Vins : le classement 2022 des grands crus de Saint-Emilion a été adopté
Jean-Philippe Déjean

Un classement de grands crus qui va bien au-delà de la dégustation poussée des vins.
Regis Duvignau
Jean-Philippe Déjean

Un classement de grands crus qui va bien au-delà de la dégustation poussée des vins.
Regis Duvignau
Enjeu commercial de première importance, le nouveau classement 2022 des vins de Saint-Emilion a été validé ce jeudi 8 septembre. Classement décennal, ce cru 2022 de l'excellence à Saint-Emilion succède à un palmarès 2012 qui aura défrayé la chronique judiciaire jusqu'en 2021 pour cause de légitimité contestée. Un classement 2012 qui aura été perturbé jusqu'au bout.
Parce que dans ce paradis des grands crus de la rive droite du vignoble bordelais qu'est Saint-Emilion, les coups volent bas, y compris les plus tordus. Entretenant un climat délétère de suspicion quasi générale. C'est ainsi que le 1er octobre 2018 le site d'investigation Médiapart annonçait la mise en examen de deux grandes figures du vignoble bordelais : Philippe Castéja, propriétaire du château Trottevieille (Premier grand cru classé - Saint-Emilion) et important négociant bordelais, et Hubert de Bouärd, copropriétaire du château Angélus (Premier grand cru classé A - Saint-Emilion), mais aussi œnologue consultant.
Au final, le 25 octobre 2021 le tribunal correctionnel a relaxé Philippe Castéjà et condamné Hubert de Boüard à 60.000 euros d'amende, dont 20.000 avec sursis, pour de "multiples participations à tous les stades de la procédure", entre 2010 et 2012, alors qu'il était chargé d'une mission de service public (membre du comité des vins de l'Institut national de l'origine et de la qualité, rattaché au ministère de l'Agriculture) et avait des intérêts dans plusieurs propriétés candidates et primées, dont Angélus.
Autrement-dit, Hubert de Boüard a été condamné pour avoir été juge et partie. D'où le climat plombé dans lequel a commencé à être instruit, à partir de 2020, le classement 2022 des grands crus de Saint-Emilion. Ainsi les démêlés juridiques liés au classement 2012 arrivaient-ils tout juste à leur fin en 2021, que dès le début de l'année suivante le couvert était remis pour la mouture 2022 du classement par deux châteaux (Croix de Labrie et Tour Saint-Christophe). Ecartés dans un premier temps du classement, pour cause de notes insuffisantes, mais autorisés à nouveau à concourir après décision du tribunal administratif de Bordeaux.
Deux châteaux qui ont bien fait de se manifester puisqu'ils figurent désormais dans le classement 2022 des grands crus classés de Saint-Emilion. Ce classement est une pyramide à trois étages dont la pointe est constituée par les Premiers grands crus classés A, devant celle des Premiers grands crus classés B, puis la base, avec la liste des Grands crus classés. Cette énième crise sur la légitimité du classement des grands crus de Saint-Emilion est alimentée par une modification des critères d'admission. Ces derniers intègrent désormais des paramètres jugés par plusieurs propriétaires sans rapport avec la qualité du vin, comme par exemple la mise en œuvre ou non d'une politique en oenotourisme.
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Divergences qui ont laissé des traces. C'est ainsi que trois châteaux en Premier grands crus classés A (Angélus, Ausone et Cheval Blanc) se sont retirés du palmarès début 2022. Si le nombre global de châteaux classés a légèrement augmenté, passant de 82 domaines pour 2012 à 85 en 2022, la liste des Premiers grands crus classés A est passée de 4 à 2 et celle des Premiers grands crus classés B de 14 à 12. A l'inverse, la liste des Grands crus classés est passée de 64 à 71. Pour le moment la situation est stabilisée et fatalement certains observateurs se demandent pour combien de temps.

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