Pourquoi les entreprises françaises devraient investir plus en Allemagne

 |   |  1578  mots
Pour André Karg, une des raisons qui doivent pousser les entreprises françaises à investir en Allemagne, c'est son régime fiscal qui fait partie des plus concurrentiels parmi les grands pays industrialisés. /DR
Pour André Karg, une des raisons qui doivent pousser les entreprises françaises à investir en Allemagne, c'est son régime fiscal qui fait partie des "plus concurrentiels parmi les grands pays industrialisés". /DR (Crédits : DR)
L’Allemagne est, par sa proximité géographique, le partenaire naturel de la France. Analyse du projet d'investissement, recours à l'aide administrative et juridique sont les clés pour faire fructifier ses investissements dans le pays de Goethe. Par André Karg, membre des Barreaux de Munich et Paris, responsable du Desk Allemagne du cabinet DS Avocats.

En 2013, la France était de nouveau le première partenaire commercial de l'Allemagne, titre qu'elle garde déjà depuis 1961 (les importations et les exportations entre la France et l'Allemagne ont atteint un niveau de 164,6 milliards d'euros). Même si ces chiffres montrent un petit recul du marché à cause d'une légère diminution de 1,4 % du volume du commerce bilatéral par rapport à 2012, la France a été une nouvelle fois le premier importateur de marchandises allemandes d'une valeur de 100,3 milliards d'euros (-2,6% par rapport à 2012).

A l'inverse, l'Allemagne a importé à hauteur de 64,2 milliards d'euros de produits français, ce qui représente une légère augmentation de 0,3% par rapport à 2012. Ceci place la France derrière les Pays-Bas et la Chine au 3ème rang des partenaires commerciaux le plus importants pour l'Allemagne.

L'excédent de la balance commerciale de l'Allemagne vis-à-vis de la France a ainsi diminué. Il s'élève en 2013 à 36,1 milliards d'euros, soit 7,1% de moins qu'en 2012.

 

Un marché important de fusions-acquisitions au cœur de l'Europe

Cette importance du marché commercial franco-allemand en Europe se traduit aussi par une activité non-négligeable de fusions-acquisitions transfrontalières. En effet, le cabinet d'audit et de conseil PwC révèle dans son étude annuelle 55 transactions franco-allemandes pour l'année 2013. La valeur cumulée des cinq premières transactions réalisées par des acheteurs français sur des cibles allemandes s'élève à 876,5 millions d'euros.

Vinci Energies SA a acquis ALPIQ Anlagentechnik GmbH's EVT Division pour 305 Millions d'euros, la SPIE SA a acquis la Hochtief AG's Services Division pour 250 Millions d'euros, la CHASSIS BRAKES INTERNATIONAL GROUP a acquis la ROBERT BOSCH GMBH'S BRAKING BUSINESS pour 200 Mio d'euros, la UNIBAIL-RODAMCO SE a acquis la RUHR-PARK ARCADEN SHOPPING pour 86 Millions d'euros et la THEOLIA SA a acquis BREEZE TWO ENERGY GMBH & CO. KG pour 36 Millions d'euros.

 

L'industrie automobile, le transport-logistique sont prisés

Cette étude a montré que les investissements des entreprises françaises se concentrent sur les régions de l'Allemagne qui connaissent déjà une forte présence des investisseurs français: la Rhénanie-Westphalie, la Bavière et le Bade-Wurtemberg, notamment dans les domaines de l'industrie automobile, du transport-logistique et de l'énergie.

Par exemple, on estime que 40 000 Français vivent dans le Land fortement industrialisé du Bade-Wurtemberg. En effet, ce Land héberge d'illustres entreprises françaises telles que Loxam, Vinci Construction Deutschland, Peugeot, ALSTOM, Temis, Nuxe, JC Decaux, Yves Rocher, Faceo, La Poste, Biomerieux, Bonduelle, Decathlon, Le Creuset, Valeo, Lafarge ou Bouygues Deutschland.

