Le "miracle allemand de l'emploi" peut-il continuer ?

Le chômage en données corrigées des variations saisonnières s'est très légèrement dégradé en Allemagne en juin. Mais le glas ne sonne pas encore pour le plein emploi outre-Rhin.

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Le chômage allemand s'est dégradé en données CVS en juin. Un mouvement durable ?
Le chômage allemand s'est dégradé en données CVS en juin. Un mouvement durable ? (Crédits : reuters.com)

Le miracle allemand de l'emploi marquerait-il une pause ? Certes, en chiffres bruts, l'Allemagne a compté en juin 49.000 chômeurs de moins en juin qu'en mai. Mais en données corrigées des variations saisonnières, le nombre de chômeurs a progressé de 9.000 personnes et c'est la deuxième hausse mensuelle consécutive en CVS.

Effet saisonnalité

Ce chiffre n'est cependant pas inquiétant outre mesure pour le président du bureau fédéral de l'emploi (BA), Hans-Jürgen Weise qui l'explique par un effet de saisonnalité plus marqué. L'hiver ayant été plus doux qu'à l'accoutumée, les réembauches de printemps auraient ainsi été plus faibles. Les chiffres CVS basés sur des moyennes sont donc impactés par ces variations. Mais ce recul reste inférieur aux attentes des économistes qui tablaient sur une hausse de 10.000 chômeurs en CVS en juin.

Un taux de chômage très faible

Rien d'inquiétant, donc. La situation de l'emploi en Allemagne demeure très bonne, notamment lorsqu'on la compare à ceux des autres pays européens. Le taux de chômage en calcul national est resté stable en juin à 6,7 %. En termes européens harmonisés, le taux en mai révélé par Eurostat ce mardi se situe à 5,1 %. C'est le deuxième plus bas taux européen après l'Autriche (4,7 %) et très loin de la moyenne de la zone euro (11,6 %). C'est d'autant plus remarquable que la population active continue de progresser (+0,9 % sur un an selon Destatis). Quant aux offres d'emploi, elles progressent elles aussi puisque l'indice BA-X qui reflète l'évolution de la demande de travail est, en juin, supérieur de six points à son niveau de juin 2013.

L'emploi dépend, comme la croissance, de la consommation et de la construction

Globalement, ce ralentissement sur le front de l'emploi traduit aussi un ralentissement attendu de la croissance au deuxième trimestre. Car l'emploi allemand repose désormais sur deux piliers principaux qui sont aussi les piliers principaux de la croissance allemande : la consommation des ménages et la construction. Au premier trimestre, ces deux secteurs ont, chacun, apporté 0,4 points de croissance au premier trimestre, ce qui a permis d'effacer l'apport fortement négatif de la contribution extérieure (- 0,9 point) et la faiblesse de l'investissement des entreprises (0,2 point). Au final, la croissance allemande a été de 0,8 % au premier trimestre, mais là encore il y a eu un effet déformant lié à la douceur de l'hiver qui a permis de maintenir l'activité dans la construction plus longtemps qu'à l'accoutumé. Il y aura donc une correction entre avril et juin. L'institut DIW table sur une croissance trimestrielle de 0,3 %.

Forte croissance tirée par la demande intérieure

Rien de préoccupant, cependant, si l'on en croit la plupart des économistes allemands qui, depuis quelques semaines révisent tous à la hausse leurs prévisions de croissance pour cette année. L'institut HWWI de Hambourg a ainsi revu à 2,2 % contre 1,7 % son estimation pour 2014. L'Ifo de Munich et le RWI d'Essen ont tous deux relevé leurs prévisions de 1,9 % à 2 %. Le gouvernement fédéral en reste pour le moment à sa prévision initiale de 1,8 %, mais pourrait aussi relever ce chiffre. C'est que l'économie allemande semble être entrée dans un cercle vertueux. L'amélioration de l'emploi conduit à une hausse des dépenses de consommation et de construction, ainsi qu'à un relèvement des salaires. Tout ceci favorise enfin l'emploi et permet aux importantes arrivées sur le marché du travail de trouver des postes.

Une situation durable ?

