviendra très faible, les investisseurs pourraient être tentés de vendre leurs titres (à la BCE) pour acheter des titres plus rémunérateurs. Une forme d'équilibre pourrait être ainsi trouvé et les spreads, les écarts de taux, pourraient alors ne pas augmenter entre les pays triple A et les autres.

Un encouragement à l'austérité ?

L'opération n'est cependant pas sans risque. Il faudra d'abord s'assurer que les euros créés irriguent à terme l'économie réelle de la zone euro. Par ailleurs, certains pays en difficulté budgétaire - on pense à la France - pourraient être victimes de ces mesures, puisque les investisseurs pourraient préférer les titres plus rémunérateurs des pays périphériques qui, eux, ont renforcé leur position budgétaire. Du coup, il n'est pas certain que la dette française profite de ce QE de la BCE. Paris devra, pour cela, renforcer la consolidation budgétaire et dont mener une politique plus récessive, ce qui pourrait jouer négativement sur la conjoncture en zone euro. La BCE peut espérer que l'effet négatif sera compenser par la création monétaire. Mais cela reste à prouver.

Eviter « l'aléa moral »

Mais là encore, la manœuvre pourrait être voulue par la BCE. Elle permet de briser l'argument avancé par la cour de Karlsruhe dans le jugement sur l'OMT selon lequel la politique de rachat de titres renforce « l'aléa moral », autrement dit la propension des Etats à laisser glisser leurs déficits, sûr qu'ils sont de compter sur les rachats de la BCE. Avec le QE prévu par la BCE, aucun risque : pour réduire le spread, les Etats devront faire preuve de vertu budgétaire. Voici comment la BCE espère couper l'herbe sous le pied de Karlsruhe. On peut même dire qu'il s'agit d'une invitation pour les pays de la zone euro à parvenir au sein graal du triple A. Une resacralisation de cette note suprême. Mais l'affaire est, on l'a vu, risquée.

Comment sortir ?

Autre risque, la difficulté de sortir de ce schéma. On le voit avec le tapering de la Fed. La remontée des taux pour les pays AAA risque d'être douloureuse, mais l'effet sur les taux des autres pays sera également redoutable, que l'on voit l'effet de la politique de la Fed sur les pays émergents… Il faudra donc attendre que la croissance soit assez vive pour renverser la vapeur. Le danger est alors que l'objectif de l'inflation à 2 % sera difficilement en danger…

Avis de décès de l'OMT

L'efficacité de l'opération reste donc à prouver. A la différence de ses homologues britannique, japonais et étatsunien, la tâche de la BCE est plus difficile : elle ne dispose pas que d'un type d'obligation souveraine à racheter et le cadre juridique est plus rigide. Du reste, si le choix de la BCE se porte sur ce type d'opérations, ce sera la preuve que les juges de Karlsruhe ont, en fait, bel et bien tué l'OMT. Le QE par les pays triple A viendrait alors en substitution à la « potion magique » de Mario Draghi.

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Commentaires
a écrit le 05/04/2014 à 22:26 :
encore une politique contre la France
a écrit le 03/04/2014 à 17:26 :
"C'est en tout cas ce que pensent la *plus part des observateurs." c'est la plupart

"Elle permet de briser l'argument avancé par la cour de Karlsruhe dans le jugement sur l'OMT selon lequel la politique de rachat de titres renforce « l'aléa moral », autrement dit la propension des Etats à laisser glisser leurs déficits, *sûr qu'ils sont de compter sur les rachats de la BCE " ce sont les Etats qui sont sûrS

"La BCE pencherait sur un rachat massif de titres souverains sans risques sur le marché secondaire." on planche sur, ou on penche pour, mais on ne penche pas sur

"La BCE peut espérer que l'effet négatif sera *compenser* par la création monétaire."

