Allemagne-Japon : l'inévitable affrontement

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Alexandre Mirlicourtois, directeur de la conjoncture et de la prévision de Xerfi/ DR
La confrontation commerciale entre l'Allemagne et la Japon va se durcir, c'est inévitable. Alors que cela n'a a priori rien d'une évidence tant les terrains de chasse de ces deux champions de l'export, semblent géographiquement espacés.

D'un côté, l'Europe pour les exportateurs allemands : parmi les 12 pays destinations privilégiées du « made in Germany » qui absorbent quand même près des 2/3 des exportations totales, seuls les Etats-Unis, la Chine et la Russie sont hors d'Europe.

Pour les producteurs japonais, les 12 premiers partenaires ont encore plus de poids et concentrent près de 75% des exportations. L'Asie et l'Océanie assurent l'essentiel et là aussi seuls trois pays se situent sur un autre continent : dans l'ordre, il y a les Etats-Unis, l'Allemagne et le Canada. Dans cette approche statique, les zones de friction potentielles se limitent donc essentiellement à deux pays : les Etats-Unis et à la Chine.

Un 1er constat s'impose, l'enjeu est beaucoup plus déterminant pour le Japon, ces deux pays comptant pour 37,5% de ses exportations alors que pour l'Allemagne, le compteur reste bloqué en dessous de 14%. Mais cet écart s'est réduit, l'Allemagne ayant mené une offensive tout azimut sur les marchés asiatiques.

On le sait, l'Allemagne est un pays extraverti

En d'autres termes son modèle de développement repose sur 5 piliers : la force de son industrie, le haut niveau de compétitivité de ses entreprises, l'accumulation d'excédents extérieurs, l'atrophie de sa demande domestique, une démographie déclinante ou sur le point de le devenir.

Le modèle japonais repose sur des fondamentaux similaires, mais à une différence près, le marché naturel de l'Allemagne, l'Europe, est en panne de croissance alors que l'Asie, marché naturel du Japon est une terre d'opportunités. Les industriels allemands ne s'y trompent pas et ont redoublé d'efforts pour s'y imposer : sur les 10 dernières années, les exportations allemandes, exprimées en dollars, ont progressé d'un peu moins de 9% l'an en valeur.

C'est beaucoup, mais ce n'est qu'une moyenne car pour les pays asiatiques c'est beaucoup plus : les ventes allemandes ont crû de 20% en moyenne par an en Chine, de 18% au Vietnam, de 13% en Corée du Sud. Du côté du Japon, la progression des exportations à défaut d'être identique, à celle de l'Allemagne est comparable, avec un peu moins de 7% l'an. Mais nulle trace d'une percée dans les chasses gardées allemandes.

Certes, ici ou là, dans les PECO, mais sur des montants trop faibles pour être significatifs. L'avancée allemande en Asie, ne poserait pas de problèmes aux Japonais si les productions entre les deux pays étaient complémentaires.

Or il n'en est rien

Que ce soit sur le type de production ou la hauteur de gamme, ces deux pays s'affrontent : la décomposition sectorielle des exportations montre qu'Allemagne et Japon ont en commun 8 des 10 principaux produits. Emblématique de cela, l'automobile, un secteur qui compte pour 13% des exportations du Japon et 11% pour l'Allemagne.

Et même 20 % lorsque l'on prend en compte les autres strates de la filière. Les velléités allemandes en Asie sont donc vécues par les Japonais comme une agression. Une agression qui appelle des mesures de rétorsions.

La première a été prise et c'est l'arme monétaire qui a été choisie avec l'offensive de la Banque centrale japonaise pour faire baisser le Yen, une monnaie qui s'est déjà dépréciée de 30% par rapport à la monnaie européenne depuis juillet 2012. Il ne faut pas se tromper : vu de loin, l'Allemagne et par extension la zone euro est considérée comme une zone prédatrice qui a mis sa demande domestique en panne et qui cherche à s'approprier la demande des autres. Une stratégie face à laquelle le reste du monde ne reste pas impavide.

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a écrit le 23/06/2014 à 21:46 :
"5 piliers : la force de son industrie, le haut niveau de compétitivité de ses entreprises, l'accumulation d'excédents extérieurs, l'atrophie de sa demande domestique, une démographie déclinante ou sur le point de le devenir."
Difficile de comprendre ce pilier de la démographie, le Japon, la Chine, l'Italie, l'Espagne, la Grèce, le Portugal sont en déclin démographique avec un taux de natalité aussi bas qu'en Allemagne; Mais l'Allemagne est la 1ere terre d'accueil planétaire après les USA; sa population est en croissance (de jeunes) contrairement aux autres pays comme l'Espagne / Italie. La croissance démographique de la France n'est que dû à son vieillissement dynamique, d'ailleurs. Atrophie de sa demande? Le niveau de consommation est élevé, il n'est pas dynamique, certes, mais la demande intérieure est soutenue. L'accumulation des excédents extérieurs n'est qu'un résultat des 2 1er piliers; pitoyables erreurs de logique dans cette contribution!
a écrit le 23/06/2014 à 21:31 :
Les succès des entreprises allemandes ne sont pas que récents, bien qu'ils sont impressionnants surtout lorsqu'on les mets en comparaison avec un autre "champion des exportations" du coté du pacifique. Les barrières monétaires sont une constante qui n'ont jamais freiné durablement les ventes des entreprises allemandes, que c'était en période d'un mark fort, d'un euro sur-évalué, par des tentatives chinoises de manipulation des devises, les récentes abenomics nippones et certainement les manipulation de la Fed américaine n'ont pas eu d'effet notable. Même Airbus s'impose, d'ailleurs...Cette particularité française de vouloir comprendre le monde à travers une modélisation simpliste devient un véritable problème car les solutions (l'arme monétaire; à l'occurrence) sont aussi simple qu'exceptionnelles. Ce qui est véritablement exceptionnel, c'est l'étendue des échanges germano-nippon; le nombres d'entreprises implantés en Allemagne, les coopérations industrielles; mêmes les échecs communs (Mitsubishi, Toshiba Siemens) pour Alstom...Côté chinois, le Yuan est côté à la bourse de Francfort, la place financière en profite de ces échanges, ainsi que beaucoup de japonais, allemands, coréens, chinois.

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