La question est évidemment de savoir si ce développement favorable peut durer longtemps et si l'économie allemande peut afficher - comme le prévoient la plupart des économistes - une croissance encore plus forte en 2015 qu'en 2014 sans l'aide du moteur du commerce extérieur qui aurait une contribution nulle à la croissance au cours des deux prochaines années.

La construction devrait tenir

A priori, le secteur de la construction devrait continuer à croître. Les taux extrêmement bas de la BCE favorisent l'accès des Allemands à la propriété dans un pays où l'on a longtemps préféré louer. Dans les grandes agglomérations, la Bundesbank s'est même ouvertement inquiété du risque de bulle immobilière, car il est vrai que cette politique de taux bas est là pour durer. Mais avant que cette bulle n'explose, l'emploi peut profiter de cette croissance dans la mesure où la productivité en Allemagne dans la construction est très faible. Selon Destatis, la productivité par agent dans la construction a reculé de 4 % depuis 2005. Le secteur consomme donc beaucoup de main d'œuvre.

La consommation aussi

A priori, la consommation devrait également continuer à progresser. Après plusieurs années de modération salariale (le salaire réel a reculé de 0,1 % en 2013), les rémunérations repartent à la hausse. Au premier trimestre, après quatre trimestres de baisse, le salaire réel a bondi de 1,3 % sur un an. Si cette tendance se poursuit, elle devrait soutenir les dépenses. A cela s'ajoute évidemment le quasi plein emploi qui donne également de la confiance. L'indice GfK de la confiance des ménages a ainsi atteint en juin un plus-haut de trois ans. Comme l'inflation reste modérée et les taux bas, la consommation devrait demeurer forte. Or, là encore, la productivité dans le secteur ces secteurs est très faible : quasiment la même qu'en 2005 tandis que la productivité dans la finance a progressé de 22 % et dans l'industrie de 13 % durant la même période. On voit là aussi que l'emploi devrait en profiter.

Des éléments structurels qui soutiennent l'emploi

Troisième soutien : l'élément démographique qui va progressivement prendre en plus en plus d'ampleur. L'Allemagne vieillit vite et elle va avoir un besoin de main d'œuvre croissant, notamment dans les métiers industriels qualifiés (techniciens et ingénieurs). Ceci devrait contribuer à offrir encore des débouchés aux nouveaux entrants sur le marché du travail (directement ou indirectement) et à contribuer à augmenter les salaires. Donc à soutenir la demande intérieure.

Perte de compétitivité prix

Reste néanmoins une ombre au tableau. En disposant d'une croissance fondée sur la demande intérieure, plus autonome, l'Allemagne va naturellement perdre de la compétitivité externe. La hausse des salaires va devenir nécessaire à la croissance, mais va rogner les marges. Au moment même où les importants départs en retraite de techniciens et d'ingénieurs vont mettre en péril les avancées techniques et qualitatives des produits allemands. On est certes encore fort loin de cette situation, mais le fait est que le coût du travail allemand est une des plus fortes progressions de ces dernières années et que la France même commence à rattraper son retard. En 2013, l'écart de coût du travail entre la France et l'Allemagne dans l'industrie manufacturière est passé de 3,4 % à 1 %.

Un effet négatif sur l'emploi industriel ?

Dans l'immédiat, la principale question est de savoir si la croissance des exportations qui se poursuit (de 6 % à 7 % par an) se confirmera et sera suffisante pour soutenir une croissance durable de l'investissement, malgré cette perte de compétitivité prix. L'Allemagne a beaucoup désinvesti en 2012 et 2013. Il y a un effet de rattrapage en 2014 qui ne durera pas. Au final, les industriels allemands pourraient être tentés de réagir soit en gelant à nouveau l'investissement, soit en augmentant la productivité, soit en réclamant une modération salariale, soit enfin en mêlant ces trois éléments. Dans tous les cas, ce sera négatif pour l'emploi. Mais, encore une fois, on n'en est qu'au début du phénomène : les entreprises exportatrices allemandes ont des taux de marge très confortables et ont profité de la crise pour geler les salaires et les dépenses d'investissement. Elles sont armées pour faire face à un ralentissement passager de la demande extérieure.

Quel impact du salaire minimum ?

