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ÉconomieUnion européenne

Syriza est-il vraiment un danger pour l'économie grecque ?

Photo de Antoine Patinet

Romaric Godin

Publié le 06 janvier 2015 à 06:04 - Mis à jour le 06 janvier 2015 à 07:28

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Le parti d'Alexis Tsipras est présenté comme un danger pour le "cours des réformes" grecques. Mais cette formule est-elle exacte ?

C'est l'idée la plus répandue en Europe : une « victoire de Syriza » en Grèce menacerait l'intégrité de la zone euro. Les autorités les plus établies de toute l'Europe, des gouvernements aux banques en passant par les instances européennes, mettent en danger contre l'arrivée au pouvoir de la « gauche radicale » qui « stopperait le cours des réformes. » Une solution qui serait inacceptable pour les autres pays de la zone euro et qui conduirait, affirme-t-on, à une inévitable sortie du pays de la zone euro, le fameux « Grexit. » L'objectif de ce déchaînement rhétorique est simple : effrayer l'électeur grec. Non seulement par un éventuel « Grexit », mais aussi par la perte du « fruit des réformes » menées depuis 2010. Autrement dit, le danger serait que Syriza ne ramène la Grèce à sa situation d'avant 2010, celle qui a mené le pays à la banqueroute.

Les deux partis traditionnels ont un lourd bilan

Qu'en est-il en réalité ? Rappelons que ce n'est pas Syriza, mais bien les deux partis au gouvernement, le Pasok et la Nouvelle Démocratie (ND) qui ont dirigé la Grèce pendant trente ans et qui ont créé les conditions de la banqueroute de 2010. Antonis Samaras, le Premier ministre sortant qui donne des leçons de responsabilité à l'opposition, a été ministre au début des années 1990 et son parti est celui qui a maquillé les comptes du pays pour entrer dans la zone euro. Quant au Pasok, c'est lui qui, au début des années 1980, a gonflé les effectifs de la fonction publique pour « remercier » ses militants. Aujourd'hui, selon les sondages, ces deux partis, qui ont regroupé jusqu'à 80 % des exprimés ne recueilleraient pas plus de 30 %. La conversion soudaine et opportuniste de ces deux partis aux « solutions » européennes d'austérité ne l'a sans doute pas fait oublier aux Grecs eux-mêmes. En s'appuyant sur la vieille oligarchie politique grecque, les Européens font une erreur d'appréciation majeure de la réalité politique du pays.

Les réformes selon Syriza

Syriza se présente en effet comme un parti qui s'oppose à cette caste traditionnelle. Le cœur de son programme repose, du reste, sur une réforme en profondeur du secteur public et sur la lutte contre la corruption. Certes, le parti d'Alexis Tsipras entend réintégrer une partie des fonctionnaires « placés en réserve » par le gouvernement d'Antonis Samaras, mais il propose également des réformes pour rendre l'État grec plus efficace : réduction à 10 du nombre de ministères, suppression de plusieurs agences gouvernementales inutiles, procédures « objectives » d'évaluation des fonctionnaires, réduction de la bureaucratie. C'est une facette essentielle du programme de Syriza qui, on le voit, est aussi « réformateur » et, dans ce domaine, sans doute plus que les deux partis traditionnels. La troïka le sait bien puisqu'elle s'est à maintes reprises plaint de l'insuffisance des « réformes. »

Politique de relance

Économiquement, Syriza plaide pour une relance de l'économie. C'est un programme assez classiquement keynésien qui prend en compte l'absence toujours persistante de demande intérieure dans le pays. Cette absence est en fait un aveu d'échec des « réformes » promues par les Européens qui n'ont guère conduit à améliorer l'attractivité du pays pour les investisseurs. Les privatisations se sont ainsi faites à des prix bradés, ce qui a représenté une très mauvaise affaire pour l'État grec. Les poursuivre dans ces conditions ne revient qu'à appauvrir encore ce dernier. Après cinq ans d'une sévère austérité, le pays ne peut rebondir qu'en faisant repartir la demande intérieure. A l'exception de l'effet du tourisme, les exportations ne peuvent avoir un effet favorable sur la croissance d'un pays qui était peu industrialisé avant la crise et qui l'est encore moins aujourd'hui. Il faut donc massivement investir dans l'économie grecque pour pouvoir le faire vraiment « profiter de ses efforts. »