"La remontée des taux pour les pays AAA risque d'être douloureuse, mais l'effet sur les taux des autres pays sera également redoutable, *que l'on voit* l'effet de la politique de la Fed sur les pays émergents…" ça ne veut strictement rien dire
a écrit le 03/04/2014 à 15:34 :
Nous n'avons pas intérêt à un Q.E européen, la BCE qui représente la France et l'Allemagne essentiellement, ne le fera pas. Nous sommes dans une Europe du spoil-system. "Mort aux perdants" comme annonçaient les romains.
a écrit le 03/04/2014 à 11:34 :
Oui l'efficacité de l'opération reste à prouver car sans parités d'euros distincts par pays le résultat ne favorisera que les meilleurs voire que les riches. A quand un fédéralisme européen avec une BCE chambre de compensation de nos monnaies fermées respectives?
a écrit le 03/04/2014 à 9:46 :
M. Romaric Godin, j'aime assez vos articles quoique parfois ceux-ci me semblent trop dans la ligne de l'idéologie technocrato-politique ambiante. Pa railleurs, quand un commentaire est publié en l'occurrence le mien très tôt ce matin (vers 0h30), il est désagréable de constater qu'il a été supprimé quand on relit l'article et les commentaires à 9h30. Je vais vous dire une chose très simple quand dans la grande banque internationale qui m'employait j'ai annoncé en Octobre 2005 que nous allions vers une très grave crise financière et de la dette souveraine, d’une ampleur exceptionnelle, et ses tenants et aboutissants, que l’on a vu depuis, à commencer par la nullité des agences de rating et les conflits d'intérêts, la myopie des banquiers centraux et l'incompétence et la couardise des autorités de surveillance, de supervision et de contrôle des banques, et malgré le haut niveau de crédibilité dont je bénéficiais dans l’exercice de mes responsabilités, on ne m'a pas cru...pour une raison simple je n'étais pas énarque et n'avais pas transité par l'Inspection des finances, à ce moment-là ni en France ni en Europe pas un économiste, un pseudo expert, un banquier n'avait rien vu venir. Donc que je parle d'imbéciles je sais de quoi je parle.
Réponse de le 03/04/2014 à 11:34 :
Concernant l'euro, les allemands sont pris dans des contradictions et contractions guignolesques d'ailleurs en faisant croire (notamment à l'opinion publique et notamment à l'opinion publique de leurs pays) qu'ils sont vertueux, mais en fait et de fait ils ne cessent d'accepter des entorses et plus que des entorses aux traités et aux règlements concernant le fonctionnement de la BCE, de l'UEM et même l'UE. En clair il faut tout remettre à plat et réinterroger les citoyens européens. Dans ce cas il est certain que les citoyens pas si cons que ça verront que l'euro ne fonctionne pas et ne peut fonctionner et que l'UE est un désastre d'absurdités. Et qu'il faut donc inventer un nouveau système monétaire, et qu'il faut repenser totalement l'UE, et qu' à défaut nous reviendrons à des accords minimum sur des sujets minimums et taxerons en France tout dumping monétaire, fiscal, social ou environnemental. C'est tout simple.
Réponse de le 03/04/2014 à 15:32 :
Il est certain qu'annoncer la casse en 2005 ....(comme si on ne le savait pas - Voir par exemple les articles de Fortune).... je vous aurais mis à la porte moi-même ! Il ne faut jamais priver son économie d'une hausse si les autres la suivent, elle est toujours plus rentable que la chute qui suit. "On a parfois tort dans sa manière d'avoir raison" disait une femme d'escroc célèbre.
a écrit le 03/04/2014 à 9:40 :
"elle préparerait un rachat massif d'obligations souveraines sûres"

comme si cela existait! ces rachats, comme aux etats-unis, n'apporteront rien a l'economie reelle... mais les banques diront merci!
a écrit le 03/04/2014 à 9:28 :
Le quantitative easing doit être fait pour l’État, par la banque centrale d’un État souverain, et ce dans le cadre d’une stratégie économique entièrement pilotée par ledit État pour en limiter les risques car il y a des risques à faire du quantitative easing, notamment liés à la survenue de crise d’inflation exagérée, c’est pourquoi il doit être fait dans le cadre d’une stratégie économique cohérente et pilotée par l’Etat souverain, c'est ce qu'à fait avec succès le Royaume-Uni qui a été affecté par la crise financière de 2007 - 2008, sa principale activité était alors la finance qui était directement touchée par cette crise.

