Vignobles : quand le dépérissement se heurte au mur du son

Pascal Rabiller

Pascal Rabiller
Le 20 janvier dernier, les colonnes de La Tribune Bordeaux relayaient l'inquiétude des interprofessions viticoles face au dépérissement des vignobles français dû, notamment, à l'esca, sorte d'apoplexie du cep de vigne, et à plusieurs autres maladies du bois.
Lors de son Forum environnemental, le Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux lâchait qu'en dépit des programmes de recherche, pour le moment, il n'existait pas de solution au problème.
Minés par les maladies du bois, les cépages français dépérissent.
Une récente étude montre que cette perte de rendement due aux maladies et à la mort de pieds de vigne représente un manque à gagner de 1 milliard d'euros annuel pour la filière viticole française.
Dans les labos de l'Inra, notamment, on continue donc de chercher...
Dans les vignes du prestigieux Château Pape Clément (Pessac), propriété de Bernard Magrez, on ne cherche plus, car on pense avoir trouvé le remède à l'esca, maladie qui peut bloquer la montée de la sève et tuer le pied de vigne.
Cette lutte ne prend pas l'apparence d'un produit phytosanitaire, ni d'une manipulation de gènes de la vigne. Elle prend la forme d'un simple (en apparence) boîtier électronique, doté d'un panneau solaire lui garantissant l'autonomie énergétique. Ce boîtier, installé entre deux pieds de vignes, diffuse un son, 7 minutes (au maximum) par jour.
Ce son, une note ou accord tout à fait audible jusqu'à 20 m de l'appareil, produit, pendant la période de la formation de la fleur jusqu'à la vendange, une onde qui stimule les protéines de défense de la vigne.
Baptisées "Protéodies", par l'inventeur de ce "procédé génodique", le physicien Joël Sternheimer, ces notes sont des informations biologiques, des reproductions de phénomènes ondulatoires que la plante produit naturellement pour croître et/ou lutter contre des maladies
Autrement dit : à chaque plante, à chaque séquence de stimulation d'acides aminés de protéines son son.
En Bordelais, c'est Hervé Bonnet qui, après avoir testé la génodique sur une de ces parcelles de vignes, est désormais en charge de faire connaître cette solution commercialisée par la société parisienne Genodics.
Directeur technique vigne pour la société depuis 2014, Hervé Bonnet assure, mais on serait surpris du contraire, que la diffusion des protéodies donne des résultats probants.
Certaine de l'efficacité de sa technologie, Genodics propose, en cas de baisse de mortalité inférieure à 30 %, de rembourser intégralement ses prestations qui s'élèvent à 2.600 euros/an pour la protection de 5 hectares (800 euros par appareil + installation, formation et suivi). Un coût qui, de toute façon, chute fortement dès la seconde année pour passer à 800 euros par zone de 5 h couverte.
Selon Genodics, quand la mortalité des ceps de vigne est divisée par trois (baisse de 67 %), l'économie réalisée par le viticulteur s'élève à 2.000 euros/h. Elle s'élève à 1.500 €/h si la mortalité baisse de 50 %. Si elle baisse de 33 % cela représente encore 1.000 euros/h...
Dans ces conditions on peut se demander pourquoi toutes les vignes de France ne jouent pas la partition de Génodics ?
Appliqué à la vigne mais aussi à la production de fruits et légumes dans une centaine d'exploitation en France (dont 80 propriétés viticoles), le procédé génodique, qui a séduit les vignerons de Buzet, en Lot-et-Garonne, n'a fait l'objet d'aucune demande de remboursement à ce jour selon Genodics qui souhaite rappeler que sa technologie, qui se renforcera bientôt avec des bornes de diffusion de sons pilotables à distance via un smartphone, n'est pas une solution miracle pour tout et partout.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Pas du vent, mais du son qui s'il stimule ou inhibe les fonctions biologiques des plantes et de leurs parasites, n'adoucit pas encore totalement les mœurs et usages viticoles.
Pascal Rabiller