Logiques de la politique d'austérité

Poursuivre, dans ces conditions, la politique du mémorandum comme le propose Antonis Samaras ne saurait donc être une solution. Les fruits des efforts de l'État, l'excédent primaire, est encore englouti par le service de la dette. L'État ne peut donc investir dans l'économie. Pire, il devra même, comme le suggérait la troïka, encore serrer la vis pour parvenir à maintenir les objectifs fixés par le mémorandum et permettre à la Grèce de « respecter ses engagements. » Autrement dit, les efforts des Grecs permettent surtout de financer la « cavalerie financière » mise en place en 2010, autrement dit de rembourser les prêts accordés pour rembourser les dettes. Selon les calculs du site d'information macropolis.gr, 70 % des fonds accordés par la troïka ont servi à financer le remboursement des dettes et des intérêts, 19 % ayant servi à la recapitalisation des banques. Cette politique est assez absurde d'un point de vue macroéconomique, surtout lorsque le pays s'est fortement appauvri.

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Le sens de la réduction de la dette

Syriza propose une alternative : réduire le poids de la dette par la négociation avec les partenaires européens. Plusieurs solutions sont possibles, notamment des moratoires ou des allongements considérables de maturité. Le but est de libérer des fonds pour permettre à l'État d'investir et de faire face aux urgences sociales actuelles. Le parti d'Alexis Tsipras propose ainsi la création d'une banque publique d'investissement, et le lancement d'un plan humanitaire. Ce qui est frappant, c'est le refus des Européens de comprendre cette situation économique et sociale et de s'en tenir aux « engagements » de la Grèce en refusant d'emblée toute discussion sur la dette. Ils avaient pourtant promis à Antonis Samaras, une fois l'excédent primaire dégagé, d'ouvrir cette discussion. Le gouvernement grec sortant avait, au cours du premier semestre 2014, cherché à obtenir cette renégociation. Or, voilà que six mois plus tard, une telle discussion paraît impossible. Mais ceux qui n'ont pas respecté leurs engagements ne sont pas toujours ceux que l'on croit.

Le coût du programme Syriza

Les mesures sociales proposées par Syriza sont-elles irréalistes ? Autrement dit, l'État grec aura-t-il les moyens de ces dépenses. Il y a un grand débat de chiffres en Grèce autour du coût du programme du pays qui va de 11,4 milliards d'euros, selon Syriza, jusqu'à deux fois plus pour les experts proche du gouvernement. Mais si le poids de la dette est réduit, l'excédent primaire sera mobilisable. Par ailleurs, le pays souffre encore d'une grande évasion fiscale. Le gouvernement Samaras a amélioré les rentrées fiscales, mais pas suffisamment : Syriza fera-t-elle moins bien ? Rien ne permet de le dire. Enfin, le choix de Syriza est de dynamiser l'économie grecque. En théorie, ceci devrait permettre d'améliorer les recettes fiscales. On peut certes douter de l'efficacité de cette relance, mais on peut également douter des 3 % de croissance promise pour 2015 par la Commission européenne sans rien de vraiment concret pour l'étayer... Enfin, il ne faut pas oublier que Syriza ne pourra guère gouverner seule. En fonction de son alliance gouvernementale, ces mesures pourront être adoucies ou non.

Le vrai danger pour l'économie grecque

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Syriza n'est plus aussi radicale que jadis. Son discours s'est beaucoup recentré. Alexis Tsipras a affirmé samedi qu'il est attaché à l'équilibre budgétaire et qu'il veut demeurer dans la zone euro, ce qui suppose de respecter les critères de Maastricht. Rappelons, par ailleurs, que la Grèce ne se finance presque plus sur les marchés. La vraie question que pose la Grèce est de savoir comment dynamiser l'économie de ce pays et comment panser ses plaies sociales. L'austérité et la politique de « cavalerie financière » de la troïka mènent, de ce point de vue, à une impasse. Le programme de Syriza n'est donc pas plus absurde que celui des partis qui ont gouverné la Grèce jusqu'ici et dont le bilan est désastreux sur le plan économique, social et politique. Le vrai problème est donc bien politique : c'est celui du refus des Européens d'envisager une alternative à la politique qu'ils ont appliqué au pays - et leur volonté de l'imposer à tout prix - refus qui est le seul danger qui, aujourd'hui, menace la Grèce.

Romaric Godin

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