L'Allemagne soutient Paris sur la réforme de la PAC

L'Allemagne se rallie aux positions françaises sur l'agriculture. Hier soir, le ministre allemand de l'Agriculture Renate Künast a annoncé que son pays rejetait la réforme de la PAC proposée par le commissaire européen Franz Fischler. "Nous sommes désormais opposés aux baisses du prix des céréales et du lait", a indiqué le ministre qui a ajouté que "la dégressivité des prix n'est pas nécessaire". Pour finir, Renate Künast a indiqué que Berlin ne réclamait plus l'abandon du lien direct entre les aides versées et le niveau de production. Dans la matinée, Jean-Pierre Raffarin a confirmé que les positions françaises sur la PAC "sont partagées en grande partie par la République fédérale d'Allemagne"."C'est un changement radical, un véritable tournant de l'Allemagne vers les positions françaises", a commenté un officiel européen cité par Reuters et l'AFP. Il est vrai que c'est à la demande de Berlin que l'Autrichien Franz Fischler avait lancé sa réforme de la PAC. Cette volte-face pourrait donc bien sonner le glas de la nouvelle PAC tant souhaitée par les pays peu ruraux qui désiraient limiter les coûts agricoles au sein de l'Union européenne. Désormais, le poids de l'Allemagne aidant, il est fort peu probable que le conseil des ministres de l'Agriculture réuni en ce moment même à Luxembourg accepte la réforme Fischler. D'autant que ce matin à Paris, le Premier ministre britannique Tony Blair a plaidé pour un compromis en indiquant qu'il "était sûr qu'au final, nous aplanirons nos différences"On se dirige donc plutôt vers une réforme a minima dans laquelle le découplage entre niveau de production et subsides européens ne serait que "partiel". Selon des sources citées par Reuters, aucun secteur ne verrait le lien entre niveau de production et aide supprimé, notamment dans le secteur céréalier, le premier visé par Franz Fischler. Quant aux aides au développement rural, elles seraient nettement inférieures à ce que prévoyait initialement la réforme. Hier, Hervé Gaymard avait parlé d'un niveau "raisonnable": ces aides devraient représenter 4 à 6% du total des aides communautaires à l'agriculture. L'accord devrait intervenir sur ces bases d'ici quelques semaines, mais la nouvelle PAC ne devrait entrer en vigueur qu'en 2007. Malgré son échec apparent, Franz Fischler a gardé une certaine sérénité. Le commissaire a indiqué qu'il "pouvait vivre" avec la réforme franco-allemande. Il a surtout invité les Quinze "à ne plus faire de funambulisme plus longtemps" et "à prendre une décision" rapidement.Pourquoi un tel revirement des positions de Berlin ? Selon un officiel germanique cité par l'AFP, Renate Künast a "défendu à contrecoeur des positions qui n'étaient pas celles de l'Allemagne : elle n'était pas fière". Selon Le Monde et le Financial Times, cette volte-face pourrait avoir été négociée par Berlin contre un soutien français à la position allemande sur le projet de directive portant sur les OPA. Gerhard Schröder s'en était d'ailleurs à peine caché mardi, même si, depuis, Berlin a démenti ce type de tractations. Reste que cette entente franco-allemande pourrait laisser un goût amer aux petits pays de l'Union. Franz Fischler n'a d'ailleurs pas hésité à jouer de cette corde en protestant que "deux Etats membres ne peuvent pas dicter aux autres ce qu'il faut faire". Le fossé entre "petits" et "grands" pourrait donc encore se creuser, alors que les discussions à la Convention restent serrées.

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