La zone euro est une agglomération d’États souverains partageant la monnaie, ce qui complique tout. Déjà le quantitative easing doit être fait pour différents États membres au lieu d’un État central qui pilote l’ensemble, de plus les États bénéficiant d’un quantitative easing qui sont en problème financier devraient être mis sous tutelle pour pouvoir en bénéficier (objet de l’OMT) où s’ils sont notés en triple A pourraient en bénéficier, sans être mis sous tutelle, car il n’y aurait pas de risque sur leurs finances. Sachant que les pays notés en triple A en zone euro sont largement créanciers, au moins par leurs banques, des pays à risque de la zone euro, l’assertion selon laquelle les triple A de la zone euro ne comportent pas de risque et peuvent faire l’objet de quantitatives easings sans risque est simplement une plaisanterie.
a écrit le 03/04/2014 à 9:05 :
Avons-nous la preuve par l'exemple qu'un QE permet de remettre à flot l'économie d'un pays ou d'une zone non fédérale ?,si oui surtout pas d'hésitation go.
Réponse de le 03/04/2014 à 9:17 :
L'économie n'est pas une science, elle est le reflet des errements de l'humanité. L'erreur fondamentale des politiciens, c'est de croire qu'ils sont capables de contrôler l'économie donc les peuples.
Réponse de le 03/04/2014 à 9:23 :
Non, il n'y a aucune preuve, sinon ça se saurait, et toutes les banques centrales s'activeraient, à commencer par la Suisse ! Or, rien ne bouge...
a écrit le 03/04/2014 à 7:20 :
Inflation? Pour permettre aux endettes de payer avec de la monaie dde singe? Personne ne les a force a s'endetter. Et en meme temps personne n'a demande aux preteurs de faire le geste. Il faut tout simplement reajuster les valeurs aux valeurs du marche tel qu'il est et de faire degonfler le bilan. Arreter la fuite en avant pour faire payer des prix toujours plus eleves afin d'asurer le bussiness plans.
a écrit le 02/04/2014 à 22:11 :
Vous y allez fort à La Tribune!
a écrit le 02/04/2014 à 20:59 :
Ce quantitative easing profitera à l'Allemagne. Normal : la BCE est basée en Allemagne, l'euro est le deutsche mark mais rebaptisé, et la politique monétaire de la BCE n'a qu'un seul objectif :

servir l'intérêt national de l'Allemagne.

La politique monétaire de la BCE est parfaitement adaptée à l'Allemagne, à la démographie de l'Allemagne, au modèle économique de l'Allemagne.

Quant à la France et aux autres pays du sud de l'Europe, ils sont dirigés par des hommes politiques qui acceptent de servir l'intérêt national de l'Allemagne.

Comme d'habitude.
Réponse de le 02/04/2014 à 23:01 :
D'ailleurs Merkel vient d'avaler un morceau de son chapeau avec le taux horaire minimum (à géométrie variable) ce qui va contribuer à l'endettement de l'économie allemande qui tourne à présent au ralenti. Le QE servira donc à financer le socialisme allemande si cher à ses voisins... notamment français!
a écrit le 02/04/2014 à 19:15 :
Voilà l'arnaque qui pointe son nez: la BCE pilotée par Berlin va désendetter l'Allemagne dont l'économie ralentit. Cela permettra de maintenir un Euromark fort pour les allemands!
a écrit le 02/04/2014 à 19:13 :
Que peut faire la BCE ?
Très simple, super Mario va se fendre d'un coup de fil à Me Yellen afin de voir si elle a en boutique une promotion sur le papier toilette et l'encre d'impression.
a écrit le 02/04/2014 à 18:46 :
A 1 mois et 3 semaines des européennes, vu le score annoncé par le fn, autrement meilleur que celui des municipales, vu l'ampleur du chômage européen et son incapacité à sortir de la crise du logement, bulle splendide qui démolit la société, le chômage ne cesse d'augmenter... voila un système qui ne marche pas... le royaume du boomer est un enfer pour les jeunes!
a écrit le 02/04/2014 à 18:46 :
A 1 mois et 3 semaines des européennes, vu le score annoncé par le fn, autrement meilleur que celui des municipales, vu l'ampleur du chômage européen et son incapacité à sortir de la crise du logement, bulle splendide qui démolit la société, le chômage ne cesse d'augmenter... voila un système qui ne marche pas... le royaume du boomer est un enfer pour les jeunes!
a écrit le 02/04/2014 à 17:52 :
pour faire simple et imagé .... dans un bocal les poissons rouges du sud se cognent contre la vitre du bocal .... et les poissons rouges du nord de l’Europe font varier la température de ce bocal... une sortie de ce bocal serait la mort assurée ! Bon courage !!!!!!!!!!!!
Réponse de le 02/04/2014 à 20:19 :
Qu'en savez vous ?
a écrit le 02/04/2014 à 17:38 :
à tort ou raison ... la zone euro a été construite .... sans prévoir la sortie de cette dernière ..... tous nos cranes d’œuf européens n'avaient pas pensés à ça !!!!!!!!!!
Réponse de le 02/04/2014 à 20:19 :
Comment expliquer vous que plus de 100 unions monétaires se sont défaites dans l'histoire ?
a écrit le 02/04/2014 à 17:00 :
Beaucoup trop simple, je pense qu'on devrait complexifier encore plus. Plus l'usine à gaz sera grande, plus les ruines seront importantes quand elle explosera.

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