Viticulture et négoce vont-ils s'entendre ? Alors que les manifestations s'enchaînent à Bordeaux devant les grands négociants, des discussions interprofessionnelles se tiendront le 8 avril. Le négoce se dit ouvert à expérimenter un mécanisme de calcul des coûts de production afin d'indiquer des prix rémunérateurs pour les producteurs, comme le propose le gouvernement. Les vignerons eux dégainent déjà leur prix de référence.Bordeaux, épicentre de la crise viticole. Et si la place devenait aussi le support des expérimentations pour sortir de la dépression ? Un mois après le salon de l'agriculture, où l'idée de fixer des prix plus rémunérateurs pour la production a circulé, l'interprofession viticole se propose. Bordeaux Négoce, qui fédère 80 adhérents représentant plus de 90 % du marché bordelais, veut ouvrir la voie.
« Pour nous aujourd'hui la réponse à court terme, c'est d'arriver à avoir une évolution législative qui permette effectivement de fixer son prix dit « marche en avant ». On veut pouvoir travailler sur des indicateurs de prix de revient avec des indicateurs de coût de production », expose Lionel Chol à La Tribune, président de Bordeaux Négoce depuis 2016 et directeur général de Ballande France et Associé. On parle de réfléchir à la notion de prix et à la prise en compte des coûts de production. Si on veut aller vite et répondre à cette crise, il faut passer par un arsenal législatif », avise-t-il à La Tribune, alors que l'autorité de la concurrence interdit aujourd'hui de fixer un prix de vente minimum.
Une déclaration qui résonne avec les indicateurs des coûts de revient déjà calculés par la chambre d'agriculture de Gironde : 1.300 euros le tonneau de 900 litres pour la viticulture conventionnelle, 1.800 euros en bio. Des niveaux bien supérieurs à ceux pratiqués par le négoce puisque les prix d'achat ne dépassent pas les 1.000 euros dans certaines appellations.
3 euros la bouteille
La proposition du négoce fait suite à la volonté du gouvernement de donner plus de pouvoir aux producteurs dans la fixation du prix de vente. Un axe qui pourrait passer par le renforcement de la loi Egalim. Le négoce quant à lui, gêné par la question du prix puisque les niveaux proposés aux producteurs n'ont jamais été aussi bas, préfère convoquer l'enjeu du revenu. « Ce qu'on a toujours défendu à Bordeaux Négoce, c'est une notion de revenu à l'hectare », précise Lionel Chol.