Les consommateurs français font grise mine

Triste fin d'année pour la consommation en France. Alors que chacun s'accorde à dire que les dépenses de fin d'année sont plutôt moroses, l'Insee a délivré mardi matin un bien mauvais chiffre pour la consommation des ménages en produits manufacturés au mois de novembre. Sur un mois, cette consommation a ainsi reculé de 2,8%. C'est bien pire que ce qu'attendait le consensus Reuters, qui prévoyait un recul de 0,75%. Et pour couronner le tout, le chiffre du mois d'octobre a été révisé en forte baisse par l'Insee. La hausse sur un mois n'est plus de 1,6% comme initialement estimé, mais de 0,9% seulement. Au cours du mois de novembre, les secteurs les plus touchés par la désaffection des consommateurs ont encore une fois été l'automobile (-5,7%) et le textile (-9,2%). Après la baisse de 3,8% enregistrée en octobre, les dépenses des ménages en automobiles sont désormais revenues à leur niveau d'il y a trois ans. Quant au secteur du textile, très volatil, il annule pratiquement les deux mois précédents de hausse. Mais ces deux secteurs ne sont pas les seuls à souffrir: les dépenses en "autres produits manufacturés" reculent de 1,1% en novembre après une hausse de 1% en octobre. Seule zone encore à l'abri, l'équipement du logement, dont les dépenses progressent de 1,3% en novembre après une quasi-stabilité en octobre (-0,2%). Et ce mouvement risque de se poursuivre. Les commerçants, petits et grands, font en effet grise mine à la veille des fêtes de fin d'année. Selon le délégué général du Conseil national des succursalistes de l'habillement (CNSH), François Forget, les chaînes de magasins de textile devraient connaître un cinquième mois consécutif de baisse des ventes en décembre. Dans le secteur du jouet, l'optimisme n'est pas non plus de mise. Selon la Fédération du jouet, les ventes ont reculé en novembre de "4 à 5%" sur un an, avec une anticipation pessimiste sur décembre. Enfin, selon la Chambre de commerce de Paris, les ventes des grands magasins ont connu en novembre un recul annuel de 12%. Pour le moment, seul l'électronique résiste bien, notamment grâce aux produits innovants comme les écrans plats et les appareils photos numériques. Mais Emmanuel Ferry, économiste chez Exane, met en garde : "s'il existe une bulle de consommation dans les biens électroniques sous l'effet d'une modération des prix, ces produits sont à 100% importés, ce qui n'est pas très bon pour la croissance de la France". Reste que les distributeurs devraient en profiter.De fait, certains se veulent encore optimistes. C'est notamment le cas au gouvernement. Hier, le secrétaire d'Etat aux PME et au Commerce Renaud Dutreil a parlé d'un effet "accordéon". "Nous connaissons un mois très bon, puis un mois de ralentissement", a-t-il diagnostiqué. Mais il est vrai que, au final, le bilan est plutôt positif: sur un an, les dépenses des ménages progressent encore en novembre de 1,4%. Ce qui fait dire à Olivier Eluere, économiste au Crédit Lyonnais, que la "tendance n'est pas si mauvaise, car nous ne sommes qu'en période de croissance faible". Et de préciser : "la France n'est qu'au début d'un possible mouvement de reprise économique qui, pour le moment, touche surtout les exportations et les investissements".Et c'est bien ici que le bât blesse. La faiblesse du marché de l'emploi reste un obstacle à la reprise franche de la consommation en 2004. Or, le rebond européen est un rebond importé. Pour avoir un impact sur les embauches, il devra être durable et solide, car les entreprises demandent aujourd'hui une confirmation dans le temps de la réalité de la reprise. Tant que l'économie française sera entre ces deux eaux, il sera difficile de prévoir une reprise de la consommation. D'autant que d'autres éléments, comme le gel du salaire des fonctionnaires ou le manque de gains de productivité du privé jouent négativement. "Dans un contexte de hausse des prix, de dégradation du marché du travail et de faible visibilité économique, nous ne sommes pas très optimistes pour la consommation des ménages français", résume ainsi Laure Maillard, économiste chez CDC-Ixis.

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