La France y est aujourd'hui le 3ème fournisseur après la Suisse et les Etats-Unis et le premier fournisseur européen avant l'Italie et l'Irlande. Les échanges commerciaux avec la France représentent presque 10 % de son commerce extérieur, notamment dans les secteurs de la chimie, de l'agroalimentaire et de la pharmaceutique. Le résultat de l'étude de PwC n'a donc rien d'étonnant : les entreprises françaises augmentent simplement leurs chances de succès en se concentrant sur les régions fortement industrialisées pour leurs projets de croissance externe (le PIB des trois Länder nommés dans l'étude de PwC représentant plus de la moitié du PIB Allemand).

 

L'analyse préablable du marché, une clé de la réussite

Il n'existe donc pas forcement d'emplacement idéal pour une implantation réussie en Allemagne. Il est plutôt le fruit d'une recherche à mener qui doit, dès sa première phase, être accompagné par un avocat bilingue de culture juridique franco-allemande travaillant avec des institutions comme les Agences de développement économique des Länder (Wirtschaftsförderungsagenturen), les Chambres de Commerce et d'Industrie locales, Germany Trade and Invest GmbH (GTAI), le BVMW - Association fédérale des petites et moyennes entreprises et des experts comptables ou encore avec des cabinets de Fusions & Acquisitions spécialisés en croissance externe.

La décision de s'implanter à tel ou tel endroit, dans tel ou tel Land nécessite donc une analyse préalable du marché afin de trouver l'emplacement qui garantit que l'entreprise puisse y trouver l'infrastructure et la clientèle nécessaires à sa réussite. L'un des critères de recherche peut être purement géographique : dès lors que l'Allemagne a une situation géographique centrale en Europe, elle peut constituer une plateforme pour une entreprise désireuse de conquérir d'autres marchés tels que ceux des pays d'Europe Centrale et Orientale (PECO) qui représentent près de 100 millions de consommateurs. Disposer d'un site de production en Allemagne permet également à une entreprise d'apposer le label « Made in Germany » sur ses produits, synonyme de qualité auquel, les partenaires commerciaux des pays émergents (comme la Chine et le Brésil) accordent une importance croissante.

En outre, le fait de disposer d'un site de production en Allemagne permet aussi de développer son image et sa marque sur le marché pour acquérir des avantages concurrentiels. La recherche de l'implantation est donc individuelle : elle dépend des objectifs des entreprises désireuses de se lancer dans un projet d'implantation en Allemagne.  

 

Réfléchir son projet sur les prismes juridiques et administratifs

Dans un deuxième temps, le conseil assistera le projet sur le plan juridique et sur le plan des démarches administratives à accomplir et s'adaptera aux besoins du projet - création d'une agence commerciale, bureau de représentation, succursale, création d'une joint-venture pour s'associer avec une structure locale existante, création d'une société de capitaux (comme une GmbH, équivalent de la SARL en Allemagne ou d'une société de personnes comme la OHG, KG ou la GmbH & Co. KG. La décision aura un impact sur la comptabilité, la fiscalité et sur les coûts de création d'une société. Chacune de ces solutions a ses propres avantages et on ne peut déterminer de façon catégorique la solution la plus avantageuse.

Ici encore, il s'agit d'une analyse préalable méticuleuse des données du projet d'implantation qui va guider le conseil. Cela lui permettra de préparer une feuille de route et de dégager deux ou trois options, comportant chacune leurs avantages et inconvénients fiscaux et comptables. Evidemment, le conseil sera complètement différent selon que la PME français souhaite simplement avoir recours à des agents commerciaux ou bien si elle envisage la création d'une filiale dotée de capacités de production. Pour chaque situation, il existe une solution adaptée et un conseil de qualité accompagnera le candidat à l'implantation vers la solution la plus appropriée à ses besoins.