Reste l'impact du salaire minimum. Les patrons allemands s'inquiètent ouvertement des conséquences de l'introduction d'un niveau minimum de salaire à 8,50 euros par heure sur l'emploi. Selon Bild de ce mardi, il coûterait 10 milliards d'euros aux entreprises allemandes. Mais ce sont les entreprises de services qui seront les plus touchées, notamment celle des services aux entreprises. Or, ce secteur est un de ceux où la productivité s'est le plus fortement dégradée depuis 2005, elle a chuté de 12 % ! Il est donc possible qu'il y ait moins d'embauches dans ce secteur. Mais l'effet net du salaire minimum sur l'emploi sera difficile à évaluer et cette mesure ne sera sans doute pas capable d'inverser la tendance.

Les facteurs semblent donc réunis pour que le « trou d'air » du miracle allemand de l'emploi ne soit que passager. L'Allemagne entre dans une période de plein emploi qui peut être mise à mal à terme néanmoins par le rééquilibrage de l'économie vers la demande intérieure. Mais cette crise à venir n'est pas encore d'actualité.

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Commentaires 34
à écrit le 02/07/2014 à 10:30
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Oui tant que la France continuera sa politique de médiocrité, les Allemands récupèrent tout le business!

à écrit le 02/07/2014 à 8:47
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Niveau population, en 10 ans l'allemagne a perdu 400 000 personnes, en France nous avons gagné 5 millions de personnes. Forcement, il faut bien trouver du boulot pour ces 5 millions de jeunes supplémentaires. C'est tout le problème de cette con...

le 02/07/2014 à 10:19
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Démographie et chômage n'ont aucun rapport : Lorsque la population augmente la société s'adapte est crée plus d'emploi et vice versa. Par contre, la population vieillissante de l'Allemagne va poser problème au niveau des retraites.

le 02/07/2014 à 10:40
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Il me semble que la RFA a absorbé 16 millions d'Allemands de l'Est sans problème !

à écrit le 02/07/2014 à 4:19
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Je connais un ami allemand qui bosse pour 900e/ mois, le miracle il le cherche encore :), et grâce à ça il ne rentrera pas dans la statistique du chômage.... voilà le vrai miracle

le 02/07/2014 à 5:59
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J'ai un ami Français qui touche pas loin de 1000 euros/mois sans bosser ! C'est pas un miracle ça ? Il me dit souvent, sois fainéant et tu vivras longtemps ! ;-)

le 02/07/2014 à 8:50
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on peut penser que ton pote bosse à chercher du boulot. c'est pas facile peut-être parce-que nos entreprises sont frileuses. Enjeux Les Echos rapportait le mois dernier : le Journal des Chambres de Commerce écrivait en 1914 "si la hardiesse et l'e...

à écrit le 02/07/2014 à 0:02
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La France est un pays dépassé et socialement corrompu. Elle n'est plus une puissance. Elle juge et jalouse ceux qui font mieux. Minable. Il lui reste à taxer jusqu'à la fin...

le 02/07/2014 à 8:26
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la France a des politiques qu'elle ne mérite pas...surtout ! des mafiosos de 1er ordre, plus crédibles du tout !!!!!!!

le 02/07/2014 à 8:56
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oui, il nous manque des "leaders" pour mettre en valeur nos atouts et renforcer la cohésion sociale. on dit depuis longtemps que les français sont inventifs, mais qu'ils ne savent pas valoriser et exploiter leurs idées. Paris est classée 1ère pour ...

le 02/07/2014 à 10:20
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Pourquoi restez vous en France dans ce cas ?

le 02/07/2014 à 10:42
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La France, me disait un ami économiste chinois l'autre jour, est un pays qui voyage en 1ère classe avec un billet de deuxième. Et ça ne date pas d'aujourd'hui. Cependant le marché du luxe français connait de beaux jours, parait-il...

le 02/07/2014 à 11:49
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Ce n'est pas parce que ta mère est malhonnête et une ivrogne qu'elle ne sera plus ta mère n'est pas?

à écrit le 01/07/2014 à 21:47
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Enfin il suffit d'un minijob a 2 Euros pour 5h par semaines pour ne plus faire partie des chômeurs mais des travailleurs a temps partiel. Travailleurs a temps partiel qui représentent presque 30% des travailleurs … Selon moi ces chiffres sont du doma...

