Le foie gras, qui serait le produit festif préféré des Français, évolue dans une filière soumise à de très fortes difficultés. Après les épisodes dévastateurs de grippe aviaire en 2016 et 2017, les producteurs de Nouvelle-Aquitaine ont souffert des changements de règlement en 2019, avant que le Covid-19 ne vienne frapper à la porte en 2020 entraînant la fermeture des restaurants. Malgré ça, tout n'est pas perdu explique à La Tribune Michel Fruchet, le patron de la filière.Classé par les Français en tête des trois produits incontournables des repas de fêtes, avec 77 % de votes, devant le saumon fumé (67 %) et la bûche de Noël (59 %), selon un sondage réalisé en novembre 2019 par CSA pour le Comité interprofessionnel des palmipèdes à foie gras (Cifog), le foie gras occupe les esprits à l'approche de la fin d'année. Encore mieux, selon un autre sondage, mené par l'Ifop les 28 et 29 avril 2020 pour Uber Eat et le Fooding, 92 % des Français déclarent consommer du foie gras ! Ils se disent aussi très attachés au magret et précisent que cette pièce de canard fait partie des 10 plats qui ont le plus manqués pendant le confinement. Il n'en reste pas moins que le foie gras appartient à une filière en proie à de très fortes turbulences.
C'est ainsi que le département des Landes (Nouvelle-Aquitaine), premier producteur de foie gras du pays, et premier éleveur de palmipèdes à foie gras, est à nouveau frappé par une épidémie de grippe aviaire en cette fin 2020. Si elle est non transmissible à la population humaine, cette épizootie est redoutable pour les élevages de canards et d'oies.
Ainsi au 14 décembre 2020, trois élevages de canards gras landais étaient touchés par ce virus H5N8, à Benesse-Maremne, Saint-Geours-de-Maremne et Angresse. Comme cette épidémie est portée par les oiseaux sauvages en cours de migration, deux autres élevages ont été touchés, à Saint-Maurice-des-Noues, en Vendée, qui fait des canards maigres, et Saint-Sauveur-sur-Bressuire (Deux-Sèvres), consacré aux canards de Barbarie.
Une profession désormais capable de devancer les virus
"Cette épizootie nous l'avons canalisée, stabilisée, que ce soit dans les Landes, en Vendée ou dans les Deux-Sèvres. L'influenza aviaire d'aujourd'hui n'a plus rien à voir avec les précédentes épizooties. Nous savons désormais qu'elles arrivent avec les oiseaux du Kazakhstan et de Russie, et nous avons développé de très puissants outils de simulation pour les combattre", précise à La Tribune Michel Fruchet, président du Cifog.
Ce dont parle Michel Fruchet, c'est d'une véritable révolution dans le traçage sanitaire des oiseaux d'élevages. Rendu possible par le déploiement de la Base de données avicole (BDAvicole).
"Tous nos animaux figurent désormais dans cette base de données, avec la cartographie correspondante, illustre Michel Fruchet. Nous sommes ainsi capables, poursuit-il, de réunir une cellule de crise deux heures après la première contamination connue dans un élevage, où qu'il soit. Nous savons en temps réel où se trouvent les animaux, quel est le taux de remplissage des bâtiments d'élevage, etc. Cet outil nous permet désormais de devancer le virus. Cela n'a plus rien à voir avec 2016", commente-t-il.