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"Le retard de l'Afrique sub-saharienne dans l'accès à l'eau est criant"

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Publié le 25 mars 2006 à 12:14 - Mis à jour le 22 octobre 2008 à 18:18

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Maurice Bernard, chef de projet à l'Agence Française de Développement (AFD), détaille pour latribune.fr les enjeux du quatrième Forum mondial de l'eau qui se tient à Mexico entre le 16 et le 22 mars à l'initiative conjointe du gouvernement mexicain et du Conseil mondial de l'eau.

latribune.fr - Quel est l'objectif du Forum de Mexico ?

Maurice Bernard - Le Forum de Mexico regroupe l'ensemble des acteurs qui interviennent dans la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement pour 2015: institutions internationales, Etats centraux, collectivités territoriales, bailleurs de fonds, associations humanitaires, associations de consommateurs et secteur privé. A travers les Objectifs du millénaire, les Etats membres de l'ONU visent à diminuer de moitié le nombre de personnes n'ayant pas durablement d'accès à l'eau salubre, qui constituent environ 20% de la population mondiale, soit 1,4 milliard d'individus, et ceux qui ne disposent pas de système d'assainissement, qui représentent le double. Le Forum est aussi une plate-forme d'échanges permettant de sensibiliser la communauté internationale aux enjeux du problème de l'eau et surtout à l'urgence d'y faire face.

Les moyens sont-ils suffisants pour mener à bien les Objectifs du millénaires, dont le CME, ONG créée en 1996 et appuyé par l'Unesco et la Banque Mondiale, a la charge ?

Nous ne sommes pas, hélas, sur la trajectoire qui nous amènerait à remplir ces objectifs. Ils nécessiteraient environ 50 milliards de dollars par an. Or, le financement plafonne aujourd'hui à 20 milliards. Mais si le problème du financement se pose de manière aiguë, l'état de fragilité des économies, les problèmes de gouvernance, de croissance démographique et de sous-équipement constituent les autres dimensions du problème. De fait, si le développement est en ligne avec les objectifs en Asie, en Amérique Latine, en Afrique du Nord et au Maghreb, c'est en Afrique sub-saharienne que le retard est criant. Même si tous les fonds nécessaires étaient mobilisés, le problème de la durabilité de l'accès à l'eau resterait posé, en particulier dans cette région.

Quel est votre point de vue sur la tarification de l'eau, qui divise toujours les spécialistes et sera au coeur des débats au Forum de Mexico ?

Une convergence de points de vue se dégage entre praticiens confrontés à des situations concrètes. L'approvisionnement en eau est un service public qui peut soit reposer sur la fiscalité, dans une logique de service public administratif, soit sur une tarification d'un service payé par les citoyens consommateurs, dans une logique de service public à caractère industriel et commercial. En Afrique subsaharienne, la région la plus problématique, un financement total par la fiscalité reste illusoire en raison des rentrées fiscales limitées, devant de surcroît approvisionner un nombre important d'autres services essentiels comme la santé, l'éducation, etc... Certes, les premiers mètres cubes sont gratuits en Afrique du Sud, puis les tarifs progressifs en fonction du volume consommé. Mais le pays est le plus développé de la région et dispose de ressources propres. Ailleurs, les solutions pour permettre un accès à l'eau aux plus démunis reposent sur les tarifications solidaires ou encore les mécanismes sociaux de compensation pour soulager leurs factures.

Le CME prône-t-il la gratuité ?

Non. Et il faut bien noter que ceux qui la prônent recommandent en réalité un accès gratuit à un minimum vital. Souvent, les positions dogmatiques ou même provocatrices s'avèrent peu fondées dès que l'on entre dans la phase concrète des projets. La confusion entre l'eau comme bien public, reconnu par tous, et le coût du service, à la charge des consommateurs, est au centre des polémiques. Même au Chili, où les "utilities" sont entièrement l'apanage du secteur privé, le prix de l'eau reste une prérogative de la puissance publique. Partout, les industriels de l'eau doivent justifier leur tarifs auprès des autorités publiques, en France représentées par les collectivités locales.

Au vu de la pénurie d'eau qui se profile, doit-on s'attendre à des hausses de prix ?

Bien entendu, en particulier dans le secteur agricole, qui représente environ 80% de la consommation et pour lequel l'eau est quasiment gratuite. Un traitement de faveur accordé pour satisfaire des exigences de sécurité alimentaire ou de développement rural alors que les pratiques agricoles ont souvent des impacts environnementaux importants, comme les nitrates en France. Globalement il n'existe pas encore de stress hydrique, mais l'eau se trouve très inégalement répartie dans le monde.

En raison des changements climatiques qui se profilent et pourraient entraîner entre autres des changements de zones de précipitation, certaines zones deviennent aujourd'hui très préoccupantes, comme le bassin méditerranéen. Les pays qui bordent le Jourdain ou le Nil se trouvent particulièrement concernés: des barrages construits par le Soudan et l'Ethiopie en amont du Nil auraient ainsi des conséquences dramatiques pour l'Egypte et la stabilité de la région. En France, c'est surtout le vieillissement du patrimoine qui contribuera dans les prochaines années à faire grimper les prix de l'eau. De fait, le renouvellement du réseau hydraulique n'est pour l'heure pas du tout intégré dans son coût.

Quel est l'action de l'AFD pour cette ressource ?

Opérateur de l'aide publique, l'AFD soutien l'aide au développement dans les pays de la zone de solidarité, principalement l'Afrique, le Maghreb et l'Asie du Sud-est. Ses aides se font sous forme de financement, de subventions, de prêts concessionnels, en partie au secteur privé (par exemple en Afrique du Sud et au Sénégal), mais aussi par des garanties, de l'assistance technique et du conseil. L'AFD investit de l'ordre de 200 millions d'euros par an pour l'eau, ce qui représente environ 15% de ses engagements.

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