à écrit le 01/07/2014 à 21:05
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il n'y a aucun miracle allemand, juste le pragmatisme de s'adapter a la situation... la france a une preference macroeconomique pour le chomage et refuse de l'assumer, c'est son choix.... tt le monde sait ce qu'il faut faire, meme cahuc a publie des ...

à écrit le 01/07/2014 à 19:46
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si l'euro disparait, l'Allemagne voit son chomage doubler et nous le notre baissera.

à écrit le 01/07/2014 à 18:56
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"Le "miracle allemand de l'emploi" peut-il continuer ?" Le miracle Français de l'emploi, tant annoncé, peut-il un jour se réaliser ? Répondez-moi François, Manuel, Michel, Arnaud et compagnie ! Allo, allo, allo, parlez plus fort, on ne vous ente...

le 01/07/2014 à 19:48
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en Allemagne il y a moins de jeunes qu'en France. Voila le miracle.

le 02/07/2014 à 8:19
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Et les femmes y travaillent moins compte tenu des conditions de garde

le 02/07/2014 à 10:23
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Oui, ça fait rêver les 7 millions de mini jobs allemands !

à écrit le 01/07/2014 à 18:16
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c'est dramatique.... j'y ai vécu 10 ans .... le gouvernement allemand ce fou de la famille... en France en on fait trop !

à écrit le 01/07/2014 à 18:09
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beaucoup de bas salaires (22% contre 7 en France), de temps partiel, de faux jobs, faible productivité dans certains secteurs, pauvreté et inégalités qui augmentent plus vite que chez nous... Pas de miracle. comme au UK. avec la faible démographie e...

le 01/07/2014 à 21:09
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en allemagne il y a les ' 1 euro jobs' pour que les gens puissent se reinserer par le travail au lieu de glander... en france on cree des generations de gens deconnectes du marche du travail qu'il sera impossible de remettre sur les rails..... reinte...

le 01/07/2014 à 21:51
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Toujours est il que lorsque l'on est payé à 1 Euro l'heure pour quelques jeunes par semaines , on est payé par l'assistance publique (faut bien vivre et c'est pas avec ce genre de salaire que c'est possible) et SURTOUT ON EST PLUS CHOMEURS . D'où les...

à écrit le 01/07/2014 à 18:04
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En Allemagne il est plus important d'avoir une voiture qu'un enfant, peut de structures existes pour les enfants .... en France c'est l'inverses .... une partie de la population fait des enfants pour l'argent .... un...

le 02/07/2014 à 8:29
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en France, beaucoup d'enfants sont faits par des touristes" !

à écrit le 01/07/2014 à 17:21
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Mais arrêtez le cet admirateur de l’Allemagne, le miracle, le génie d'angela, il est amoureux ou quoi!

le 01/07/2014 à 19:00
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Vous me faites rigoler, Cantalou, avec vos remontrances et vos scènes de jalousie à l'égard de Madame Merkel et de l'Allemagne. C'est le détail de la verrue qui fait trébucher le pygmée, Pascal dixit.

à écrit le 01/07/2014 à 17:09
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... Non les cigales n'ont plus de sous !!!!!!!!!!!!!!!!!!!

à écrit le 01/07/2014 à 17:03
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Le taux chômage bas d l'Allemagne s'explique aussi par un taux de natalité bas au contraire de ce que nous vivons en France. Chaque année nous voyons notre population active augmenter de plus de 150 000 personne. Le allemands sont obligés de faire v...

le 01/07/2014 à 17:40
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ouf ! bientôt plus d'allemands en Allemagne !

le 01/07/2014 à 17:51
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... les allemands sot les japonnais de l’Europe ???

le 01/07/2014 à 21:57
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Selon les estimations d'experts. en 2050 il y aura plus de français que d'Allemands en Europe. Avec un taux de natalité Allemand ridiculement minable il faut s'attendre a des répercussions un jour ou l'autre.

le 02/07/2014 à 11:52
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a ce moment là ,nous devrons peut-être payer leurs retraites

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