 

Régime fiscal très avantageux et aides financières en Allemagne

Si l'implantation se réalise via une société de capitaux, il est important de noter que l'Allemagne propose l'un des régimes fiscaux les plus concurrentiels parmi les grands pays industrialisés. Ainsi, la charge fiscale s'élève en moyenne à moins de 30 % (29,83 % exactement contre 36,10% en France). Il faut également souligner que le taux d'imposition pour l'impôt sur les bénéfices des sociétés n'est pas harmonisé à l'échelle nationale. En effet, l'impôt sur le bénéfice des sociétés se divise en deux parties :

  • L'impôt sur les sociétés + majoration de solidarité,
  • la taxe professionnelle. Or, la taxe professionnelle varie au niveau local tandis que l'impôt sur les sociétés + majoration de solidarité sont des composants fixes.

L'impôt sur les sociétés est fixé à un taux national de 15%. Il doit être acquitté par toutes les sociétés (les succursales des sociétés étrangères situées en Allemagne sont également concernées). La majoration de solidarité équivaut à 5,5% des 15 % de l'impôt sur les sociétés, soit un total de 0,825 % des bénéfices imposables (cette majoration a encore pour but de financer les coûts de la réunification allemande). En revanche, la taxe professionnelle est un impôt communal dont le taux moyen avoisine les 14 %.

 

S'appuyer sur Ubifrance et les agences de développement économique

Enfin, il est également important de se renseigner par exemple auprès d'Ubifrance afin de savoir si le projet envisagé peut être financièrement soutenu par les aides d'Etat françaises. Il existe par ailleurs outre-Rhin des programmes d'aides fédérales ou locales allemandes qui peuvent être un soutien supplémentaire pour une implantation en Allemagne.

De telles aides financières d'Etat doivent être analysées de manière approfondie pendant la phase de démarrage du projet, avec p.ex. les spécialistes des Agences de développement économique des Länder (Wirtschaftsförderungsagenturen), les Chambres de Commerce et d'Industrie locales ou Germany Trade and Invest GmbH (GTAI).

Il ne faut surtout pas tomber dans le piège consistant à croire que la proximité entre la France et l'Allemagne est synonyme de conquête facile du marché allemand. Ce marché a ses propres codes qu'il faut connaitre et respecter. De même que la relation client en France p.ex. doit être gérée en français, il va de soi que la relation client en Allemagne doit être gérée en allemand. Cependant, même si le marché est très concurrentiel, il ouvre en même temps de très grandes opportunités pour ses acteurs économiques. En effet, les exigences de qualité du marché allemand en font un laboratoire qui permet de conquérir d'autres marchés dans le monde.

 

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 30/06/2014 à 14:40 :
Je suis choquée par les commentaires ci-dessus.
Mon mari et moi vendons depuis plus de 30 ans des pieces pour l´Industrie Allemande. Tous nos contrats ont toujours ete respectés en terme de payement contrairement a nos clients francais. Depuis 2 ans nous avons une filiale a Dresde a partir de laquelle nous vendons en Allemagne mais aussi en Pologne. G.
Réponse de le 09/07/2014 à 15:29 :
Vous ne devez pas être choquée, Géraldine, car les Français ne connaissent en grande majorité quasi rien aux relations commerciales internationales... figurez-vous qu'ils croient encore que la Chine nous envahit de ses produits, alors que ce sont les firmes françaises qui passent des commandes aux usines là-bas, et souvent avec des cahiers des charges épais comme des dictionnaires ...
a écrit le 25/06/2014 à 10:14 :
Que l'Allemagne investisse d'abord en France plutôt qu'en Europe de l'Est et nous en reparlerons.
Réponse de le 25/06/2014 à 12:20 :
ils n´investissent pas chez nous et ne nous achète pas grand chose non plus.
a écrit le 25/06/2014 à 9:53 :
on pourrait vendre des actions gdf-suez pour des parts de siemens
a écrit le 25/06/2014 à 9:15 :
totalement d'accord, j'y travaille !!!
Réponse de le 25/06/2014 à 12:05 :
j´y travaille aussi, j´ai rarement vu des gens aussi nationalistes que les allemands, de toute facon ils n´achètent que allemand...

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :