L'agriculture et l'agroalimentaire face à une crise du recrutement

Nina Tapie

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Les problématiques de recrutement dans les mondes agricole et agroalimentaire ont été présentées à l'occasion du Job dating agri-agro organisé par la Fédération nationale des syndicats d'exploitations agricoles (FNSEA) mercredi 16 mai, au salon de l'agriculture de Bordeaux. "Sur la grande région, on a une multitude de productions : on a donc besoin de tous les types de profils. Beaucoup d'offres d'emploi restent non satisfaites. Les emplois sont de qualité, avec des salaires intéressants mais il n'y a malheureusement pas les candidats en face", explique Arnaud Tachon, le président de la commission emploi-formation de la FNSEA.
Néanmoins, la carence de candidat ne s'explique pas seulement par un manque de travailleurs qualifiés, elle concerne tous les métiers de la filière.
Les mêmes besoins se dessinent pour la filière industrielle de l'agroalimentaire, comme le confirme Véronique Hucault, déléguée générale de l'Aassociation régionale des industries alimentaires (Aria) : "Pour ce qui est des offres vacantes, on sait aujourd'hui que dans l'année 2018 il y aura 8.000 emplois à pourvoir, et 50 % auront du mal à l'être." L'enquête annuelle "Besoins en main d'œuvre" 2018 de Pôle Emploi recense 7.833 projets de recrutement dans le secteur en Nouvelle-Aquitaine, dont 55,6 % ne se concrétiseront pas. "On a vraiment besoin de toutes les compétences, des vendangeurs aux ingénieurs qualifiés. Derrière on a tous les outils nécessaires pour les former", ajoute Arnaud Tachon.
L'agriculture offre une palette d'emplois attractifs et qualifiés, cependant souvent méconnus. Selon la FNSEA, sur les 2,35 millions d'embauches potentielles en France en 2018, le secteur de l'agriculture représente 1 intention de recrutement sur 10, soit plus de 233.000 projets de recrutement. Les employeurs rencontrent des difficultés : candidatures insuffisantes, absence des compétences attendues, manque d'expérience et de motivation, mauvaise image du secteur... " Notre secteur souffre d'une image d'Epinal. Mais l'agriculture n'est pas has been, au contraire", avance Arnaud Tachon. "Le plus gros déficit ce serait sûrement dans la production. Seulement 20 % des étudiants à Sciences Agro en ingénierie veulent travailler en lien avec la production agricole ; ça pose question."
Pour Véronique Hucault, les difficultés rencontrées dans l'agro-alimentaire et dans l'agriculture sont similaires : un problème d'image et de notoriété des formations professionnelles.
Dans un contexte de réformes gouvernementales (assurance chômage, apprentissage, retraites), les enjeux de la formation sont centraux pour la FNSEA qui participe à l'élaboration de leur contenu. Vincent Cherel est directeur de la formation de la filière alimentaire (IFRIA), un "CFA de branche, géré par les industries » selon lui, "toutes filières confondues ; TPE, PME, grands groupes comme Danone ou Lactalis. Nous avons actuellement 200 jeunes formés du bac au bac +5. Priorité sur la transformation et le conditionnement, et sur la production, qui rassemblent 60 % des effectifs de la filière. Pour la rentrée prochaine, nous avons 150 offres à pourvoir en contrat d'apprentissage."
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Pour Arnaud Tachon comme pour Véronique Hucault, il est important que les centres de formation restent sur le territoire de la Nouvelle-Aquitaine. "La vraie crainte que j'ai, c'est que nos centres de formation ne restent pas ici. Le Sauternais, le Médoc... Nous devons conserver les techniques locales. Ailleurs, les réseaux sont différents, il n'y a pas les mêmes dynamiques. La mobilité des jeunes serait un problème en plus à gérer."
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